sans nostalgie, kompromat ressuscite l'EBM à la française

Ne cherchez plus, « Traum Und Existenz », ou le résultat de l'équation Rebeka Warrior (ex Sexy Sushi) + Vitalic, est l’album qui va vous donner des sueurs froides tout l’été.

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08 Avril 2019, 8:17am

Depuis 2012, et « La mort sur le dancefloor » - morceau de rave apocalyptique d’où filtraient quelques filets de stroboscopes comme des lueurs d’espoir - il semblait certain que Rebeka Warrior et Vitalic étaient faits pour se rencontrer, et plus si affinités. « C’est évidemment moi qui suis allé la chercher pour lui demander de faire un featuring, explique Vitalic, autrement, la connaissant, elle ne serait jamais venue me chercher. J’aime beaucoup son personnage, mais en particulier son écriture, les thèmes qu’elle aborde dans ses chansons et bien sûr sa manière de chanter. Pour "La Mort sur le dancefloor", j’avais envie d’un morceau très énergique et dansant, et des chanteuses qui pouvaient l’incarner, il n’y en a pas trente mille. Même si je reste persuadée qu’elle devait penser que je faisais de la musique trop commerciale pour elle. »

Ce à quoi Julia, tout en riant, rétorque : « N’importe quoi, j’étais très contente qu’il vienne me chercher. J’ai beaucoup écouté Dima et Vitalic, j’en ai beaucoup joué dans mes sets de DJ’s, il faisait vraiment partie de ma discothèque de référence. Donc quand il est venu toquer à la porte, j’ai répondu direct "mais avec plaisir", je n’ai pas du tout été retorse. D’ailleurs j’aime beaucoup ce morceau, mais c’est vrai que ça ne ressemble pas du tout à Kompromat, qui est un projet commun, sur "La Mort sur le Dancefloor" je me sentais plutôt comme invitée sur un projet de Vitalic. »

À l’heure où toute sortie d’album est programmée comme une horloge suisse pour assurer le buzz, Kompromat a décidé de n’en faire qu’à sa tête et de frapper fort bien avant que personne n’ait entendu l’album. Déjà en lâchant « Niemand », un premier morceau chanté en allemand qui convoque les synthés tristes et sautillants des 80’s et voit Julia dompter sa voix tout en gardant une rage contenue. Ensuite, en dévoilant un visuel signé Théo Mercier, le plus facétieux des artistes contemporains français puis un premier clip réalisé par Bertrand Mandico - aka le cinéaste le plus psyché de la galaxie française. Histoire d’ajouter une cerise bien profond dans la chantilly, le duo offrait un premier live tout en lasers blancs début janvier dans une Péripate chaude comme une étuve où l’on jouait des coudes pour espérer gagner un cm2 d’espace. Bref, on l’aura compris, sorti de nulle part, Kompromat semble bien parti pour être le carton plein du printemps et l’objet de tous les désirs coupables.

« J’avais fini ma tournée avec Vitalic, je n’avais pas du tout envie de me remettre à composer un nouvel album. Julia était un peu en pause comme moi, c’était le moment parfait. » explique Pascal avant que sa compère n’ajoute « Je n’étais plus du tout dans une période de composition, je faisais des DJ’s sets pour gagner ma vie, ce qui m’obligeait aussi à écouter et réécouter beaucoup de musique, plonger dans leurs histoires. Et puis Pascal m’a proposé ce projet, de faire un disque vraiment ensemble cette fois. On ne se savait pas vraiment dans quoi on se lançait : un single, un EP, un album, un live ? J’avoue avoir été un peu frileuse au départ puis je me suis dit que c’était une bonne manière de me remettre dans le bain. »

Flashback. En début d’année 2018, Julia et Pascal, décident enfin de s’attaquer à un album commun, de ces sessions régulières où composition et écriture se font à deux, nait un titre par mois. Chaque session répond à une ligne de conduite précise. « On s’est posés autour d’une table et on a commencé à lister ce qu’on voulait et ce qu’on ne voulait pas, explique Pascal, la disco par exemple c’était non parce que Julia ne supporte pas les boules à facette. Finalement on est tombé d’accord sur l’EBM [pour Electronic Body Music, ndr] parce que c’était un style, presque un langage, qu’on avait en commun. » « Mais attention, précise Julia, ce n’est pas de l’EBM pur, on n’a pas cherché à copier un genre, comme beaucoup le fond aujourd’hui avec le revival EBM, mais de traduire une énergie forte, minimale et martiale. On est plus proche de l’EBM de D.A.F que celui de Nitzer Ebb, par exemple.» « Le danger, surenchérit Vitalic , c’était de répéter x fois "La mort sur le dancefloor", genre "La mort à la cuisine", "La mort à la piscine"… » « C’est bête en même temps, rigole Julia, avec un concept pareil, on tenait plus de trente ans. »

Traum Und Existenz est un album hors du temps, qui puise ses racines dans les débuts de l’électro – que ce soit la cold-wave, l’EBM voire le hardcore – pour les propulser dans les vertiges de l’ecstasy contemporaine. Entre mélodies tristes et joyeuses, déluges de saturation, rythmes new-beat et pincées de rage punk, il n’y a pas de nostalgie chez Kompromat, même si le duo s’offre quelques pauses mélancoliques, avec « De Mon Ame A Ton Ame », sorte de Mylène Farmer sous MD ou « Possession » qui résonne comme la bande originale d’une messe secrète. Entre warehouse contemporaine, cold-wave revisitée et rébellion sous strobos, Kompromat n’en fait qu’à sa tête, mélangeant pop et underground, allemand et français, soleil et acier, quitte à s’afficher sur la pochette de l’album, goudrons chaud et plumes collées sur la tête, comme pour mieux expier les affronts qu’ils nous imposent.

Kompromat : « Traum Und Existenz » (Clivage Music)

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