l'académie française, un (tout) petit peu moins sexiste ?

Hier, les « Immortels » ont consenti à la féminisation des noms de métier. Hallellujah.

par Marion Raynaud Lacroix
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01 Mars 2019, 1:00pm

Capture d'écran du film Jacky au Royaume des Filles de Riad Sattouf

« Moi je suis écrivain, je suis pas écrivaine. Pourquoi ? Parce que quand je dis que je suis écrivain, dans la tête des gens, il y a quoi ? Il y a quelqu’un en train d’écrire. Quand je dis que je suis écrivaine, on va dire "tiens, elle dit écrivaine", mais on voit pas une femme en train d’écrire. Les mots sont beaucoup plus importants que les procédures. » En septembre dernier, sur le plateau de l'émission On n’est pas couché, Christine Angot faisait (entre autres choses) part de la façon dont elle envisageait le langage : pour elle, impossible d'agir sur une langue obéissant au principe que le « masculin l'emporte sur le féminin » - et c'était « tant mieux ».

Connue pour ses prises de position pas franchement avant-gardistes, l’Académie française vient de lui donner tort. Jeudi, l'assemblée constituée de 35 hommes et 5 femmes a consenti à la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de titres et de grades. Une décision qui ne relève pas d'un acte féministe pour autant : en clair, l’Académie annonce qu’elle ne se battra plus contre la féminisation de ces termes et qu'ils pourront figurer dans les dictionnaires. Une manière de revenir sur une règle édictée en 1647 selon laquelle « le masculin, étant le plus noble, il prédomine toutes les fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble ».

La revendication ne date pourtant pas d'hier : en 1994, sur France 3, l’écrivaine Benoite Groult défendait la fonction « symbolique » du langage et la nécessité de féminiser les professions. « C’est très important d’être à l’aise dans les mots, affirmait-elle avant d'expliquer qu’au Moyen-Âge, la féminisation allait de soi. On était une venderesse, une tisserande et tout à coup, aujourd’hui par une espèce de réflexe frileux dans les professions de prestige – parce que dans les professions ordinaires, ça passe très bien – on est agricultrice mais on n'est pas écrivaine. » Une réflexion pointant la dimension systémique du problème : plus facile pour une femme d'être reconnue en bas de l'échelle sociale qu'à des fonctions prestigieuses, menaçant le solide édifice du patriarcat. « On est la secrétaire d’un patron, mais madame le secrétaire d’état, concluait Benoite Groult. C’est pas la langue qui refuse, ce sont les têtes ! ».

Reste à savoir si l'Académie française passera un jour des paroles aux actes pour oeuvrer, enfin, à la féminisation de son assemblée.

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