le grime français enfin rassemblé dans une compilation

Loin des quartiers du sud londonien, le grime s'exporte en France et se réimagine selon un nouvel héritage. Les cofondateurs du label [re]sources ont rassemblé les porte-étendards français du genre dans une nouvelle compilation et livrent en...

par i-D Staff
|
15 Juin 2016, 2:55pm

Depuis quelques temps, le genre musical le plus irrévérencieux et énergique depuis le punk, j'ai nommé le grime, débarque en France. Alors qu'il se cantonnait à une poignée d'initiés depuis sa création dans les années 2000, il s'ouvre aujourd'hui à de nouveaux territoires, de nouvelles sonorités, tend vers l'hybride. Simple coïncidence ? Certainement pas. L'avènement du grime en France répond au désir d'une jeunesse qui rêve de déborder et d'exulter sur des rythmes fiévreux et des rimes acérées. Côté musique, il répond à une nouvelle fusion des genres, une abolition des frontières et se greffe au paysage musical français - loin des quartiers du sud londonien. Thomas Ferraré et Antoine Buffard, deux apôtres du genre et cofondateurs du label [re]sources, ont ensemble pensé une nouvelle compilation qui sortira vendredi 17 juin, Club Hexagon Vol.1 ou l'arrêt sur image de tout ce qui se fait dans la scène clubbing française. Une sélection de huit porte-étendards de la scène électro hexagonale qui poussent le grime jusqu'à ses confins expérimentaux et le distillent dans un héritage techno et afrobeat. Ils livrent en exclusivité un track signé John Vitesse sur lequel se pose la douce voix de la nouvelle princesse du r'n'b français, Oklou. i-D les a rencontrés pour parler de grime instrumental, de la France et de nos voisins iliens, les Anglais, of course.

Parlez-moi de votre compilation, comment avez-vous fait la sélection des artistes ?
Thomas Ferraré : Cette compilation est finalement l'extension de la ligne artistique du label, à savoir faire découvrir des artistes dont les productions sont la synthèse de styles essentiellement anglais comme le Grime, le UK Garage, le UK Funky ou la Bassline. Le dénominateur commun étant de livrer une interprétation personnelle et française de la "Club Music" aujourd'hui. Cette sortie met en avant des artistes que nous avons déjà signés comme Chaams (auteur du dernier EP sorti sur Resources en début d'année), Dehousy, She's Drunk et moi-même. Mais aussi de nouveaux talents comme Nunu, Moke et Lil Crack qui suivent ce que fait resources (nos mixes sur Rinse, nos soirées et nos sorties) ou qui se trouvent être dans notre radar "Soundcloud" depuis quelque temps.

Antoine, toi qui es également à la tête de Trax, ça fait un moment que ton magazine couvre la seconde vague du grime. Qu'est-ce que vous inspire ce genre ? Que représente-t-il pour vous ?
Antoine Buffard : C'est depuis que j'ai repris le magazine en fait. J'ai toujours eu un fort penchant pour la scène anglaise et ça fait 10 ans qu'on mixe du Grime en soirée avec les copains (avec Château Lateuf, le crew dont est issu Tommy Kid, ou avec DJ Absurd et les Bass Society). Donc j'ai naturellement construit chez Trax un axe Paris-Londres qui commence à prendre le pas sur l'axe traditionnel Paris-Berlin qui est moins dominant qu'avant.

Comment expliquez-vous ce second souffle ?
AB : Le Grime avait un peu disparu des radars médiatiques avec le raz-de-marée Dubstep, et puis le son tournait un peu en rond mais était toujours là, dans l'ombre. Il a fini par revenir sous son aspect instrumental d'abord, avec des mecs comme Murlo ou Mumdance qui l'ont poussé à un tout autre niveau de production ultra-futuristes. Puis les succès d'artistes comme Skepta ont vraiment remis le Grime, instrumental et vocal, sur le devant de la scène.

Pourquoi le grime a-t-il mis tant de temps à traverser la Manche ?
AB : Il avait déjà passé la Manche ! Ça fait 15 ans qu'on écoute du Dizzee Rascal, Wiley, Kano et les autres en France. Mais c'était réservé aux plus curieux, à ceux qui aiment autant le Hip-Hop que les musiques de club. Les Français sont assez prudents, pour ne pas dire conventionnels, dans leurs goûts musicaux. Et pour tout ce qui est Hip-Hop, il faut d'abord que ça cartonne aux Etats-Unis avant que les Français s'y intéressent massivement. Mais on a quand même une belle communauté de passionnés qui s'intéressent à ça depuis longtemps. Il aura fallu attendre que le Grime soit « adoubé » par Kanye West pour que la France en réalise l'intérêt de manière plus massive.

Quelle est la particularité du grime instrumental français ? En quoi diffère-t-il du grime anglais ?
TF: Qu'il soit produit en France, en Italie ou aux US, le Grime sonnera toujours très anglais. Cependant, le fait qu'il s'exporte lui a permis d'assimiler des éléments issus de différentes scènes internationales. On retrouve dans cette nouvelle forme instrumentale des influences propres au Jersey Club, au Baile funk, à la techno berlinoise ou à l'afrobeat. Il n'y a pas de grime instrumental français mais plutôt du grime instrumental fait par des Français qui y injectent leurs propres références internationales. Une des caractéristiques de cette nouvelle scène est qu'elle est réellement globale, les Français y participent, de même que les Mexicains, les Italiens, les Américains, les Australiens.

Parlez-moi du track de John Vitesse avec Ok Lou. Qu'est-ce qui vous a interpellé dans ce titre ?
TF : Comme c'est le cas avec une bonne moitié des artistes de la compilation, je ne connais le lyonnais John Vitesse que via des discussions Facebook ou Soundcloud. Il m'a été présenté par le producteur français Tielsie (signé sur PC Music). "Bloom Doom" n'est pas le track de clôture pour rien, il se distingue du reste de la compilation car plus expérimental et mélodique, côté que l'on souhaite aussi explorer avec Resources à l'avenir. À vrai dire tout m'interpelle dans ce morceau, la ligne mélodique, les kicks jersey, les effets de saturations et les subs. Et comme ce n'est jamais assez, John a eu la super idée de me proposer cette version avec les vocaux de l'artiste française Oklou.

La soirée de lancement de la compilation Club Hexagon Vol. 1 aura lieu vendredi 17 juin au Punk Paradise à Paris. 

Credits


Texte : Micha Barban-Dangerfield 

Tagged:
Grime
electro
techno
Musique
resources
Oklou
antoine buffard
club hexagon vol.1
john vitesse
​thomas ferraré