une fashion week à new york avec la mannequin grace hartzel

La photographe et chouchou d'i-D Olivia Bee a suivi la jeune mannequin Grace Hartzel en pleine fashion week de New York. Ensemble, elles racontent une autre histoire de la mode, de la nuit et de l'amitié entre filles.

par Olivia Bee
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27 Septembre 2016, 9:45am

"C'est génial, c'est un groupe de nanas et elles font du rock'n'roll, mais personne n'a jamais entendu parler d'elles. Pourquoi ?" Elle met Hey Lover de The Daughters of Eve et effectivement, nos oreilles apprécient. Nous nous sommes assises en tailleur pour écouter Grace nous parler de ses coups de cœur musicaux.

Grace est belle, elle est chic. Et puis elle a un grand cœur. Ses yeux s'illuminent à mesure qu'on lui pose des questions. Elle veut le meilleur pour son entourage, pour le monde et ne comprend pas la dureté du monde. "Les filles sont si méchantes… du genre 'on ne mange pas à votre table' mais elles sont belles et elles font bien leur travail. Et je suis contente pour elles. Elles iront loin."

J'ai suivi Grace pendant la fashion week new-yorkaise pour avoir un aperçu de son quotidien. L'industrie de la mode est difficile à appréhender de l'extérieur. Il subsiste beaucoup de préjugés et les diktats règnent en maitre. Mais Grace amène une douceur et une fraîcheur à ce monde. Elle l'humaniste, le transcende. Consciente des problèmes inhérents à l'industrie, elle joue le jeu. Excelle, même. Elle arrive toujours en retard mais avec le sourire jusqu'aux tempes. 

Nous nous retrouvons à la même soirée disco pour l'une des premières nuits de la fashion week - nos amis nous accueillent. Je lui demande si je peux la prendre en photo maintenant mais elle n'a pas l'air très intéressée par ma proposition. Elle préfère qu'on s'amuse. J'insiste un peu, en lui promettant de me faire aussi discrète que possible. Elle réfléchit un peu, me dit : « Rejoins-moi à 8 heures, je maquillerai Bekah et toi aussi si tu veux. » Elle passe une heure à dessiner des demi-lunes noires et bleues sous ses yeux, assortis les yeux de Rebekah à sa tenue (rouge, vermillon). Grace porte une robe de l'espace irisée dézippée, laissant apparaître son nombril et des bottes cosmiques, argentées aux reflets bleus. Et nous voilà parties pour la soirée. Nous dansons ensemble sur le toit, une bouteille de rosé à la main. 

Le disco, c'est vraiment ultra-commercial et nul pour danser. Mais quand on est en bande, peu nous importe. On manque de bousculer un groupe de potes suédois un peu dubitatif devant le rituel étrange que nous sommes en train d'accomplir, en pleine piste de danse - nous ramassons la poussière laissée au sol à l'aide d'une pelle et d'une balayette incongrues. Nous traversons des galeries de miroirs rouges. Les confettis pleuvent. On entend Bohemian Rhapsody au loin. Et puis soudain, quelqu'un nous tire dehors. De force. 

Le lendemain, je retrouve Grace à l'occasion du défilé Altuzurra. Elle me demande de la rejoindre en bas du bâtiment en question et prend quelques minutes, face à moi, pour souffler un peu. « Je ne suis pas encore prête à y aller », me souffle-t-elle. On s'assoit toutes les deux, on discute et soudain, un empressement la saisit, s'empare d'elle. Nous franchissons les portes du bâtiment et en moins de deux, une foule se presse autour d'elle. On la prend par la main, la conduit vers la dressing room où elle doit enfiler sa tenue : une brassière en peau de serpent qui dépasse d'une robe à damiers bleus et blancs. Ses boucles d'oreilles bleues s'agitent frénétiquement au fur et à mesure qu'elle se faufile entre la foule. Elle s'écarte et médite sous le soleil, avant de rejoindre le podium, en bas. Lorsqu'elle l'arpente enfin, son charme naturel accapare les regards et l'espace. Elle est sublime, tout simplement. 

Et puis elle quitte le podium. Se déshabille pour enfiler sa tenue à elle, un pantalon rouge, blanc et bleu. Elle se nettoie furtivement les cheveux dans un évier, fait son sac et descend les marches à toute vitesse pour se rendre à son prochain fitting. Les files d'attente et la patience sont deux maitres mots des fashion week. Tout le monde passe son temps à attendre. Alors Grace en profite pleinement. Avant le coup d'envoi du défilé Coach, elle bosse sur sa musique, son casque sur la tête. Elle est cosmique, électronique. Sa voix est douce et se cale sur les mélodies avec un naturel déconcertant. Coach a donné à Grace une chemise estampillée de la tête d'Elvis ainsi qu'une énorme ceinture qui porte son nom à elle. Mais déjà, tout le monde ne parle plus que du défilé Marc Jacobs. Grace a appris la veille au soir qu'elle était bookée. Je la rejoins sur place et dès mon arrivée, elle me prend fermement la main pour que l'accompagne. Six coiffeurs s'acharnent et s'affairent à lui confectionner des dreadlocks arc-en-ciel. Elle murmure, à mon oreille : « Désolée d'être si silencieuse Olivia, si tu savais comme j'ai mal ». Lorsque sa coiffure est fin prête, elle remercie tout le monde et égrène quelques mots d'amour à l'assemblée.

Elle porte des talons de 12 aux pieds mais doit marcher à folle allure sur le podium. Elle n'est pas encore habillée. D'abord, elle doit se familiariser au podium et s'entraîne avant de FaceTime son boyfriend - c'est son anniversaire. Il lui répond tout de suite. Elle lui fait voir ses nouveaux cheveux via son iPhone : « tu as vu, je suis une sirène. » Leurs éclats de rire traversent l'Atlantique qui les sépare.

Grace s'élance sur le podium pour une ultime répétition, ses yeux scintillent de mille feux. Je devine dans son regard l'excitation, la joie et l'exaltation que procure à intermittence, l'univers de la mode - sa capacité à nous plonger dans un monde rêvé, imaginaire et utopique.

Elle s'habille backstage, rejoint une multitude de jolies filles coiffées de dreadlocks éphémères et multicolores. 

Après le défilé, elle retrouve ses copines, Kiki, Lili et Rebekah. Le champagne est servi, nous piquons une bouteille pour la siffler dans le métro avant de pénétrer dans un parking, logé sur 55th. 

Grace se pelotonne dans les bras de Lili. Et puis il faut se dire au revoir. J'aide Grace à faire ses valises pour les trois semaines à venir (Londres, Milan, Paris). Nous en profitons pour prendre quelques photos intimistes, dans son chez-elle. Elle finit par chanter sous la douche, en sort enturbannée dans une serviette rouge. Elle joue un air de guitare avant de se mettre au lit. Elle m'invite à dormir à ses côtés pour que je vois « à quel point ses cheveux sont emmêlés le matin ». Ensemble, on discute de l'amour et des mecs. Elle me confie qu'elle a encore plein de choses à apprendre. 

Le lendemain, je l'aide à descendre ses mille valises. Elle est évidemment en retard pour son dernier shoot à New York. Le soleil matinal fait scintiller quelques mèches de ses cheveux tout emmêlés. Elle hèle un taxi, s'y engouffre et pose doucement sa main sur la vitre en guise d'au revoir. À travers elle, ses yeux révèlent un bleu d'acier. 

Credits


Photographie et texte : Olivia Bee | ICONOCLAST IMAGE

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