Photographie Sarah Pannell

l'iran comme on ne le voit pas dans les médias

Dans un premier livre intitulé « De Tabriz à Shiraz », Sarah Pannell vient remettre en question les stéréotypes liés au pays.

par Sarah Buckley
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13 Février 2019, 12:04pm

Photographie Sarah Pannell

Sarah Pannella beau être une photographe documentaire installée à Melbourne, son portfolio s'étend bien au-delà des paysages australiens. Après des études en relations internationales spécialisées dans l’histoire et la politique du Moyen-Orient, Sarah Pannella a décidé d'explorer la région avec ses propres yeux, à travers sa pratique de la photo. Sa série précédente, I Feel Like I Know You, captait le déclin du tourisme égyptien. À travers ses images, elle prouvait déjà sa détermination à photographier le Moyen-Orient avec intégrité.

Sa nouvelle série intitulée De Tabriz à Shiraz fait l’objet d'un premier livre et offre un aperçu de l’Iran contemporain. Dans le style instantané qui la caractérise, la photographe saisit la générosité des hôtes qui l'ont accueillie pendant ses douze mois de recherches. i-D l'a rencontrée.

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Comment en es-tu venue à photographier l’Iran ?
Après des études en relations internationales et une spécialisation en histoire moyen-orientale, j’ai fini par développer une sorte de fascination pour l’Iran. Quelques années plus tard, j’ai rencontré des Iraniens en Amérique qui m'ont fait part de la difficulté de vivre leur vie en ayant laissé leurs familles derrière eux : je crois que leurs récits ont ravivé mon envie de découvrir l'Iran. La plupart des Iraniens qui vivent et étudient aux Etats-Unis ne peuvent pas retourner voir leurs familles à cause des restrictions de leurs visas. L'évocation de leur pays natal et de leur culture alterne donc souvent entre passion, nostalgie et tristesse.

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Comment t’es-tu liée à la communauté locale ?
J'ai passé mon premier mois là-bas avec environ 15 familles différentes, ce fut une expérience incroyable. J’ai rencontré des gens qui avaient des histoires fascinantes à partager et qui étaient excités à l’idée de me faire découvrir leur vie, ne serait-ce que pour un jour ou deux. J’ai du mal à imaginer à quel point cette expérience de voyage aurait été différente sans les situations que j'ai pu connaître grâce au couchsurfing.

As-tu été surprise par certaines situations ?
J’ai été assez surprise par la facilité avec laquelle j’ai pu voyager. En revanche, j’ai l’impression que peu importe l'endroit où tu vas, il y aura forcément quelque chose qui viendra te mettre à l’épreuve, puisque tu te retrouves dans un pays différent du tien. Au début, porter un hijab ou un foulard m’a paru étrange, mais j’ai été surprise par la vitesse à laquelle je m’y suis habituée. J’avais déjà voyagé dans d’autres pays pratiquant un Islam rigoriste par le passé, il m’a donc semblé naturel de m’habiller de manière conservatrice. Ce à quoi j’ai eu du mal à m’accoutumer, c'est l'heure tardive à laquelle les Iraniens vont se coucher ! Il m'a fallu un peu de temps pour m'habituer au fait de dîner après minuit, d’aller me balader dans un parc ou de me retrouver dans un café très tard la nuit.

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De quelles références s'inspire ta pratique de la photo ?
Ces dernières années, le travail de Bieke Depooter, une photojournaliste belge très courageuse et talentueuse m'a beaucoup inspirée. En fait, je rentrais tout juste d’Iran et faisais des recherches en Egypte quand je suis tombée sur son travail en Russie et en Egypte, où elle passait chaque jour avec une personne différente. J'ai tout de suite pensé que mon approche du couchsurfing en Iran ne faisait qu'imiter sa démarche. Mais j'imagine que c'est le genre de choses qui arrive facilement dans une industrie créative : au bout du compte, c'est l'approche personnelle, le récit et le style qui fait la différence. J’admire aussi beaucoup Laia Abril et Vasantha Yogananthan et j'ai la chance d'être entourée par des personnes très talentueuses en Australie. Je pense notamment à Raphaella Rosella, à Katrin Koenning à Hoda Ashfar et à d’autres encore – trop nombreux pour être tous nommés.

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Après avoir passé du temps en Iran, comment perçois-tu la façon dont le pays est représenté en Occident ?
Je pense que l’Iran est clairement mal représenté – en particulier dans les médias occidentaux – et ce depuis plusieurs années déjà. La Révolution iranienne a eu lieu il a quarante ans et les choses ont énormément changé pour la population depuis - en particulier pour celle qui n’est pas religieuse et ne croit pas au pouvoir de l’Ayatollah ou du clergé Shia. Les actions du gouvernement iranien ne représentent pas fidèlement la diversité de son peuple. L’un des buts de mon travail est d’essayer de changer la perception générale de l’Iran, et les stéréotypes qui y sont affiliés. En particulier ceux que véhiculent les Américains à la Maison Blanche.

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As-tu d'autres projets en cours, mis à part le lancement du livre ?
Je travaille sur un nouveau recueil, à partir du projet mené en Egypte en mars dernier. Je me rendrai à l’étranger en avril pour quelques mois, en commençant par une résidence artistique d’un mois en Lituanie. Et je compte bien retourner en Iran.

Le livre de Sarah Pannell Tabriz to Shiraz est disponible en précommande ici.

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