la mode, l'excès et l'opulence en 7 défilés "fabulous"

Des clins d'oeil au Cirque du Soleil, des décors dignes d'un blockbuster hollywoodien et des silhouettes défiant les lois de l'apesanteur, la mode a toujours su célébrer le "more is more and less is a bore".

par Isabelle Hellyer
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22 Septembre 2016, 10:45am

Parfois c'est un vêtement, parfois un élément du décor : quoi qu'il en soit, c'est toujours une question de style et certains défilés nous restent en mémoire, pour toujours. Marc Jacobs, tout récemment à l'occasion de la fashion week new-yorkaise nous a éblouis avec son univers raveur et révolté, tandis qu'à Londres, les créateurs ont saisi la chance d'imposer leur vision de la folie, de la nuit, bref de la fête. Une chose est sûre : l'opulence signait son grand retour cette saison. Forcément, on est heureux, parce qu'après tout, les défilés les plus mémorables de l'histoire de la mode moderne n'ont jamais fait dans le minimalisme.

Tandis que le more-is-more s'immisce et s'impose sur les podiums, i-D revient sur deux décennies de shows, marqués par l'opulence. L'occasion de retrouver Vivienne Westwood en goguette punk à Versailles, de redécouvrir les montagnes de tulle de Galliano à l'apogée des nineties et de célébrer l'audace de Karl et Marc, jamais ou si peu égalée.

Vivienne Westwood Automne/hiver 1993-1994
Le défilé « Anglomania » (quel autre nom aurait bien pu lui seoir ?) était théâtral, opulent, imprévu - en un mot, cher à la créatrice la plus irrévérencieuse d'outre-Manche : spectaculaire. Chaque passage de chaque mannequin était chorégraphié, rythmé par la grandiloquence des fourrures en tartan et des sacs over-sized et la splendeur des talons hauts. C'est lors de ce défilé mémorable que Naomi Campbell a frôlé la chute perchée sur ses plateformes colossales. Toujours dans l'excès, toujours punk.

John Galliano Prêt-à-porter Printemps 1995
La crème de la crème était là : Madonna au premier rang (qu'elle a néanmoins quitté avant la fin du défilé) et le podium brillaient de mille feux. Carla Bruni, Helena Christensen, Kate Moss, Amber Valletta, Shalom Harlow - qui faisait la une d'i-D la même année pour le Subversion Issue - Kristen McMenamy et Linda Evangelista ont toutes défilé en robes de princesses, jupons de tulle et frous-frous à gogo. La mannequin Nadja Auermann s'est lancée dans une chorégraphie digne du Lac des Cygnes en fin de show. Du prêt-à-porter ? Oui, mais dans l'excès !

Mugler Haute Couture Automne/hiver 1995-1996
Le décor hollywoodien et rocambolesque pensé par le créateur français a conquis à lui seul le public bien avant qu'une seule mannequin ne foule le podium. Inspiré par l'âge d'or du cinéma américain, le défilé mettait à l'honneur chorégraphies, caméos en hommage à Tippi Hedren, ultime muse d'Alfred Hitchcock, ainsi qu'à Patty Hearst, l'actrice milliardaire d'outre-Atlantique, et performances de James Brown et Kabuki Starshine - de la célébrissime troupe trans Blacklips - pour finir en beauté.

Eva Herzigova, Claudia Schiffer, Jerry Hall, Amber Valletta, Shalom Harlow, Veruschka et Carmen Dell'Orefice ont défilé ce jour-là. À l'époque, Dell'Orefice était la plus âgée des mannequins à fouler les podiums - et elle défile encore aujourd'hui ! En se penchant sur ce show de la décennie 90', on retrouve tous les symboles contemporains qui nous obsèdent : le latex, les cuissardes et les corsets qui signent leur grand retour, 20 ans plus tard. En 1995, c'était un hommage à la culture club, BDSM et hautement subversive prônée par Mugler, pionnier de l'opulence à la française.

Viktor & Rolf Couture Automne/hiver 1999
Le duo néerlandais s'est prêté au jeu du traditionnel défilé Haute Couture en 1999, en choisissant toute fois de ne faire défiler qu'une seule mannequin : Maggie Rizer, debout sur une plateforme tournante. Si le spectateur la voit pieds nus, habillée d'une robe en toile de jute à l'ouverture du show, les deux créateurs (Viktor Horsting et Rolf Snoeren) ne tardent pas à rejoindre Maggie sur scène pour la vêtir comme il se doit de toutes les pièces de la collection, telle une Cendrillon des temps modernes. De plus en plus chic et sculpturale, Maggie se drape dans une robe constellée de pierres, avant de se retrouver submergée par de douces et nobles matières. À l'époque, le duo n'avait que cinq ans de carrière derrière lui : leur concept très moderne les a propulsés sur le devant de la scène, aux côtés des maisons renommées - Dior et Saint Laurent par exemple.

Christian Dior Haute Couture Printemps/été 2003
Ce show Christian Dior n'avait strictement plus rien à envier au Cirque du Soleil : des danseuses chinoises surentraînées, les performeurs les plus acrobatiques et les mannequins se partageaient l'étroit podium. Une jeune femme l'a d'ailleurs arpenté en monocycle. C'était intense - à l'image de Galliano qui revenait d'un séjour en Asie, en Chine et au Japon. Peu étonnant qu'il ait choisi, dès lors, de peinturlurer ses mannequins à l'effigie des Geisha. Tout en couleurs, en volume et en clair-obscur, ce défilé restera probablement le plus titanesque jamais pensé par la prestigieuse maison.

Louis Vuitton Prêt-à-porter Printemps/été 2014
Pour réaliser son show le plus ultra de son histoire, Vuitton a compilé les décors les plus surréalistes que Marc Jacobs avait réalisés pour la maison. Donc le spectateur était plongé dans un univers foutraque et délectable, où se mêlaient tous les éléments phares des défilés des 5 dernières années : les escalators du printemps 2013 et même le manège de l'été d'avant. Après tout, c'était l'occasion de célébrer les loyaux services du créateur pour la maison, qui partait la même année pour se concentrer sur sa marque personnelle. Rien d'anormal donc, à déjouer les lois de la pesanteur sur un podium. Et si le décor était bien un hommage au passé, les pièces de la collection, elle, étaient pleinement dans leur temps - un joyeux mix entre le futurisme de Las Vegas et les clins d'œil à Montmartre.

Fendi Haute Couture Automne/hiver 2016-2017
Avant même que le show ne commence, le spectateur ne pouvait que s'émerveiller devant la splendeur et l'opulence chères à la griffe italienne. Rappelons, pour info, que Fendi s'était offert la Grande Muraille de Chine pour présenter sa collection de 2007. Dix ans plus tard, c'est devant la fontaine de Trevi, abreuvée de mythes et d'histoires plus que jamais romantiques, que Karl a prié les spectateurs de bien vouloir s'asseoir pour admirer le show le plus poétique de tous les temps. Ah, Karl !

Credits


Texte : Isabelle Hellyer
Photographie : Vivienne Westwood courtesy Vivienne Westwood Anglomania, Galliano via Twitter, Mulger courtesy fashionanthology.com, Viktor & Rolf via Tumblr, Dior via Tumblr, Louis Vuitton by Joel Saget, Fendi via i-D.

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