photography Mitchell Sams

le futur de la beauté en 10 défilés

De la Vaseline chez Hood by Air aux tatouages poétiques de Gucci en passant par les dreadlocks de Marc Jacobs – la beauté n'a plus de codes ni limites. Et c'est une bonne nouvelle.

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11 Octobre 2016, 2:10pm

photography Mitchell Sams

La vaseline chez Hood by Air : Des perruques poudrées, teint de porcelaine à la Karen Smith, chaînes cadenacées, faux masques ; toutes les règles de la bienséance et tous les canons de beauté ont été renversés par le créateur. Cette saison, PornHub sponsorisait le défilé d'Oliver à l'occasion de la fashion week de New York et l'aura hautement sexuelle du site se retrouvait à l'état liquide sur la tête des mannequins sous la forme de vaseline - pour donner de la texture aux cheveux et du brillant aux coins des yeux. C'est ainsi que le photographe Tillmans a arpenté le podium, vaseliné et manucuré. La révolution esthétique et masculine est en marche.

Le rétro-futurisme de Margiela : John Galliano a beau s'être acharné à masquer les mannequins de Margiela, la vision de la beauté qu'il défend depuis son entrée dans la maison, début 2015, est claire comme de l'eau de roche. Coiffées de perruques à la Marge Simpson défiant toutes les lois de la gravité, de mullets en hommage à Bowie  ou maquillées comme des clowns les filles Margiela sortent tout droit d'un autre univers. Cette saison, la maestro du make-up Pat McGrath s'est adonnée à sa grande passion, le glitter et les couleurs, pour en badigeonner les mannequins, avec toute l'élégance et la magie propre à la maison. Eugene Souleiman, à la coiffure, a conçu des casques rétro-futuristes histoire de partir équipé à la conquête des planètes les plus éloignées de notre système solaire. 

La mise en beauté des oreilles chez Proenza Schouler : Pour la marque new-yorkaise, la make-up artist Diane Kendal s'est emparée d'une partie du corps qui résiste trop souvent à la tentation du maquillage : nos lobes d'oreilles. Kendal les a peints en jaune et blanc, en hommage à la photographe qu'elle admire, Jackie Nickerson. "Ses photographies capturent avec une justesse incroyable les variations du temps et des couleurs," expliquait tout récemment Kendal à i-D. "Les oreilles peintes évoquent l'élégance de la palette qu'utilise Jackie pour ses photos." Si le maquillage de lobes d'oreilles n'a pas remporté l'adhésion qu'ont connue les cheveux mouillés ou le khol de lendemain de soirée, il a tout de même laissé derrière lui son petit héritage : Opening Ceremony, Louis Vuitton et Anthony Vaccarello s'y sont essayés, au même titre que l'As de l'avant-garde, Willow Smith. 

Les faux tatouages faciaux de Gucci : Florence Welch a conçu la bande-son du défilé milanais de Gucci cette année — une parade de 75 silhouettes opulentes, déambulant dans un décor qui avait tout l'air d'un club des seventies — et lu du Williams Blake. On sait désormais le gout prononcé d'Alessandro Michele pour les grands sentiments de l'âme à l'instar de la solitude, l'amour et la désolation, par ailleurs maitres mots de cette collection en hommage à l'ère romantique. Les mots de Blake, poète torturé britannique, n'ont pas inspiré que de la musique au show. Il a également soufflé à Michele la mise en beauté de ses mannequins - et surtout celle du letton Lorens, qui a arpenté le podium barbouillé de citations du recueil de poésie de l'auteur, Songs of Innocence and Experience peintes sur son visage. Gucci n'est pas la première maison à introduire, dans son défilé, des tatouages éphémères - mais la symbolique cachée derrière ceux q'Alessandro Michele présentait cette saison, est plus forte et moderne que jamais. 

Bronzage self-made chez Thom Browne : Les marques de bronzage provoquent chez les journalistes et critiques mode le même effet que le sang chez les requins : il suffit d'une goutte pour que tout s'arrête. L'actrice Claire Danes en a récemment fait les frais (en une des tabloids anglais). The Guardian a quant à lui consacré un long papier sur les politiques de l'auto-bronzant. Sur le podium, Thom Browne a réalisé l'impossible : rendre ses lettres de noblesse à l'auto-bronzant et le rendre chic en le mêlant à des références pointues très sixties. 

Photography Ziqian Wang

Le maquillage d'anniversaire de Gypsy Sport : Le poptimisme de Rio Uribe est très contagieux et cette saison, il se révélait jusque dans les traits du visage, transformés par le maquillage candide et festif qui sentait bon les goûters d'anniversaire de notre enfance. Mais rien de nostalgique chez Gypsy Sport, plutôt l'avénement d'un joyeux bordel, mêlant les références et brouillant les pistes du bon gout : total look violet, iroquoises jaunes et punk et make-up arc-en-ciel ou papillon. La tribu de Gypsy Sport n'a peut-être pas fini de grandir mais leur énergie de sales gosses fait du bien à la mode. Et sans doute au monde. 

Cérémonies indiennes chez Ashish : Ashish Gupta s'est amusé à peindre ses mannequins à l'occasion de la fashion week de Londres. Mais rien d'enfantin là-dedans. Le créateur originaire de New Delhi s'est replongé dans l'histoire de ses ancêtres pour façonner son show. Ses mannequins portaient des bandeaux, des bijoux et des accessoires inspirés des ornements indiens traditionnels et les animaux du pays, à l'instar de ce . Cette déclaration d'amour à ses origines survenait jsute après l'annonce du Brexit en Angleterre - on n'a pas trouvé meilleur remède à l'ostracisme. 

Les cyber dreads de Marc Jacobs : Si Gupta s'est servi de la mode pour faire un clin d'oeil à son patrimoine génétique, la collection printemps/été de Marc Jacobs a remis sur la table le débat autour de l'appropriation culturelle. Guido Palau aurait recruté une certaine Jen d'Etsy pour l'aider à concevoir ces gargantuesques perruques multicolores tout en dreadlocks. Un style excentrique inspiré par les cyber-raveurs et l'amie de Marc (et star de sa campagne printemps/été 2016) la réalisatrice Lana Wachowski.

Les mèches verticales de Haider Ackermann : "L'ordre et le chaos," était le mantra de la créatrice colombienne cette saison. Les lignes, verticales, que proposaient des pieds à la tête Haider Ackermann auraient pu être un écho au titre du dernier film sulfureux de Guiraudie. Elles avaient en tout cas la même volonté de remettre l'anarchie au gout du jour et d'abolir les dernières frontières du genre, du beau, du politiquement correct. Avec une bonne dose d'effluves punk capillaires. 

Le visage fleuri de Preen : Thea Bregazzi et Justin Thornton ont lancé les hostilities chez Preen cette saison, en insufflant à leur collection un esprit tout droit sorti de la décennie 70 - polos Pentagram, robes éthérées, le tout sur un teint zéro défaut agrémenté de jolies fleurs des champs. Une excentricité qu'on n'est pas près d'étrenner au bureau mais qui a le chic de nous emmener dans un univers plus doux et poétique que jamais.   

Credits


Texte : Emily Manning
Photographie : Mitchell Sams

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