au cinéma, zahia dehar renaît dans « une fille facile »

Aujourd'hui sort en salles le nouveau film de Rebecca Zlotowski, « Une fille facile ». Un récit d'apprentissage sensible et courageux offrant à Zahia Dehar son tout premier rôle au cinéma.

par Marion Raynaud Lacroix
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21 Mai 2019, 1:49pm

« Comme disait Hitchcock, c’est toujours mieux de partir d’un cliché que d’y arriver » constate Rebecca Zlotowski. Dans son dernier film, le cliché est à la racine de son actrice principale, Zahia Dehar, jusqu'alors réduite à une affaire et un prénom, Zahia. À première vue, la fille facile c’est donc elle : une femme au corps fascinant à qui il semble impossible de donner un âge, qui se rend chez sa cousine, Naïma (Mina Farid) pour y passer l’été. Ensemble, elles arpentent la croisette cannoise, bronzent sur les galets et observent les allées et venues des yachts. Face à sa cousine de 16 ans, Sofia se conduit comme elle l’entend, assumant pleinement son désir de luxe, d'aventures et de frivolité. Un jour, elles font la connaissance d'Andres (Nuno Lopes) et Philippe (Benoît Magimel), propriétaires d’un yacht qui leur font profiter, pendant quelques jours, de leur vie « facile ». Entre hommes et femmes, classes moyennes et millionnaires, jeunes d'origine maghrébine et quinquagénaires blancs, le monde de Rebecca Zlotowski met en branle des dynamiques sinueuses, exacerbées par l'irruption de la sexualité. « Qui est exhibitionniste dans le film ? interroge la réalisatrice. Ceux qui dînent dans des yachts face aux badauds ou celle qui met un string apparent sous sa robe ? Qui a le pouvoir ? Celui qui a l'argent ou cette femme au corps spectaculaire ? »


Dans ce film d'été plus complexe qu'il n'y paraît, l’apprentissage se joue du côté de Naïma qui, alors que l'année scolaire vient de s'achever, ne sait pas encore vers quel métier se tourner. Derrière la tendresse qui les unit, ce sont donc deux femmes qui se font face : l’une, libre et mystérieuse, qui n'hésite pas à provoquer les hommes mais garde toujours son cœur à distance. L’autre, adolescente encore vierge, émerveillée par la puissance sexuelle qui émane de sa cousine. C'est que le corps de Sofia devient vite l'écran de projections contradictoires - celles de hommes mais aussi des femmes - où s'agrègent le désir et la répulsion, l'attraction et le dénigrement. C’est ce qui rend Une fille facile si perçant, derrière sa chaleur initiale : « Zahia est un personnage, au sens fort du terme : elle est déjà traversée par la fiction dans sa représentation. Il y a des femmes dont on voit beaucoup le visage mais dont on n’entend jamais la voix. La première fois que j'ai vu les vidéos qu'elle postait d'elle sur Instagram, j'ai entendu une prosodie d'un personnage de Rohmer. » Douce et romanesque, cette voix irrigue le film d'une force symbolique : à travers elle, Rebecca Zlotowski accorde à Zahia Dehar un espace dont elle avait été privée et recolle, un à un, les morceaux d'une image déchirée. Un grand cadeau de cinéaste et un geste, inestimable, de sororité.

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