Capture d'écran de l'épisode 3 de File-moi ton cuir - Passage du film Les Coeurs Verts, d'Edouard Luntz (1966). 

un documentaire retrace l'histoire sulfureuse du blouson en cuir

Antoine Mbemba

En dix épisodes de 4 minutes, la web-série d'Arte « File-moi ton cuir » retrace le mythe du blouson en cuir, des motards aux voyous, de la haute couture au cinéma.

Capture d'écran de l'épisode 3 de File-moi ton cuir - Passage du film Les Coeurs Verts, d'Edouard Luntz (1966). 

Le blouson de cuir a traversé l'histoire et la pop culture en passant par tous ses recoins et en gardant toujours un vernis de subversion. Qu'il soit la carapace des voyous ; qu'il soit clouté ou « patché » chez les motards ou les punks ; qu'il soit l'objet d'un hommage de la mode à la rue : le blouson de cuir est une pièce de force, parfois de peur et de violence, qui s'impose déjà par sa matière. Il est une seconde peau, un risque à prendre selon les époques. L'artefact d'une musique, d'une classe sociale ou d'une déclaration politique. Il est en tout cas un vêtement qui fait rêver, qui continue d'aménager nos tiroirs vintage et de ponctuer les défilés.

La nouvelle web-série d'Arte Creative, File-moi ton cuir, réalisée par Stéphane Carrel sur une idée de Marc Beaugé, s'attache à raconter cette histoire, à creuser dans la mythologie d'un vêtement pour y trouver toutes les transversales qui rejoignent des enjeux sociétaux, esthétiques, culturels. En dix épisodes de 4 à 6 minutes, la série exhume des archives savoureuses et fait parler des témoins et acteurs de chaque époque, chaque secteur. Yan Morvan y raconte son époque passée à photographier les Blousons noirs, ces voyous baptisés par France-Soir, qui « semaient la terreur » à Paris en mimant la dégaine des rockeurs américains. Il raconte leurs bastons, décrit le blouson noir comme une armure, un objet qui évite les coups et insuffle la peur.

Alexandre Samson, responsable de la création contemporaine au Palais Galleria, raconte l'hommage fracassant de la mode à ces jeunes-là. La première fois qu'un créateur s'inspire de la rue, c'est Yves Saint Laurent, avec son modèle Chicago en cuir de croco noir pour la collection automne/hiver 1960 de Dior. Un choix qui plaît moyennement aux classes supérieures, cibles de la marque à l'époque.

File-moi ton cuir donne à voir toutes les manifestations du blouson en cuir dans la société française et ailleurs, qui justifient son statut mythique. Elle s'interroge sur le genre du cuir, sur son rôle dans la révolution sexuelle, la réappropriation par les homos du look cuir des personnages de Tom of Finland, la récupération glam rock qu'en ont fait les femmes. Elle revient sur son utilisation cinématographique : comment à l'écran le blouson en cuir devient un personnage à part entière, l'apparat d'une virilité parfois cool, parfois romantique, parfois rude, de Easy Rider à Mad Max. Bref, File-moi ton cuir est immanquable si vous souhaitez comprendre tout ce qui fait le poids lourd du cuir de votre papa, de votre maman, de votre friperie du coin. C'est plus qu'une simple matière - dont l'artisanat précis est également expliqué dans un des épisodes - c'est d'abord une convection de symboles, une histoire de la pop culture qui se lit dans le tannage et les craquelures.