vendredi sur mer, poésie pop et coeurs brisés

L'artiste française sort un nouvel album, Marée Basse – une sorte de rêve ouaté et humide.

par Marie-Lou Morin
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28 Novembre 2017, 10:02am

Quand l’amour s’en va, le deuil se vit en plusieurs étapes. L’une d’entre elles est appelée le « marchandage ». Un nom injustement connoté pour la plus difficile des périodes. Celle où l’espoir de la reconquête se mêle à la colère. Celle où l’on reprend assez de force pour se battre contre des moulins à vent. Celle où la nostalgie nous prend tellement au cœur que l’on se persuade qu’une autre chance est possible. C’est exactement ici que se situe la musique de Vendredi-sur-Mer… Entre mélodie mélancolique sur claviers tristes, beats frénétiques lors des bouffées d’espoir, et textes schizophrènes scandés comme de la poésie. Comme toute amoureuse déchue, Vendredi frise parfois la folie, aime et hait à la fois, blâme l’autre et se juge, devient cynique puis se fait à nouveau langoureuse. « Les prod “dansantes” sont plus une forme de revanche ou de force par rapport à ce que je raconte dans mes chansons. Même les textes les plus tristes y trouvent un juste milieu : ni triste, ni joyeux. Ils sont simplement là. » Et nous donne envie de pleurer en dansant ou l’inverse… L’écoute de son nouvel album sortie le 24 novembre dernier, Marée basse, rend confus, comme une sorte de rêve ouaté et humide. Celui où l’on se rappelle de scènes érotiques qui nous ont transportées. « Je pense clairement qu'après une véritable histoire d'amour, et avec un peu de recul, les seules traces qu'il nous reste sont celles-ci. À mon sens, même dans les pires souvenirs, il y a une forme de sensualité. Peut-être même plus que dans les souvenirs joyeux. Je vais écrire d’ailleurs une chanson là-dessus ! »

À 22 ans, Charline Mignot semble avoir vécu 1000 vies. La faute peut-être à cette nouvelle génération qui vieillit trop vite. « L'amour se fout des décennies, estime-t-elle. Je pense que c'est une illusion et une excuse pour certain(e)s de dire que c’est plus difficile aujourd’hui. Nous sommes juste trop souvent confrontés au virtuel. Nous nous mettons des barrières, l'amour attend juste que tu te décides, peu importe ta génération. » N’empêche qu’elle exprime des sentiments qu’on a mis des années à comprendre.

La fin d’un amour est une mort, et Vendredi est obsédée par le temps qui passe, celui qui nous fait oublier l’autre, mais qui nous rapproche aussi peu à peu de la fin. Dans « Lune est l’autre », elle prévient : « les paillettes et la poudre sont signe de danger ». Tandis que dans « La Femme à la peau bleue », elle conte l’histoire d’une starlette qui tombe dans l’oubli. « Je fais référence à la montée du succès mais aussi à la fin d'une carrière. Dans ces chansons, je parle de mes craintes par rapport à la musique et la peur que tout s’arrête. » Comme celle qui la tenaille à propos de la fin d’une histoire d’amour ? Une analyse psychologique un peu simpliste dirait qu’il se passe quelque chose autour de la résilience. « J’aurais du mal à te répondre. Je ne pense pas avoir vécu grand-chose, du moins je n'ai pas tout vécu. Mais j'ai essayé de mettre des mots sur ce que j'ai déjà vécu et c'est peut-être bête, mais la musique m'a aidée à comprendre beaucoup de choses. J'écris parfois inconsciemment, et je réussis à déceler des sentiments en y réfléchissant. Poser des mots sur ce que l'on vit, positif ou négatif, reste pour moi très important. » Alors on aura qu’une chose à dire à Vendredi-sur-Mer : qu’elle continue car sa musique à propos de cœur brisé est sans doute la plus belle qu’on ait entendue depuis Françoise Hardy.

Marée basse, (Profil de Face), sortie le 24 novembre. En concert au Point Ephémère le 18 janvier 2018.

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