5 choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur bill murray

À l’occasion de la sortie du documentaire d’Arte « Le Fantastique Mr Murray », retour sur cinq points insensés de la carrière de l’acteur le plus cool – mais pas toujours le plus sympa – de notre époque.

par Marion Raynaud Lacroix et Antoine Mbemba
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24 Octobre 2019, 12:15pm

1. Il a fait croire aux passagers d’un avion qu’il transportait des bombes

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Bill Murray naît dans un foyer catholique irlandais, entouré de 8 frères et sœurs. Sa famille est modeste et le petit pavillon de Chicago dans lequel il grandit ne permet pas à chacun d’avoir sa chambre. Dans cette promiscuité, Bill développe son monde à lui, loufoque et plein d’espièglerie. Mais son avenir de comédien est loin d’être tracé : « Ma mère rêvait que l’un de nous soir médecin, l’autre prêtre, l’une religieuse, un autre plombier ou menuisier pour entretenir sa maison. » Si le désaveu de ses professeurs ne permet pas à Bill de devenir médecin comme il l’a un temps envisagé, l’une de ses sœurs finit religieuse (« On est couverts de ce côté-là. Elle fait pénitence à genoux, en ce moment même, pour mes péchés. ») En 1970, à l’aéroport de Chicago, il se balade avec 20 000 dollars de marijuana dans ses bagages - il n’a pas 20 ans et déjà un sens de l’humour bien limite. En attendant l’embarquement, Bill raconte à un autre passager qu’il transporte deux bombes avec lui. Cette fausse déclaration lui vaut une fouille et un passage au tribunal pour possession de marijuana, le jour de ses 20 ans. En guise d’explication, le petit comique racontera à sa famille qu’il « voulait laisser tomber la fac et voir du pays. »

2. Il a raconté les pires horreurs à l’enterrement de son meilleur ami

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Jane Curtin, John Belushi, Garrett Morris, Bill Murray, Gilda Radner, Laraine Newman, et Dan Aykroyd, 1976

Avec le soutien de son frère Brian qui voit dans son humour borderline un talent plutôt qu’un travers à combattre, Bill intègre la troupe du National Lampoon, une bande de comédiens transgressifs et déjantés parmi lesquels se trouve Harold Ramis (futur réalisateur d'Un Jour sans fin) mais aussi John Belushi, diabolique compagnon de jeu et inoubliable interprète des Blues Brothers. Quelques années plus tard, ils rejoignent le Saturday Night Live et installent la culture du stand up à la télévision, jonglant avec intelligence entre pré-requis de la pop culture et goût de la transgression. Bill Murray commence par y jouer les doublures mais en 1977, lorsque la star du show Chevy Chase décide de quitter le programme, Belushi impose aux producteurs que son ami Bill le remplace. Un coup d’accélérateur significatif dans la carrière de l’acteur autant qu’un témoignage de l’amitié fidèle qui lie les deux hommes. En 1982, Belushi meurt d’une overdose de cocaïne. En guise d’éloge funèbre, Bill Murray écrit : « Il prenait plaisir à dégoûter les gens, à être dégoûtant, trop heureux de choquer, de créer un malaise. Il était ignoble. On ne le regrettera pas. » Un discours inspiré d'une vieille coutume persane consistant à dire le pire du défunt : « Le but, c’est de se rappeler qu’on est des hommes, qu’on ne va pas sortir les violons, béatifier le disparu, expliquera t-il plus tard. C’est mieux que de pleurer toutes les larmes de son corps et de sombrer dans la tristesse. »

3. Au faîte de sa gloire, il a fugué à Paris

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Au début des années 1980, encore marqué par la mort de son meilleur ami, Bill tente de se réinventer, fatigué par l’impro et la comédie. Il se jette corps et âme dans un contre-emploi total qui lui tient à cœur, Le Fil du rasoir, dont il écrit le scénario et où il joue le rôle d’un vétéran de la Première Guerre mondiale qui se rend au Tibet pour trouver un sens à sa vie dans le bouddhisme. C’est un four annoncé, personne ne veut financer le projet à part si, en contrepartie, il accepte de prendre la place de Belushi dans Ghostbusters. Il accepte – somnole pendant les prises, arrive en retard et ignore les dialogues. Qu’importent ses sabotages, le blockbuster fait de lui l’un des acteurs les plus riches, et surtout les plus demandés de l’époque. Mais surprise : fin 1984, Bill Murray disparaît, comme sali par cette popularité décuplée qu’il vit comme une injustice, et miné par le bide du Fil du rasoir. Personne ne sait où il se trouve. Il a fugué à Paris avec sa famille, incognito. Il s’inscrit à la Sorbonne pour étudier l’histoire et la philosophie, révise ses classiques à la Cinémathèque et s’imbibe particulièrement du jeu de Buster Keaton – d'une impassibilité qu’il fera sienne le reste de sa carrière. Il y fréquente également des disciples de la Quatrième Voie, semi-secte new age qui le rattache à son éternelle quête de spiritualité. Bref, Bill se ressource, et parlera plus tard de ses 6 mois d’exil parisien comme de « la meilleure chose qu’il a jamais faite ».

4. Il a été odieux sur le tournage d’Un jour sans fin

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En 1992, Bill Muray reçoit le scénario d’Un jour sans fin, conte devenu culte qui met en scène un présentateur météo prétentieux, macho et irascible qui revit encore et encore la même journée de la « Fête de la marmotte » d’un patelin paumé de Pennsylvanie. Il y restera bloqué jusqu’à ce qu’il trouve un sens à sa vie. Murray y voit évidemment une métaphore de la sienne, et l’occasion rêvée d’y donner du sens. Une peur l’assaille : que le film ne soit qu’une comédie de plus. Alors Bill Murray – plus grincheux et au diapason de son personnage que jamais – fait main basse sur le tournage. C’est le patron. Il dirige ses partenaires et supplante l’autorité du réalisateur, pourtant ami de longue date, Harold Ramis. Chaque matin, Harold craint davantage son acteur star et la cohabitation devient de plus en plus insupportable. L’importance du scénario, pour Bill Murray, c’est évidemment la temporalité, ce que l’humain en fait et pas la farce qu’il impute à Ramis à qui il finit par ne même plus adresser la parole. Il a pris le film en main. La production demande à Bill d’apaiser les tensions. Grand prince, il fait un effort, et demande les services d’une assistante pour servir d’intermédiaire entre lui et Ramis. Le twist ? L’assistante est sourde-muette. Le tournage fini, Bill ne répondra plus aux appels de son ancien ami, et les deux hommes ne se reparleront qu’en 2014, peu avant le décès de Ramis.

5. Il a été payé 9000$ pour son premier rôle chez Wes Anderson

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Après Un jour sans fin, Bill Murray peine à rebondir. Il ne brille que dans des rôles succincts et, il perd peu à peu le sens de son art. Presque toute sa décennie 1990 est marquée de cette errance, une perdition qui ne se prive pas, malgré tout, de quelques succès populaires remarquables, Space Jam en tête. Mais ça ne suffit pas à un être comme Bill Murray. En 1998, en pleine dépression, il reçoit le scénario d’un jeune homme qui s’apprête à changer le reste de sa carrière. Un certain Wes Anderson, qui le harcèle pour jouer dans son prochain film, Rushmore. Après un coup de téléphone lunaire où Bill Murray, sans raison particulière, parle de Kurosawa pendant une heure au jeune réalisateur désarçonné, il finit par accepter de prendre le second rôle qu’il lui propose, pour un cachet ridicule de 9000$. Il ne le sait pas encore, mais Bill Murray vient de se trouver un nouveau foyer : il jouera dans tous les films de Wes Anderson qui suivront, comme à l’aise dans la folie organisée du cinéaste qui deviendra culte en même temps que lui se reconstruira artistiquement. Comme poussé par le besoin d’être au contact d’une nouvelle génération, il tourne entre-temps avec Sofia Coppola, dans Lost in Translation, l’un des rôles de sa vie. Le film est écrit pour lui, Sofia Coppola le harcèle pendant des mois, mais comme souvent, il ne la prévient qu’au dernier moment de sa participation, alors qu’elle a déjà commencé à tourner, à Tokyo. Qu’importe. Bill Murray fait ce qu’il veut. Même quand il s’entoure des plus cools, c’est toujours lui le plus cool.

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