​« tout le monde est de nouveau amoureux de paris » – karl lagerfeld

Au pied d’une Tour Eiffel de 38 mètres reconstituée sous la nef du Grand Palais pour le défilé Chanel Haute Couture Automne-Hiver 2017/2018, Karl Lagarfeld a proclamé son amour pour la France. Courtisée par les marques étrangères, Paris réaffirme son...

par Sophie Abriat
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10 Juillet 2017, 12:15pm

Des gros titres superlatifs, des articles laudatifs : la presse étrangère ne tarit pas d'éloges à l'égard de la semaine de la haute couture qui s'est achevée mercredi dernier dans la capitale. « Haute or not : Paris is sizzling » titre le Financial Times en poursuivant : « La semaine de la haute couture n'est plus seulement une vitrine de robes pour super riches mais désormais l'événement le plus dynamique de la mode ». Pour Business of Fashion dans un article intitulé « In Paris, a Global Platform for a Fashion Industry in Extreme Flux » on peut lire : « boosté par l'arrivée de nouveaux talents et une confiance économique retrouvée, Paris apparaît comme la scène centrale d'une industrie de plus en plus fragmentée ». Dans son article « At Couture Fashion Week, An Antidote to the Instagram Age » Vanessa Friedman New York Times loue la subtilité et le raffinement des modèles de haute couture présentés à Paris - indiscernables sur les posts Instagram. 

À l'heure où les applaudissements en fin de shows se font de plus en plus rares (« ils sont réduits à un simple doigt tapant sur l'iPhone »), les 3 standings ovations reçues par Karl Lagerlefd pour son défilé Fendi et l'énorme ferveur qui a accompagné les applaudissements adressés à Azzedine Alaïa signalent pour la journaliste « que quelque chose d'extraordinaire » s'est passé cette semaine. Derrière ce concert de louanges, c'est Paris qui est célébré, Paris et son art de vivre qu'on nous envie. Mardi, aux pieds d'une mini Tour Eiffel reconstituée sous la nef du Grand Palais, Karl Lagerfeld a reçu des mains de la Maire de Paris la médaille Grand Vermeil : la plus haute distinction de la capitale française, récompensant les personnes ayant participé au rayonnement de Paris à travers le monde. Le directeur artistique de Chanel a prononcé un discours, une ode. « Je suis un étranger et je tiens à l'être, parce que les étrangers voient Paris et la France avec un autre œil », a indiqué celui qui, il y a encore un an, qualifiait la capitale française de « très morose » dans un entretien à CNN. « Avec les derniers changements, on a l'impression que le jour se lève sur la France » a-t-il ajouté en allusion à l'élection à la présidence de la République d'Emmanuel Macron qu'il avait dessiné en « jeune pharaon français » au lendemain de sa victoire. Très enthousiaste, Karl Lagerfeld a conclu sur ces mots : « Tout le monde est amoureux de Paris de nouveau, de la France, on a envie d'y être, que le français devienne la langue à la mode de nouveau, je trouve cela formidable. J'ai envie de dire, vive la France, et surtout vive Paris et les jeux Olympiques pour Anne en 2024 ! ». Après des mois tourmentés, Paris attire à nouveau les touristes étrangers. Selon les derniers chiffres de l'INSEE, le tourisme dans la capitale repart à la hausse. 

Chanel, Haute Couture, Automne-Hiver 2017 / 2018

Dans un moment d'incertitude, où Trump et le Brexit ont plongé une grande partie du monde occidental dans la panique et l'inquiétude, la France envoie des signaux d'ouverture rassurants au reste du monde. La semaine de la haute couture a été marquée par la présence de deux marques symboles de la Fashion Week New-Yorkaise : Proenza Schouler et Rodarte. Azzedine Alaïa qui n'avait pas été inscrit au calendrier officiel de la haute couture depuis 6 ans a signé son grand retour. Dans le cloître du lycée Jacques Decour situé dans le 9e arrondissement, Lazaro Hernandez et Jack McCollough, le duo créatif de Proenza, ont livré une collection mélange de plumes, broderies florales, feuilletés de mousseline de soie, célébrant l'artisanat français et une certaine vision de l'élégance. Pour préparer la collection, ils ont passé beaucoup de temps dans la capitale ; ils ont travaillé avec l'atelier Lesage mais aussi avec de nombreux petits ateliers parisiens dans lesquels ils ont fait développer leurs prototypes. Pour eux, défiler à Paris c'est l'occasion d'élargir leur audience et de bénéficier de l'aura de la capitale. Débauche de jeunes filles en fleurs chez Rodarte : les mannequins défilent coiffées de gypsophile. Les sœurs Mulleavy avaient choisi un autre lieu historique : les galeries entourant le jardin de l'ancienne abbaye de Port-Royal. Mousselines transparentes, volants de cuir, voiles brodés : c'est diablement poétique. Classées « membres invités » par la Fédération, les deux marques américaines ont obtenu l'autorisation de défiler pendant la semaine de la haute couture sans pour autant être éligibles au label « haute couture ». Un label aux critères très stricts : les créations doivent être réalisées à la main et dans les ateliers de la maison de couture, composée d'au minimum 20 personnes ; les maisons de haute couture doivent défiler deux fois par an et proposer au moins 25 modèles. Fin juin, la Fédération française de la couture, du prêt-à-porter, des couturiers et des créateurs de mode est devenue la Fédération de la haute couture et de la mode (FHCM). Un titre à la prophétie auto-réalisatrice. C'est Vetements, l'an dernier, qui a permis à la semaine de la haute couture de se rebooster. En juillet 2016, la marque avait défilé en tant que membre invité par la Fédération en présentant une série de collaborations avec 18 marques iconiques : Brioni, Comme des Garçons, Juicy Couture, Levi's, Manolo Blahnik etc. 

Proenza Schouler Printemps / Été 18

Il n'y a pas si longtemps la pertinence de la semaine de la haute couture était questionnée, jugée inadaptée à notre époque : des modèles hors de prix réservés à une clientèle mondiale microscopique (environ 1000 clients à travers le monde), des commandes spéciales nécessitant des jours d'attente à l'heure de l'instantanéité, du sur-mesure jugé anachronique… Mais la haute couture célèbre les savoir-faire, le travail de la main, une certaine sensorialité qui fait contrepoids au tout digital, à des univers dématérialisés dans lesquels les vêtements passent sous nos yeux comme des êtres sans vie. Assister à un défilé de haute couture c'est prendre sa dose de rêve et de mystère pour 6 mois. Comme le disait il y a peu Nathalie Dufour à i-D : « J'ai l'impression que Paris a toujours été l'endroit où l'on vient consacrer son talent et quand on est une marque proche du luxe comme Proenza et Rodarte on a besoin de Paris. Paris a énormément d'atouts et on nous les envie. Nos savoir-faire étant exceptionnels et sans équivalent à l'étranger c'est de plus en plus valorisant pour les marques étrangères de venir collaborer avec notre tissu de façonniers, d'artisans et de maisons d'art. On a longtemps dit que la haute couture était une activité qui n'était pas dans l'air du temps mais on pense aujourd'hui l'inverse car c'est notre exception ». La semaine de la mode masculine de juin a accueilli la marque Alexander McQueen et les transferts ne sont pas finis : la Fashion Week d'octobre recevra Thom Brown et signera le grand retour de Lacoste - après 13 ans d'absence. Paris, on t'aime. 

Credits


Texte : Sophie Abriat
Image principale : courtesy Chanel

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