© Christoph Wohlfahrt. 

claire laffut nous a accordé un date (et on est tombé pour elle)

La jeune chanteuse belge vient de sortir un premier EP, « Mojo », dont l'authenticité risque de faire bouger les lignes de la pop française.

par Micha Barban Dangerfield
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14 Novembre 2018, 9:31am

© Christoph Wohlfahrt. 

« Bonjour. Je m’appelle Claire Laffut, j’ai 23 ans. J’habite à Paris et je suis belge. Qu’est ce que je dois faire ? » C’est armée d'une rare humilité que Claire Laffut s’est présentée au monde, en mars dernier, dans un premier morceau, « Vérité ». Une même attitude, simple, qu'elle affichait quand elle a débarqué à notre rendez-vous, un premier matin de novembre dans un studio photo du nord de Paris. L’ambiance était calme, Claire aussi. Puis tout le monde s’est agité. Elle, n’a pas tremblé. « Je la vois bien en Catherine Deneuve techno », « Ok mais il lui faut des tresses », « Ah bon, t’es sûr ? » « Oui mais un truc chic quand même. » Finalement, son aura a mis tout le monde d’accord. Sa grâce surtout. On dit de la grâce qu’elle est un don accordé sans qu’il ne soit dû. Comme une faveur divine qui assure à celui ou celle qui la reçoit une destinée surnaturelle. Voilà, Claire Laffut est pleine de grâce.

Elle est née dans une famille d’artistes inavoués mais accomplis : sa mère est coiffeuse, son père travaille dans le bâtiment et collectionne les vinyles. Il est du genre à « jouer du Claude François à fond le matin puis passer de la grosse techno berlinoise le soir. » Sa tante Dj a elle aussi participé à son éducation musicale en l’embarquant dès ses 14 ans danser en boîte à Ibiza – « Catherine Deneuve-techno vous avez dit ? Ah oui, c'est tout moi » – Sa grand-mère, qu’elle n’a jamais connue et dont elle porte le prénom « n’est jamais loin, elle veille à ce que ça marche. » Il y a quatre ans, elle quittait sa campagne belge natale, la boule au fond du ventre, le poing agrippé à sa valise et s’est retrouvée seule dans un bus Bruxelles-Paris. Un parcours digne d'un roman d'apprentissage. « J’avais hyper peur, nous explique-t-elle . Mais je savais qu’il fallait que je parte. Pour m’accomplir, tu vois. »

En arrivant à Paris, Claire n’avait pas de projet musique en tête et préférait peindre. Au fond, elle sentait peut être déjà murmurer sa destinée mais elle a préféré ne rien forcer. C’est très certainement la raison pour laquelle elle paraît si pure, tellement réelle et magique à la fois, pourvue d’une authenticité dont beaucoup rêveraient de disposer, quitte à la fabriquer, même si elle admet s'être retrouvée à devoir la protéger, cette vérité. « Quand j’ai commencé la musique, je me suis lancée sans réfléchir, sans me méfier, nous indique-t-elle, confuse et confesse . Je ne pensais pas que j’allais devenir "un projet" pour certains ou que j’allais signer dans un label et répondre à des interviews. Maintenant je fais un peu plus attention à ce que je dis, au choix que je fais. J’ai pris conscience de certains enjeux. J’aimerais juste rester le plus fidèle possible à moi-même. Il faut que je forge mon caractère pour ça et que je ne cède pas à la force de persuasion des gens autour de moi. Je suis encore en train d’apprendre à dire non. »

Dans le tourbillon qui s’élance autour d’elle, on se demande comment Claire parvient à résister à la vitesse des autres, à l’urgence et l’excitation malsaine de la pop qui enfante chaque jour un nouvel élu prêt à chuter. « On laisse peu de temps aux artistes pour composer, réfléchir ou même rester en phase. Moi, je ne ressens pas cette urgence mais il y a beaucoup de gens très pressés autour de moi. Je ne veux pas céder à la vitesse, affirme-t-elle, résolue. Chaque artiste a son timing, et c’est une chose qu’on ne force pas. » Surtout pas le sien. Elle sort aujourd’hui un EP de quatre morceaux qu’elle a pris le temps de composer, d’illustrer et de filmer en défendant l’idée d’un art total et d’une auto-narration.

Sur la pochette dont elle a confié la réalisation à son amie Charlotte Abramov, on l’aperçoit mangeant une pomme d’un côté, puis couronnée d’un serpent de l’autre. Comme la première Ève. « Je mange comme elle le fruit défendu tombé de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal, explique-t-elle l’air espiègle avant que sa sincérité ne la rattrape à nouveau. Non je déconne, en vrai, c’est juste une photo de moi qui mange une pomme chez mon grand-père. » Ok, mais on ne peut s’empêcher de voir en cet EP sa Genèse à elle. Le début d’un sublime chaos qu’elle aborde confiante. En évoquant la sortie imminente du dit-EP, l’excitation finit par percer son flegme naturel, et là, elle lance sans prévenir : « En ce moment j’ai la même sensation que celle que tu ressens avant de retrouver quelqu’un que tu kiffes pour un date. Tu sais qu’il te kiffe déjà et le vertige est délicieux. Il y a un gouffre qui s’ouvre à tes pieds mais t’y vas avec le sourire, tu fais de ton mieux pour être canon. J’ai un date avec la vie, en fait. » Et nous, on se languit déjà de notre prochain date avec elle.

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Claire porte une veste en cuir, une chemise et des collants Chanel. Jupe Paco Rabanne. Boucle d'oreille Louis Vuitton et bague Charlotte Chesnais.
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Claire porte un veste Givenchy, une blouse et un sous-pull Dries Van Noten. Pantalon et boucle d'oreille Louis Vuitton. Chaussures Calvin Klein. Bague charlotte Chesnais.
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Claire porte une chemise Vivienne Westwood. Top Paco Rabanne. Bague Charlotte Chesnais.
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Claire porte une robe Chloé, une veste et une jupe Atlein. Brassière et chapeau Pucci. Collants Falke. Chaussures Calvin Klein. Bague Charlotte Chesnais. Boucle d'oreille Louis Vuitton.
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Claire porte un top et une jupe Prada et une robe Lemaire en dessous. Collants Falke. Boucle d'Oreille Louis Vuitton. Bague Charlotte Chesnais.
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Claire porte une robe Chloé, une veste Atlein. Chapeau Pucci. Bague Charlotte Chesnais.

Crédits

Photographie : Christoph Wohlfahrt

Stylisme : Bérenger Pelc

Assistante stylisme : Bridgette Hungerford

Coiffure : Cyril Laloue @ Open Talent Paris

Maquillage : Khela @ Call My Agent

Production : Elie Villette

Crédits image principale : Claire porte une chemise Vivienne Westwood. Top Paco Rabanne.

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