bourgeoise et opulente, la mode française s'assume (et règne)

Pendant la Fashion Week de Paris, le premiers de la classe ont pris leur revanche. Et ils ont été félicités par le président de la République.

Le chaos se dissipe. Les marques se rangent doucement et les créateurs imaginent le jour d'après. Tandis que des vents sibériens glacés soufflaient sur la capitale en cette semaine de Fashion Week, tout le monde est resté impossible, vertical. On s'attendait pourtant à quelques chutes sur verglas, quelques coups d'hystérie et déclarations de forfait. Mail il n'en était rien car cette saison, il fallait se montrer poli et courtois. Macron a profité de ce calme ambiant pour inviter une centaine de créateurs à prendre part à une ripaille inédite dans sa cour. Le message était clair, l'intention aussi : le luxe est un des marchés les plus rentables de l'Hexagone et le président de la République compte bien en profiter. Du coup, cette saison, les créateurs jouaient des coudes pour s'asseoir au premier rang de la classe et recevoir les grâces du roi (et des acheteurs). Mais les petits malins ont un peu dissipé les choses pour que la mode parisienne continue de faire ce qu'elle fait de mieux : des révérences en tirant la langue.

Jacquemus règne sur la Méditerranée

Le designer de 28 ans impose son énergie et son rythme à une industrie à chaque saison plus fascinée par sa vision. Pour cet automne hiver 2018, Simon Jacquemus avait envie de chaleur, de soleil et n’a pas tenu à attendre l’été pour présenter une collection intitulée « le souk » inspirée de ses voyages à Marrakech – fréquents et nécessaires à son équilibre. Les codes et les couleurs du souk sont juste esquissés et délicatement réinterprétés et s’insèrent avec une grande fluidité dans les codes méditerranéens de la jeune marque française.

Lacoste plante des forêts

L’odeur des pins maritimes, sylvestres et parasols semblait planer dans le gymnase du lycée Carnot. En toile de fond de cette nouvelle collection, Felipe Oliveira Baptista invoquait un chapitre méconnu de l’héritage Lacoste. Un petit rappel historique s’impose donc : en pleine Seconde Guerre Mondiale, le couple René Lacoste et Simone Thion de la Chaume s’embarque dans un ouvrage d’envergure : la reforestation d’une partie des terres basques de la famille Thion, autour du terrain de golf de Chantaco. Un labeur qui aura permis au couple légendaire de sauver quelques dizaines de travailleurs de la déportation. C’est ce legs écologique et humaniste que Baptista a voulu prolonger cette saison. Les capes magnifiques, les bobs, les cagoules et les k-ways longs imaginés par le créateur se laissaient coloniser par des images de forêts encore luxuriantes. Le crocodile totémique de la maison cédait humblement sa place à des animaux en voie de disparition. « C’est notre façon à nous de planter des arbres en 2018 » annonçait Batipsta dans une longue lettre adressée aux spectateurs.

Lemaire nouveau Pythagore

Christophe Lemaire et Sarah-Linh Tran filent toujours droit. Dans le vestiaire qu'ils renouvellent chaque saison, rien ne dépasse et tout déborde. Cette saison, l'harmonie des lignes contenait les débordements sous-entendus par des drapés parfaits et les oversizes maîtrisés. On ne saurait vraiment décrire l’ambivalence grisante de Lemaire, sa sensualité ascétique, sa rigueur fougueuse ou sa sophistication décalée qu'il projette cette saison dans des monochromes couleurs rouille, chocolat ou terracotta et dans de savants ensembles pensés en couches multiples. Chez Lemaire, les jupes se glissent par-dessus les pantalons comme pour libérer la femme d'une enveloppe qui la contraint sans pour autant dérober son droit à vouloir se réapproprier ce vêtement-étendard. Les looks démarrent juste en dessous du menton et s'achèvent à la cheville mais n’ensevelissent pas les femmes. Et c'est peut-être dans ce tour de maître qu'il faut saisir toute la grâce et l'imbroglio de Lemaire.

Le jour d'après chez Rick Owens

À chaque Fashion Week, le monde de la mode attend le défilé de Rick Owens comme l'apparition augurale du Saint Messie. Quel message prophétisera-t-il cette année ? Quelle vision du monde nous exhortera-t-il à ratifier ? Nous parlera-t-il d'apocalypse ou de rédemption ? Succomberons-nous à sa grâce céleste lorsqu'il avancera en dernière instance, les bras ouverts en croix, sa chevelure rehaussée d'un halo de lumière ? Forcément, la pression est hyper lourde pour lui… Mais Rick Owens a le privilège de pouvoir constamment se jouer de nos attentes. Dans un défilé très court, le créateur lâchait un peu le registre de la violence pour nous parler d'amour. Son show masculin du mois dernier présageait quelque chose de chaotique mais chez la femme, Rick Owens retrouve son égalité d'âme. Les femmes, lestées d'amas de tissus, affichaient des silhouettes informes, presque primaires. Elles avaient des cornes angéliques sur la tête et foulaient le béton du Palais de Tokyo d'un pas gracieux, presque alangui, sur un morceau de classique dissonant (Owens n'oublie jamais le chaos qui vient). C'était le jour d'après, quand tout est à refaire. En mieux.

Le classicisme psyché selon Dries Van Noten

Comme tout belge qui se respecte, Dries Van Noten a un faible pour les grandes cathédrales, les lourds rideaux de velours et les dorures. Pourtant, dans ce contexte esthétique classique, Van Noten propose une mode pudiquement rock, sur la tranche du psyché. Dans le décor opulent de l’Hôtel de Ville, la bande-son de son dernier défilé était le gage de ce dualisme : c'est sur le morceau « Child in Time » du groupe Deep Purple que Dries Van Noten présentait sa nouvelle collection. Un groupe lui aussi ambivalent, jouant un registre proche de celui investi par Black Sabbath ou Led Zep tout en s'inspirant d'épopées classiques. Sur les robes, les sacs et les jupes se déclinaient toutes formes de plumes – imprimées ici, agrippées là ou encore esquissées d'un coup de crayon ailleurs. Un thème d'une densité rare et dont les lignes se distordaient au fur et à mesure qu'elles s'approchaient du regard des spectateurs. On aurait cru écouter du Lully sous champis.

À la conquête de l'ouest avec Isabel Marant

Marant aime les voyages et les retraites sauvages loin des écrans lumineux et du bruit incessant de la ville. Un esprit nomade que l'on lisait aisément dans la collection qu'elle présentait en fin de semaine dernière à Paris. Et c'est outre-atlantique, loin vers l'ouest, que la créatrice parisienne est allée puiser son inspiration, dans l'imagerie mythique de l'Americana pour être précis. Toutes les plus grandes bombes du moment étaient réunies pour porter le vestiaire Marant, perchées sur d'immenses jambes qui s'envolent dans les nuages, sublimes dans des robes/vestes en cuir minis ou des pardessus façon ponchos, incorrigibles dans des robes-chemises imprimées cachemire. Un prêt-à-porter très savamment mené – Marant sait comment habiller les femmes sans les pousser à s'auto-incarner.

Paco Rabanne fait du neuf avec du vieux

La cotte de maille était de (presque) toutes les silhouettes. Julien Dossena avait jusqu’à présent préféré s’y atteler avec délicatesse et subtilité et s’était toujours refusé une relecture frontale de l’héritage de la mythique marque des années 1960. Sans doute pour la première fois et après cinq ans à la tête de la maison, le jeune designer a mis les pieds dans le plat. Mais pas n’importe comment. Avec des claquettes chargées de petites pièces en métal qui s’entrechoquaient, chaque pas annonçant, avec brio et humour, la marche à suivre. Vestiaire quotidien (robe marinière, col roulé, débardeur, jean, etc) et uniforme de nuit ont été cette saison rabibochés comme jamais, positionnant avec clarté la marque dans le paysage actuel. En plein milieu, et, surtout, en pleine lumière.

Y/Project dessine la femme du futur

Les hoodies, les uggs, le jean, le coton molletonné sont toujours là : Y/Project est une marque de streetwear. Oui mais pas seulement. Y/Project est surtout l’une des rares marques de la fashion week parisienne à véritablement proposer une silhouette, depuis laquelle s’affirme et se dessine une nouvelle féminité. Fantasque et baroque, fière et féroce, cool et détendue (les doigts pieds en éventail dans ses cuissardes Uggs) aussi drama-queen que ménagère, la silhouette Y/project pensée par Glenn Martens est un antidote radical à tous les Weinstein de la planète. La femme Y/Project n’a peur de rien. Et ça fait du bien.

Le banquet de Loewe

Jonathan Anderson exècre les happenings spectaculaires et les parties de cache-cache de la Fashion Week : si vous le cherchez, vous le trouverez forcément au siège de l'UNESCO qu'il investit chaque saison pour animer le Café Philo de la semaine de la mode. Cette fois-ci, en arrivant sur place, les invités ont pu découvrir sur leur siège un exemplaire revisité de quelques grands totems littéraires tels que Dracula, Don Quichotte ou encore Madame Bovary. L'espace était colonisé d'objets et de sculptures néo-Dada disposés comme les métonymies d'une mode complexe, arty et quasi-artisanale. Tout le monde s'est tu pour écouter attentivement le dialogue sur la vertu et la pleine-conscience qui servait de bande-son au show – la maison madrilène invitait à la réflexion. Certains y ont vu un moment de sophisme mais il est important de replacer ce show dans un système qui traverse une période de remaniement : en l'absence de Céline, Jonathan Anderson jouit seul du monopole de l'intellectualisme à Paris. Et c'est quand il est cérébral à outrance qu'on l'adore.

Les pieds sur terre avec Atlein

Parmi la jeune garde de la mode française, on ne peut manquer le créateur Antonin Tron qui œuvre depuis 2016 à la tête de la griffe Atlein. Il aura suffi d'un tweet signé par la papesse Anna Wintour pour que le destin de cet ancien disciple de Raf Simons et de Nicolas Guesquière , passé par l'Académie Royale des Beaux-Arts d'Anvers, emprunte une tout autre allure. Il faut dire que depuis ses débuts, Antonin Tron peut se targuer d'une maturité rare : ses silhouettes sont déjà accomplies, sa cible est claire et la demande ne cesse d’enfler. Il affinait encore un peu plus sa signature cette saison avec des robes en jersey (une matière qu'il affectionne tout particulièrement) dont les froncent latérales perturbaient les lignes, des combinaisons de plongées revisitées mariées à un tailoring ultra-désirable et réaliste ou encore des manteaux inspirés militaire parfaits. Le créateur pense des armures légères pour des femmes réelles – une hérésie qui fera un bien fou à la mode.

Louis Vuitton VS Louis XVI

Il y a près d'un an, Emmanuel Macron s'emparait de toute la symbolique duale du Louvre pour célébrer son investiture. Et tandis que le président de la République française invitait 120 créateurs à venir festoyer copieusement à l'Elysée lundi soir (« wow trop in ce président !!) Nicolas Ghesquière faisait lui aussi sa démonstration de pouvoir mardi soir, dans la Cour Lefuel très exactement, dont la construction fut ordonnée par Napoléon III en 1850, repensée en vaisseau spatial géant pour cette fashion week parisienne. C'est tout le trope de la conquête qui s'est déployé mais aussi l'héritage d'une mode très française et bourgeoise – des jupes crayons, du tweed et des détails or et rococo (coucou Brigitte) – mêlé à une vision un peu plus décalée du futur, distillée dans des détails.

Hermès c'est sexy

Quand les autres renouent avec une silhouette plus classique et bourgeoise, Hermès (le gardien du temple de la bourgeoisie à la française) s’aventure de son côté vers une silhouette plus sexy, plus cuir, plus cintrée. Toujours en périphérie des soubresauts du système, Hermès glisse sur ses kilomètres de cuir, un plaid en laine sur les genoux. Imbattable en somme.

Yohji Yamamoto, une déclaration d’amour à Paris

Comme d’habitude, la voix et les mots du maître japonais rythmaient les pas des mannequins – plus lents que jamais, en forme d’éternelle résistance. Sauf que cette fois-ci, ils étaient en français, pudiquement articulés en hommage à Azzedine Alaïa « mon ami ». Les silhouettes, elles, s’aventuraient timidement vers le cuir et les tailles cintrées (un blasphème pour le maître de l’anti-fashion) et dessinaient des détours cubistes (épaules asymétriques,etc.). « Paris je t’aime » nous dit Yohji. « Yohji, on t’aimera toujours», lui répond Paris.

Miu Miu en mode cryogénisation

Quelques jours avant la Journée Internationale des Droits des Femmes, Muccia Prada chez Miu Miu a voulu prendre une petite longueur d'avance. Sur son podium mardi, il ne s'agissait pas de décider des contours de ce que pourrait être la femme d’Epinal Miu Miu mais de parvenir à établir une essence multiple et déclinable dans le temps et l'Histoire. Les cheveux crêpés en hauteur, les pieds serrés dans des mocassins dorés ou les épaules enfouies dans des cuirs oversize façon eighties, dans des ensembles denim fanés tout droit venus des nineties ou gainées dans des jupes crayons sixties, les mannequins Miu Miu n'avait pas d'âge et n’appartenaient à aucune époque.

Comme des garçons, à la recherche du camp perdu

« [Le Camp] est une façon de voir le monde comme un phénomène esthétique » affirmait Susan Sontag. Dans Notes on Camp, l’essai paru en 1964 qui l’a rendue célèbre, l’écrivaine mettait des mots sur un modèle jusqu’alors réduit à son caractère insaisissable. En faisant du sous-entendu et de l’ironie ses composantes essentielles, Sontag énonçait la singularité du camp : à la différence d’autres mouvements, il ne vise pas la beauté, « mais un certain degré d'artifice, de stylisation » Cette ode à l’exagération a inspiré à Rei Kawakubo une collection dont la démesure confirme l’irrévérence de Comme des Garçons – amplifier le réel en transformant l’espace du défilé en une bulle de liberté totale et particulièrement bienvenue.

La petite danseuse de Jourden

« I have never had the guts to admit that what I did felt meaningless but it’s no big deal » concluait Fabrice Paineau dans un texte imprimé sur l’invitation au défilé de la créatrice Anaïs Jourden. Quelque part entre Le journal d’une femme de chambre et Les mémoires d’une geisha, le premier show de la créatrice née à Hong-Kong ne reculait pourtant pas devant le sens ou la difficulté, parvenant à révéler subtilement les corps sans jamais complètement les dévoiler. Une vision de la féminité flirtant aussi bien avec l’idée d’opulence qu’avec celle de retenue : transparence, jupons, lacets – Jourden semblait donner vie à une nouvelle époque de danseuses, qui ont cessé de faire des pointes mais gardent leurs ballerines aux pieds (sans renoncer à l’envie de danser).

Vivienne punk comme jamais (et comme toujours)

L’auto-référence, c’est une discipline qui peut vite tourner dans le vide. Mais quand on a autant de matière à remuer que Vivienne Westwood, ça tombe rarement à côté de la plaque. Le 3 mars dernier, son mari de designer Andreas Kronthraler présentait donc la collection automne/hiver 2018 de la griffe, réalisé conjointement avec Dame Vivienne, en forme d’hommage à la reine punk de la mode. Une collection en forme de condensé subjectif de tout ce qui a fait au fil des longues années de sa carrière le sel et l’originalité de Westwood. Les teddy boys, les années 1970 londoniennes, le punk, le sexy, l’unisexe, les animaux de nuits… Tout passe dans cette réécriture d’une vision de la mode qui n’aura cessé de s’inspirer du monde environnant, des périodes les plus enivrantes et excessives et des codes les plus marquants de l’histoire. Ici les mannequins se déplaçaient sur un fond rouge qui laissait ressortir les visages peints, les bottes plateformes, les drapés élégants, les manteaux en fausse fourrure de léopard, les leggings remontant à la poitrine, les visages entièrement recouverts comme la coupe mohawk d’une des mannequins, ultime clin d’œil à l’éternelle jeunesse punk de Vivienne.

Le deuxième acte de Ramsay-Levi chez Chloé

Après une première collection applaudie, Natacha Ramsay-Levi revenait confirmer son essai. La créatrice est venue ancrer un peu plus sa grammaire féminine unique dans le paysage de la mode avec une collection automne/hiver 2018 encore plus ambitieuse que sa première - quelque part entre la Légende de Zelda, Gisèle Vienne et Nicolas Ghesquière. De ses silhouettes s'échappent de grands cols de chemises, des trenchs virevoltants et déstructurés, des vestes de cuir fourrées, des pantalons à franges, des bijoux gri-gri étincelants, des tricots ras-du-cou ou des décolletés accentués par de longs colliers, Natacha Ramsay-Levi démontre que l’aisance française peut s’encombrer d’extravagance et de pragmatisme.

Carven regarde par la fenêtre

En ouverture du show, au lycée Camille-Sée dans le 15e, une phrase pour bande-son : « Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée ». Elle est signée Charles Baudelaire. Et si on continue la lecture : « Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre ». Le pouvoir d’imagination du regard extérieur, de celui qui observe plus qu’il ne vit, qui perce le réel pour trouver du nouveau, n’était-ce pas ce dont a besoin tout créateur ? Serge Ruffieux observe, détourne, repense le réel, avec malice et poésie. Col de chemise façon col roulé, poches surpiquées effet trompe l’œil, jupes transparentes brodées de simples lignes baladeuses, robes en cuir plissé, coutures bords francs qui flottent au rythme des pas des mannequins : la fille Carven est simple et compliquée à la fois, rêveuse et terre à terre, difficilement capturable.

Boules à facettes et Blade Runner chez Koché

Au Casino de Paris, chacun cherche sa place parmi les fauteuils rouges. Il n’y a pas de places attribuées chez Koché, pas de front row ni de standing, les défilés de la créatrice sont depuis leurs débuts non hiérarchiques et inclusifs. La collection est toute en pics et en descentes, on navigue entre les fusions dark et poétiques, entre les va-et-vient disco et futuristes, les dentelles et la science-fiction, les inspirations Blade Runner et les touches métalliques. Le mauve pâle des silhouettes se détache sur le tapis rouge, le beige se transforme progressivement en or, pour un final très disco avec en prime montée des mannequins sur la scène à rideaux de sequins. Direction l’after party au Rex.

Off-White en forme

Le directeur artistique d’Off White Virgil Abloh est un homme occupé, très occupé et particulièrement désiré. Pour preuve, il est partout. Il a signé son premier morceau avec Boys Noize, DJ star de Berlin ; la galerie Gagosian à Londres accueille jusqu’en avril une sélection de travaux issus de sa collaboration avec Takashi Murakami ; il signera les costumes du prochain ballet du New York City Ballet ; on l’a vu pendant la Fashion Week aux côtés de Ben Gorham, fondateur des parfums Byredo, pour le lancement de leur collaboration intitulée Elevator Music. Une foule intense et hystérique trépignait devant les portes de son défilé - avec un service d'ordre totalement dépassé… 42 looks d’une grande justesse : des combis ultra-moulantes siglées « Modern » comme un slogan auto-approbatif, des imprimés toile de Jouy, des vestes-body, des robes-maillots de bain, une robe en tulle à étages…

Sacai, voyage en terre de l’asymétrie

Chez Sacai, tout se télescope. Les idées, les matières, les associations, les inspirations. Chitose Abe brouille tout, dépareille tout, déconstruit tout, réinvente tout. Cette saison, c’est un voyage en terre de l’asymétrie que nous propose la créatrice. Doudoune à droite, teddy à gauche ; pardessus à gauche, trench à droite ; bottine zébrée à droite, bottine léopard à gauche ; veste de smoking à gauche, blouson en jean à droite : c’est un puzzle textile qui se complexifie en multipliant couches et surcouches – comme des sculptures à étages. Tout cela se tient, comme un mariage heureux, avec un sens de la concorde chromatique.

Maison Margiela à la conquête de l’espace

Au Grand Palais, John Galliano a recréé un décor de navette spatiale et présenté une collection aux accents très high-tech, entre empathie (les vêtements sont là pour protéger – de quoi, du futur ?) et expérimentation. Les silhouettes surprotégées avancent : manches unilatérales en grosse doudoune, parkas gigantesques bleu Klein qui reste dans la pupille, looks tout entiers enrubannés de PVC transparent jusqu’aux chapeaux-capuches, des ensembles jupe/tailleur façon couverture de survie scintillante. Aux pieds des mannequins les fameux SMS – Security Margiela Sneaker – hyper robustes. John Galliano, désormais discret (s’il ne salue pas à la fin du défilé c’est aussi pour respecter la tradition de non-dévoilement de la Maison Margiela) mais toujours aussi efficace, signe là une collection destinée à conjurer nos angoisses.

Marine Serre, la première convoitée

C’était son premier défilé et Michèle Lamy, Adrian Joffe, Cathy Horyn – entre autres - étaient là. Très applaudie, Marie Serre a livré une collection aboutie, où la maîtrise technique se mêle à l’esthétique, toute entière tournée vers notre époque. Sa collection « Radical Call for Love » - déjà vendue chez The Broken Arm, Dover Street Market ou Opening Ceremony – présentée à Hyères l’an dernier et avec laquelle elle a remporté le LVMH Prize 2017 était déjà un succès. Avec son défilé « Manic Soul Machine », elle a présenté tout à la fois des vêtements multifonctionnels (tout est prévu pour les fils des écouteurs, la poche pour la bouteille d’eau de la joggeuse et même l’interstice pour le pass Navigo !), des volutes de foulards (sourcés en mode upcycling), des modèles en parme moiré ou en velours matelassé carmin et des combinaisons moulantes à cagoules ponctuées de son logo désormais bien connu – le croissant de lune.

Saint Laurent, noir érotique

C’est au même endroit que la dernière fois, l’esplanade face à une Tour Eiffel scintillante, que la collection d’Anthony Vacarello pour Saint Laurent a défilé. Le regard masqué par des chapeaux aux larges bords, les silhouettes à 70% noir intégral, avancent d’un pas décidé vêtues de robes ultra courtes ou de micro-shorts en cuir, dévoilant des jambes interminables perchées sur des boots à plateforme. Les décolletés tantôt pointus tantôt courbés dégagent la naissance des épaules ; posés sur des robes-tiges qui frôlent le sol, ils érotisent l’allure. Le final – une avalanche de robes aux impressions florales brodées de sequins dont les dessins proviennent des archives d’Yves Saint Laurent - brillait tout autant que la tour Eiffel dans la nuit noire ce soir-là.

Chanel, une chanson qui nous ressemble

Jamais Karl Lagerfeld ne l’avouera mais on sent depuis quelques saisons une forme de retour à l’essentiel. Après avoir fait décoller une fusée dans le Grand Palais, planté une tour Eiffel, un supermarché, un musée, une manif; il semble que l’époque soit à plus de simplicité (dans le propos, jamais dans l'exécution, toujours aussi monumentale). Des cascades pour le dernier prêt à porter, le port de sa ville natale d’Hambourg pour les Métiers d’Art et, désormais, la forêt d'automne, pour une ballade dans l’été indien de Chanel. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle mais pas les souvenirs et les regrets. La silhouette reste pop et fantasque, se drape d’élégants longs manteaux, se niche dans des longs gants en cuir et des tons plus sombres ; renouant avec le classique de Coco, et celui du Kaïser, décidément en très grande forme.