dans l'univers extatique et dénudé des néo-hippies

Le photographe Steve Schapiro a participé à des rassemblements aux États-Unis où règnent l'amour libre, la quête de spiritualité et la musique. Rencontre.

par Zio Baritaux
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14 Janvier 2016, 6:20pm

Dans Bliss, le nouveau livre du photographe Steve Schapiro, des hippies nus et chevelus méditent en dansant. Sur une photographie particulièrement éloquente, un homme roux, complètement nu et le corps recouvert de boue sourit au ciel. Littéralement. Dans une autre, on peut voir un groupe de gens assis en tailleurs qui se prennent par la main. Ces réunions champêtres se déroulent depuis les années 1960 mais celles de Schapiro ont été prises en 2014. ''Beaucoup pensent que le mouvement hippie est mort, peut-on lire dans l'introduction de Bliss. Le courant vit encore - il s'est seulement déplacé dans les zones rurales.''

Pour ces photographies, Schapiro et son fils ont enchainé les festivals dans tous les Etats-Unis. Le photographe avait déjà immortalisé cette contre-culture pour Life Magazine dans les années 1960. Il s'était concentré sur la communauté hippie de San Francisco à l'époque. Mais on lui doit beaucoup d'autres choses : des portraits de Bowie, Sophia Loren, Steve McQueen, Andy Warhol et surtout, l'affiche des films Taxi Driver et Le Parrain 3. Quoiqu'il en soit, le photographe aujourd'hui âgé de 82 ans nous a accordé quelques minutes d'interview. On en a appris un peu plus sur ces fameux hippies modernes. 

Comment as-tu découvert ce nouveau courant hippie et pourquoi t'y es-tu intéressé ?
En 2001, le 4 juillet exactement, j'ai emmené mon fils dans une de ces communautés, les rassemblements arc-en-ciel. Je lui ai dit : ''Tu as juste besoin de ramener un bol, une cuillère et ton nombril.'' Bon, si tu savais jouer de la batterie, c'était encore mieux. Et puis en 2008, pour la fête des pères, Theophilus, mon fils, m'a surpris en offrant un ticket pour le festival Burning Man. C'était une expérience incroyable. J'avais mon appareil avec moi et tout est parti de là. 

Ton fils est devenu un néo-hippie depuis. Comment as-tu appréhendé sa décision ?
Theophilus a toujours eu un véritable amour pour la nature et il adore danser. Il s'inspire de ce qui l'entoure en permanence et il m'aide à devenir un homme spirituel et tourné vers les autres. Les neo-hippies ont un regard différent sur la vie, leur attitude n'est pas la même qu'il y a 40 ans.

En quoi sont-ils différents ? Comment vivent les hippies en 2016 ?
En 1967, je photographiais la communauté hippie de San Francisco pour mon essai sur les hippies et les indiens. San Francisco était vraiment une ville psychédélique. Les drogues et les coups d'un soir étaient les mots d'ordre de toute une communauté. Les groupes qui y passaient lors du Fillmore West (Les Doors, Janis Joplin) sont devenus iconiques et leur musique est immortelle. Mais contrairement aux hippies des années 1970, la nouvelle génération est plus tournée vers la méditation, la prière et la transe à travers la danse. Il ne s'agit pas nécessairement de prendre des drogues pour y parvenir, bien au contraire. Le corps est un temple pour eux et ils sont généralement végétariens, ou ne consomment que des aliments non transformés et crus. 

Comment se déroulent les festivals ? Tu peux nous décrire la journée type d'un hippie au Mystic Garden ou à l'Electric Forest par exemple ?
Durant l'été, les festivals de musique pullulent, partout et surtout là où on les attend le moins. Les festivals deviennent de vraies réunions de famille où les hippies se trouvent chaque année, ils vivent dans leurs voitures ou dans des tentes pendant plus d'une semaine. Dans un festival comme Mystic Garden, on ne trouve pas d'alcool. C'est interdit. Les familles viennent avec leurs enfants, la musique se joue jusqu'à tard dans la nuit. On y retrouve souvent des résidents comme Nahko et Medicine for the People. Il y a des stands de nourriture partout. Et surtout plein d'activités, du yoga à la méditation et l'hypnose. Mais le plus incroyable reste les danses spirituelles. Dans ce genre de festival, ce ne sont pas les groupes qui mettent l'ambiance mais les gens partout qui s'agitent et se déhanchent au rythme de la musique. 

As-tu participé à certaines activités collectives durant le festival ?
Je me suis fait beaucoup d'amis, j'ai beaucoup conversé, j'ai dansé aussi et ai pris plein de photos. Tout le monde jouait le jeu à fond sous l'objectif. L'avant dernière photo de Bliss résume à merveille l'état d'esprit de ce rassemblement. Tu penseras à moi en la regardant, elle te fera rire.

Quel message veux-tu transmettre avec ces photos ?
J'espère que les gens penseront la vie autrement et lui redonneront de la valeur.

Credits


Texte : Zio Baritaux
Photographies © Steve Schapiro extraites du livre Bliss

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