Photographie : Jun Yasui

sentimental rave nous a parlé des femmes qui ont changé sa vie

À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, des artistes nous ont parlé de celles qui avaient, à un moment ou à un autre, changé leur façon de voir la vie. Productrice et dj, Sentimental Rave s'est prêtée au jeu.

par Marion Raynaud Lacroix
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08 Mars 2019, 11:42am

Photographie : Jun Yasui

Sextoy. Il y a 3/4 ans, j'ai vu Projet Sextoy, le documentaire de Lidia Terki sur Dj Sextoy, figure hyper forte de la nuit parisienne, et je crois que c'est une des plus grosses claques des dix dernières années de ma vie. Tu vois donc Sextoy, résidente du Pulp, qui ressemble à une espèce d'alien, des tatouages plein le visage, balancer ses skuds hardcore pendant un concert d'été sur la place de l'Hôtel de Ville. Avant de voir ça, je pensais pas que ça pouvait exister. J'étais pas sensibilisée à cette scène et ce qui est drôle, c'est qu'au lieu de me mettre dans une posture d'admiration, voir ce qui s'était passé m'a donné l'envie de continuer. Ces meufs là, on doit les admirer, reconnaître que ce qu'elles ont fait est important mais ne surtout pas rester là-dessus. La plus belle manière de leur rendre hommage, c'est de montrer que tout ça n'est pas mort.

Françoise Sagan. Quand j'étais jeune, mon seul lien avec des meufs qui avaient une présence au monde forte, c'était la littérature. En musique, les filles que j'aimais faisaient du rap ou du R'n'b - mais elles me touchaient de manière moins viscérale. Par contre, je lisais énormément. Quand j'ai découvert des écrivaines comme Anaïs Nin, Colette ou Françoise Sagan, j'ai compris que les femmes pouvaient faire des trucs d'hommes, s'émanciper. Sagan, c'est cette femme qui boit du whisky, qui fume, joue au casino. Elle a beau n'avoir jamais été très revendicative ou affirmé qu'elle était lesbienne, son insurrection m'a touchée : pour moi, c'était hyper nouveau de voir une femme fumer des cigares en écoutant du jazz. Quand j'ai commencé à la lire, je savais pas qu'elle était morte. Ça m'a rendue hyper triste d'apprendre que je la rencontrerai jamais. J'avais 13 ans et j'aurais voulu discuter avec elle, j'avais l'impression qu'elle me comprenait, qu'elle me donnait un écho - autour de moi, personne ne lui ressemblait. Elle m'a ouvert à l'idée qu'en tant que femme, c'était possible d'être ce que t'avais envie d'être et d'être reconnue pour ce que t'étais.

Liza 'N' Eliaz. C'est une personne que j'ai découverte assez récemment et qui m'a extrêmement touchée. Elle est morte aujourd'hui. C'est une femme trans les plus représentatives de la scène hardcore dans les années 1990/2000 en France, qui tournait beaucoup avec Manu le Malin et Laurent Hô. C'est dingue parce qu'il n'y a quasiment rien sur elle, alors que c'est une figure hyper importante du hardcore en France. Elle arrivait à mixer des beats hyper rapides et à les décaler : elle créait une nouvelle musique quand elle jouait. C'est quelqu'un qui a été effacé, invisibilisé par des gens qui se sont réapproprié son image. Il y a quelques trucs en ligne mais c'est rien par rapport à tout ce qu'elle a fait. Je crois que c'est important de la citer, parce que j'ai l'impression que sa seule reconnaissance vient des gens qui ont eu la chance de la connaître.

Toutes les autres. J'ai pas envie d'étaler la vie de ma mère sur internet, mais c'est la femme dont je suis la plus fière au monde parce qu'elle revient de loin, qu'elle m'a montré que tout était possible - c'est la plus grosse punk que je connaisse. Toutes les femmes qui m'entourent ont pu être puissantes à leur manière - que ce soit ma grand-mère qui a traversé la guerre d'Algérie et tout quitté pour venir en France, ou mon autre grand-mère, qui assume le fait d'être une femme à 80 ans passé. J'en aurais des centaines à citer. J'aime les femmes fortes qui assument qui elles sont : la plus belle chose chez un humain, c'est de le voir être ce qu'il a envie d'être, ne pas se mentir à lui-même, être vrai. Une écrivaine, une meuf qui fait du son ou à qui je vais parler 10 minutes en soirée, ça veut rien dire : chaque personne t'apporte quelque chose. Il y a tellement de femmes que j'ai envie de rencontrer et que je connais pas encore ! Celle que j'ai citées sont juste les premières de ma vie : j'ai que 25 ans, je sais qu'il y a en encore plein d'autres qui vont me mettre des claques dans la gueule.

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