londres n'a pas peur du pouvoir des femmes

Même s'il est un peu magique.

par Anders Christian Madsen
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20 Septembre 2016, 3:15pm

Mary Katrantzou spring/summer 17

C'est difficile à croire, mais il y a seulement quelques saisons de cela, la mode érigeait un piédestal pour y poser le banal, le minimal, le muet, le normal - le normcore ! Cet effacement de l'individualité et cette privation de pouvoir que sous-tend la mouvance normcore ont volé en éclat en l'espace d'un dimanche de fashion week à Londres. Le weekend dernier, les collections féminines semblaient toutes plus enclines à donner aux femmes de véritables (super)pouvoirs. La femme, impératrice ou sorcière, est plus forte que jamais. 

Les défilés londoniens sont toujours l'occasion d'un voyage autour du monde, et ce qui est formidable, c'est ce moment ou plusieurs créateurs aux origines et nationalités multiples en arrivent à développer la même idée dans leurs cultures respectives. Cette saison était consacrée aux plus puissantes et plus belles formes de féminité. Pour Mary Katrantzou, cette représentation ne pouvait que passer par les déesses grecques avec lesquelles elle a grandi.

Mary Katrantzou printemps/été 2017

Chez Preen, les éternels ados Justin Thornton et Thea Bregazzi ont entraîné les spectateurs dans un rituel occulte avec une magnifique collection saupoudrée de références sorcières. « Les filles un peu creepy sont les plus mignonnes, » plaisante Thornton en coulisse, citant les « fantômes pastel de Tokyo, » qui, comme il l'explique, « ne porte que du pastel, mais sont noirs à l'intérieur - c'est du moins ce qu'ils pensent. » On ressentait cette morosité goth et ado dans la collection, contrastant avec la manière qu'a normalement de se manifester la morosité : une bataille interne entre l'optimisme de la jeunesse et la propension à la mélancolie. « Si tout avait été noir, ç'aurait été un peu trop goth. On voulait un côté magique avec tout ce strass. On a observé que la société n'était pas au top de sa forme, et qu'on se faisait un peu trop avoir par cette fausse idée selon laquelle nous vivons dans une société parfaite. » Comme la proposition de Katrantzou, la représentation de la féminité incroyablement puissante, envoûtante - presque surnaturelle. Le genre de sorcellerie qui n'aurait valu à ces femmes que le bûcher autrefois. Dieu merci, chez Preen ce sont les sorcières qui ont eu le dernier mot. 

Preen printemps/été 2017

Peter Pilotto et Christopher de Vos se sont joints à la fête avec une très belle collection, très ornementée, inspirée par des motifs sud-américains, clin d'œil à de Vos et ses origines péruviennes. Les robes étaient agrémentées d'animaux mythiques. Certains faisaient penser à des kangourous, ce sommet de l'excentricité animalière, et une fois de plus la magie opérait. Pour David Koma, la magie n'était qu'à un coin de rue - littéralement - en grandissant à Saint Petersburg à quelques pas de l'opulence du Palais de Marbre. Basée sur la garde-robe des Romanov du 19ème siècle, la collection de Koma marquait sa première incursion dans la référence historique, consacrée au pouvoir féminin, d'où l'on sentait les échos des contes avec lesquels il a grandi : ceux des tsarines recouvertes de bijoux et encerclée d'un halo de puissance. 

Paul Smith printemps/été 2017

Il suffit à Sir Paul Smith d'admirer le chic de sa femme Lady Pauline Denyer pour trouver ce genre d'inspiration. Elle était là pour son défilé dimanche soir - une continuation du changement de direction de la marque Paul Smith. Avec un décor déjà magique en soi, Sir Paul n'est pas tant allé piocher dans la sorcellerie que dans l'idée d'un pouvoir féminin ancré dans les forces enchanteresses de la nature. Du flower power, si vous voulez. Son interprétation, britannique, du superpouvoir féminin, qui ne pouvait qu'en revenir aux uniformes et à l'artisanat très britannique qu'on leur associe. Demandez à Johnny Coca, espagnol de Londres, qui doit gérer cet héritage britannique. Dans sa seconde collection pour Mulberry, il s'est penché sur ces uniformes - scolaires, militaires… La dernière partie de son défilé dériva vers une autre institution britannique, la robe victorienne, récemment revisitée par Vetements. L'interprétation de Johnny Coca a ramené le classique britannique en Grande-Bretagne, pour la femme Mulberry, à des sommets rarement atteints. 

Mulberry printemps/été 2017

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Texte Anders Christian Madsen

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