Pete Burns Dead or Alive You spin me round (like a record)

poppers, disco et gabber : les meilleurs docus musique sont au FAME festival

À Paris du 13 au 17 février, la Gaîté Lyrique célèbre un genre au sommet : le documentaire musical.

par Patrick Thévenin
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12 Février 2019, 11:57am

Pete Burns Dead or Alive You spin me round (like a record)

Depuis cinq ans, à la Gaité Lyrique, le festival F.A.M.E offre une plongée foisonnante et excitante dans la galaxie du documentaire musical – un genre qui semble ne s’être jamais aussi bien porté. Entre films en compétitions, débats thématiques, ateliers pratiques et performances diverses, l’édition 2019 du F.A.M.E se concentre sur la notion d’identité, qu’elle soit politique, de genre, collective ou de destin. On a sélectionné nos cinq coups de cœur.

Dans les archives de la disco gay

À la fin des années 1970 et au début des années 1980, après des années de succès sans commune mesure, c’est le backlash du disco orchestré par la Demolition Night. Dans un stade de Chicago, à l’appel du DJ Steve Dahl, fervent ennemi du genre, des milliers de vinyles de disco sont brûlés car considérés trop mainstream, trop noirs et trop gays. Dans cette entreprise de démolition en règle, le disco devenu paria sera sauvé des oubliettes par les gays qui le transforment en Hi-NRG. Une version plus musclée, plus rapide et plus électronique, qui va devenir la bande son de leurs marathons, mêlant musique électrique, drogues à gogo, culte du corps et orgies sexuelles. Le documentaire « High Energy » raconte la genèse de ce sous-genre, entre San Francisco, New York et Londres, dont la pulsation cardiaque et les gimmicks de production ressemblent à un rush de poppers. Un genre musical qui va devenir malgré lui la musique de fond des années sida où, malgré l’épidémie, les gays vont faire un pied de nez à la maladie avec des tubes comme « So Many Men So Little Time » de Miquel Brown ou «High Energy » d’Evelyn Thomas. S’il s’égare un peu du côté de l’italo-disco et de l’eurodance - dont les sources sont à chercher du côté de la Hi-NRG mais pas que - le docu montre comment le genre a essaimé dans la pop, essentiellement celle des années 1990, générant la mode des tubes faciles, fabriqués à la chaine, propulsés en tête des hit-parade.

« High Energy, le disco survoltée des années 80 » le jeudi 14 février à 19h45.

Seul dans la foule

En quelques années le collectif (La) Horde, composé de trois artistes multi-casquettes, est devenu le collectif de danse le plus en phase avec son époque. De leurs spectacles à couper le souffle (on se souvient avec émotion de « To da Bone » qui puisait dans les mouvements du hard style) jusqu'à leurs chorégraphies suantes et énervées pour la nouvelle tournée de Chris & The Queens, leurs interrogation sur la club culture traversent ce court métrage onirique. Une plongée tout en EDM, qui explore la notion de fête, de rassemblement, de communion, mais aussi de solitude face à l’immensité de la foule. Bref, on ne les aime pas, on les adore.

Cultes de (La) Horde, le jeudi 14 février à 19h45

Hip-hop et politique font-ils bon ménage ?

Pour tous ceux qui n’avaient pas prêté beaucoup d’attention au parcours de la rappeuse d’origine sri-lankaise M.I.A, à sa réputation sulfureuse et à son engagement politique rivé au corps, le documentaire de Steve Loveridge (qui a obtenu le prix du jury au festival de Sundance 2018) réclame un visionnage obligé. À partir d’une vingtaine d’années d’archives filmées, le réalisateur retrace le parcours de cette réfugiée, qui débarque à Londres à l'âge de 11 ans après avoir fui la guerre civile au Sri Lanka. De ses débuts de rappeuse dans sa chambre à sa rencontre avec Diplo, de ses clips à succès à son statut de bad girl, de son scandale en forme de « doigt d’honneur » au Superbowl avec Madonna à son engagement politique acharné envers les tamouls qui lui a valu d’être attaquée comme « complice du terrorisme », le documentaire prouve avec justesse qu’être une chanteuse racisée, féministe et politisée, n’est pas si simple, et ce même dans les années 2000.

Matangi / Maya / M.I.A de Steve Loveridge le 16 février à 19h45.

Butchs, stripteaseuses et espaces safe

Aux débuts des années 2000, à Los Angeles, le collectif Shakedown, exclusivement composé de femmes lesbiennes et afro-américaines, a secoué le clubbing underground avec ses soirées torrides, ses strip-teaseuses brûlantes et leurs billets de dix dollars coincés dans leur string. Pendant de longues années, Leila Weinraub, membre active de Shakedown, a filmé à l’arrache cette effervescence pétillante comme une coupe de champagne, entre twerks endiablés, backstages fatigués et témoignages poignants, tout en suivant de près les figures stars de cette scène indépendante, comme Mahogany, Egypt, Jazmine ou I-Dallas. Le résultat, brut et en sueur, à l’image sautillante et saturée, est une plongée sans fond dans un espace de liberté LGBT, où les codes de la féminité et de la masculinité sont tordus dans tous les sens, où le sujet de l’homoparentalité pointe le bout de son nez, où les butchs côtoient les fems, où le désir et l’érotisme lesbien sont interrogés et où le collectif est à la fois une arme et un refuge face à l’agressivité extérieure. À l’image des raids incessants de la police qui finiront par faire fermer le club en 2004.

Shakedown de Leilah Weinraub le vendredi 15 février à 21h15

À la recherche de la voix perdue

Chanteuse ovni des années 70, folkeuse culte et trop méconnue, douée d'une voix déchirante et à nulle autre pareille, Karen Dalton est un secret soigneusement partagé par les fans de folk et les diggers du monde entier. Une icône discrète qui a influencé Devendra Banhart, Nick Cave ou les sœurs Coco Rosie. Mais la claustrophobie et la timidité de Karen, son incapacité à se mouler dans le monde de la musique, son retrait dans une petite maison en bois à l’abri de tout, signeront son oubli et sa fin tragique - un cancer lié au sida dont elle est atteinte, en 1993. La réalisatrice Emmanuelle Antille a découvert Karen Dalton par hasard, comme elle l’explique au début du film : « Au départ je ne sais rien d’elle, je me rappelle seulement de la première fois où je l’ai entendue chanter, j’étais à Genève dans un bus qui traversait le pont du Mont Blanc, sa voix résonnait dans mon casque et j’étais soudain projetée au dessus de l’eau. Dans ce voyage nous ne cherchons pas un fantôme, nous cherchons à la rappeler à nous. » S’en suit un drôle de documentaire hors-normes et hors-formes, à la fois road-trip sur les traces de ceux qui ont côtoyé Karen et journal intime, entre ruines et souvenirs, émotions à fleur de peau et pèlerinage, qui, comme la voix irréelle de Karen, nous hantent longtemps après le visionnage.

A Bright Light : Karen & The Process d’Emmanuelle Antille, le samedi 16 février à 18h45.

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