l'amour et le sexe à paris en 2015

Le photographe Pierre-Ange Carlotti capture une jeunesse française en pleine ébullition. Rencontre.

par i-D Team
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21 Septembre 2015, 10:05am

photography pierre-ange carlotti

Pierre-Ange Carlotti est un enfant terrible. Le photographe corse a prouvé, à travers son approche très audacieuse de la photographie, que son objectif n'était pas seulement braqué sur la provocation - Carlotti documente aussi son époque. Il montre une réalité fascinante. Son travail est à l'image de la jeunesse qu'il capture : insouciante et effrontée. Grand copain des icônes qui font la mode parisienne, les photographies de Carlotti sont un témoignage. Bienvenue dans le Paris underground de la jeunesse d'aujourd'hui. 

Tu es corse mais tu vis maintenant à Paris. Pourquoi Paris ?
Je suis né et j'ai grandi en Corse et je n'ai pas trop bougé gamin, même si j'ai découvert Paris quand j'étais adolescent. C'était une évidence pour moi; rester dans mon pays tout en basculant du côté de la ville. Je suis arrivé juste après mon bac, à 18 ans. Et j'ai eu l'impression de devenir celui que j'avais toujours été en secret. Comme si tout ce que j'avais fait jusque là appartenait au passé. J'habite toujours ici parce que j'ai des rêves, et je ne me vois pas les réaliser autre part qu'à Paris.

À quoi ressemble la scène parisienne ?
Je suis heureux de faire partie d'une jeunesse qui vibre, qui se bouge et qui fait changer la ville. Nous sommes quelques-uns à se supporter mutuellement et je pense que c'est la raison pour laquelle les choses évoluent - notamment dans la mode. La mode d'aujourd'hui puise dans la musique, le design, et dans beaucoup d'autres domaines artistiques. C'est ce qui la rend si sexy. La jeunesse s'intéresse à ce qu'elle fait, à ce que les autres font, elle se nourrit des autres. Cette alchimie si particulière fait bouger la ville et la création. 

Comment as-tu commencé la photo ?
Je ne me souviens plus de ma première photo, même si je me rappelle très bien du premier appareil que j'ai eu entre les mains. C'était un appareil photo Spice Girls que ma mère m'avait offert - et que j'ai gardé. Enfant, j'étais un grand fan des Spice Girls, et j'avais pris l'habitude de collectionner tout ce qui se rattachait à elles. Je prenais aussi des polaroïds des présentateurs à la télé. Ces gens me fascinaient.

Comment définirais-tu ton travail ?
J'adore me dire que je suis un grand reporter. Parce que je crois aux choses que j'aime, elles façonnent mon oeil et ma manière de penser le monde. Je me sens inspiré par les gens qui m'entourent. Ils me prouvent que tout ce qu'on fait mérite d'être montré. J'aimerais que mon travail donne un aperçu de ce qu'on était en 2015. 

Toi et ton cercle d'amis êtes une génération très talentueuse. Comment parviens-tu à combiner vie personnelle et vie professionnelle ?
Pour moi, il n'y a plus de frontières entre mon travail et ma vie. Mes photos, c'est ma vie. J'ai travaillé avec Jacquemus, mais il apparaît sur mes portraits. Je prends Clara Deshayes en photo pour des éditos mode, mais on est aussi colocs. Tous mes amis font maintenant partie de mon travail. Ils sont tous plus ou moins habitués à apparaître sur mes photos.

La nudité est un thème qu'on retrouve souvent dans ton travail...
Quand j'ai jeté un oeil à tout mon travail, j'ai remarqué que la nudité prenait beaucoup de place. Ce n'est pas le sexe qui m'intéresse à proprement parler. Si quelqu'un m'attire, je préfère qu'il soit nu. J'ai ce désir irrépressible de capturer la chair. L'intimité qui me lie au sujet de mes photos doit passer par le corps nu. 

L'homosexualité, la mode, et la contre-culture sont très présentes dans tes photos. Est-ce que tu abordes ces thèmes de façon consciente ?
Je n'ai jamais eu l'intention d'avoir une quelconque perspective gay. Mais j'ai plein d'amis gays et lesbienne, on les voit donc beaucoup sur mes photos. Les clubs et les boîtes la nuit sont mes lieux de prédilection. C'est là que je passe le plus de temps avec mes potes gays. Et que je les prends en photo.

Qui est-ton créateur de mode du moment ?
Mes marques préférées viennent d'un autre temps. À New-York, lorsque les mecs sortaient au Mineshaft (un club gay très sulfureux à New-York, ndlr), par exemple. Je suis un adepte du noir, des chaînes, du cuir. Si je devais habiller quelqu'un à Paris, je choisirais Vetements. J'aime les gens sapés comme s'ils sortaient tout juste d'une soirée arrosée. Je m'habille comme ça, en tout cas. 

Tu dois avoir des tonnes d'histoires à raconter. Y a-t-il une photo en particulier qui est importante pour toi ?
Il y a 20 ans, mes parents ont eu la bonne idée d'acheter un local vide entre deux immeubles dans le 10ème arrondissement. Ils ont construit une maison magnifique dans laquelle ils habitent encore. Un jour, ils sont partis pour deux semaines de vacances et m'ont laissé la maison. Maison rebaptisée meilleur hôtel/ restau/club/ de tout Paris. Une nuit, Clara a fait un ceviche mortel et la tequila coulait à flot. Je me souviens de tous mes amis former un cercle un peu ridicule. Comment on en est arrivé là ? Je suis incapable de m'en souvenir. J'adore Mexico.

Quel est le meilleur moment pour prendre une photo selon toi ?
Un instant qui peut durer des heures, même un jour entier. J'aime prendre des photos en début de soirée. Quand on s'apprête à sortir, ou qu'on se retrouve pour aller chez quelqu'un. J'adore les prendre le matin, au réveil, à la dérobée pendant qu'ils sont en train de dormir. Ensuite, j'attends qu'ils émergent et que la lumière du soleil d'après-midi pointe son nez. Et après...qui sait ? Quelques verres en fin de journée et c'est reparti pour un tour.

pierreangecarlotti.tumblr.com

Credits


Texte Daniel Ortiz
Photographies Pierre-Ange Carlotti

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