simo cell, la juste mesure de la techno française

À l’occasion du passage du Dj Nantais lors du festival Peacock Society, i-D l'a rencontré pour parler de musique classique, de ses maîtres et de Paul Pogba.

par Jules-Alberto Legendre
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27 Février 2017, 5:20pm

Originaire de Nantes, rien ne semblait prédestiner Simo Cell à un avenir électronique. Ses parents lui ont transmis l'amour de la musique classique avec une dimension supplémentaire, celle de l'expérimental. Rejeton du conservatoire, Simo Cell propose une nouvelle approche de la techno. Et lorsque celui-ci nous parle de sa découverte de Steve Reich ou Philip Glass - pionniers de la musique minimaliste - on lui reconnaît un point commun avec ces derniers dans la déconstruction des codes de la musique classique. Ses sonorités électroniques obscures et industrielles résonnent comme une réaction à l'encontre d'une éducation musicale classique très intense. À travers de multiples influences qui vont d'Underground Resistance à Jamie XX en passant par le breakbeat, l'ambiant et la bass music d'outre-Manche, Simo Cell est un artiste complet et unique sur la scène électro française. À l'occasion de son premier passage au Peacock Society la semaine dernière, i-D a eu l'occasion de discuter avec lui du lien entre musique classique et électronique, de ses futurs projets et de Paul Pogba.

Tu as eu une éducation musicale très classique. Comment l'as-tu vécue ?
Mes parents sont guitaristes classiques donc j'ai été bercé par le son de la guitare. Je suivais mes parents dans les festivals de guitare classique. Après il y a eu le conservatoire, période que j'ai plutôt mal vécue, c'était trop intense, pas assez ludique pour un petit garçon de 10 ans. C'est peut-être ce qui m'a mené inconsciemment à faire de la musique électronique tout seul dans ma chambre.

Que retiens-tu de ta formation au conservatoire ?
À vrai dire je ne me sers pas beaucoup de ce que j'ai appris au conservatoire. J'ai commencé à faire du son dans ma chambre avec une approche très DIY, à bidouiller un peu n'importe comment sur Ableton. Le solfège c'est très loin pour moi, et le plus important dans ma musique c'est le sound design, chose qu'on n'apprend pas quand on fait du solfège.

Penses-tu qu'il est possible de tirer des liens entre musique classique et techno ?
Oui, il y a beaucoup de liens. Quand tu regardes certains compositeurs classiques du XXe siècle, il y a une énorme filiation avec la musique électronique. La musique minimaliste et les boucles répétitives existaient déjà avant l'avènement de la techno. Steve Reich en est un super exemple. Beaucoup de compositeurs classiques ont une approche expérimentale aujourd'hui, ce qui est le cas pour une certaine frange de la techno qui continue d'innover. György Ligeti par exemple, à un son très obscure que j'adore. Sinon il y a un projet d'Alva Noto et de Ryuichi Sakamoto qui mélange les deux styles, et qui est assez impressionnant. Si la question vous intéresse, je vous conseille vraiment de le checker. Mon père aimerait bien qu'on travaille ensemble et que l'on mélange nos univers. Ça pourrait être super intéressant.

Est-ce que tu te souviens de la première fois que tu as écouté un son techno ou électro et l'effet que ça t'a fait ?
Je n'ai pas de souvenir marquant là-dessus, par contre je me souviens de la première fois que j'ai vu un dj. J'ai trouvé ça très bizarre, je me demandais ce que le gars pouvait bien faire avec tous ces boutons dans la cabine. Ça me fascinait. Il doit rester quelques traces de ça sur mon skyblog d'ado…

Qui sont devenus tes maîtres ?
Objekt & Drexciya font partie des artistes qui m'ont le plus influencé ; mais en bon footix, mon vrai maitre c'est Paul Pogba.

Tu sembles t'inspirer de sons UK mais tends souvent vers des sonorités sombres. Qu'est ce qui t'inspire dans ces répertoires ?
Je n'ai jamais été très doué pour composer de jolies mélodies, je pense que quand j'ai commencé à produire, je me suis dirigé naturellement vers ce genre de son un peu psychédélique parce que c'est la seule chose ou j'arrivais à quelque chose de satisfaisant. J'ai beaucoup d'influences que j'essaye de synthétiser. Je suis considéré comme un artiste Techno, mais ma musique s'influence aussi bien des codes de détroit et de l'électro, que de la musique anglaise, dubstep, bass music, dub…. Le plus important pour moi c'est d'essayer d'innover et d'avoir une patte identifiable et reconnaissable. Ma musique est faite pour le club, mais elle s'écoute aussi à la maison, c'est un peu sa particularité. Hodge se moque un peu de moi parfois, il dit que je fais de la musique d'intello…

Quel regard portes-tu sur la scène électro française en ce moment ?
Pouce en l'air. C'est excitant de faire partie d'une nouvelle génération hyper talentueuse, et qui a tout à faire, tout à écrire. Je vais pas faire de name dropping parce que j'oublierais certainement des noms, mais on a la chance d'avoir beaucoup d'artistes français intéressants aujourd'hui.

Est-ce qu'il y a un titre qui a changé à tout jamais ta perception de la musique?
Je vais rester dans les musiques électroniques parce que le sujet est beaucoup trop vaste, et je pourrais parler de plein d'albums marquants dans d'autres styles. Le morceau qui m'a peut-être le plus marqué c'est Jupiter Jazz d'Underground Resistance. La 909, les riffs de synthés Yamaha hyper stellaires, la 303 en fond… C'est le track qui m'a fait comprendre la techno.

Comment sens-tu ton set pour le Peacock Festival ?
Plutôt impatient, j'ai pas eu l'occasion de faire d'aussi grosse scène jusqu'à présent. C'est une bonne expérience.

Tu penses qu'on a particulièrement besoin de faire la fête en ce moment ?
Je ne suis pas un gros teufeur, mais je pense que c'est important. Ça ne change pas vraiment la face du monde mais la fête peut être un vrai exutoire, surtout en ce moment oui.

Quels sont tes projets pour la suite ?
J'ai un track qui sort sur Wisdom Teeth au mois de mars avec d'autres artistes comme Don't Dj. C'est un projet ambiant.Ensuite j'ai un disque de remix qui sort sur Will & Ink au mois d'avril ou j'ai fait un remix solo & deux remixs en collab avec Bambounou. Après ça j'ai un ep complet en solo qui sort sur BFDM. Toutes les sorties vont s'enchaîner très rapidement. 

@simocell

Credits


Texte : Jules-Alberto Legendre
Photo : Maxime Chermat

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