Les i-D News music de la semaine

Sortie du deuxième album de Laylow, Lolo Zouai en pleine galipette dans son dernier clip, la réouverture des clubs vue par NSDOS, une playlist spécialement concoctée par Silly Boy Blue. i-D fait le bilan de ce qu'il faut écouter en ce moment.

par Maxime Delcourt
|
06 Juillet 2021, 3:35pm

Le festival Positive Education dévoile la programmation de son édition 2021

À ceux qui continuent de s’imaginer le monde d’après, le festival Positive Education apporte la plus belle des réponses. Il suffit en effet de jeter un œil à la programmation pour se rendre compte que ce monde se veut plus que jamais ouvert, éclectique et inclusif. Au menu : des projets expérimentaux (Carbon Based Lifeforms, Azu Tiwaline), des odes à la bass music (Pessimist, Flore, Zoë MC Pherson), des collaborations excitantes (Ivan Smagghe & Vladimir Ivkovic, Brodinski & Low Jack), des adeptes du DIY (Octa Octa) et de nouvelles icones de l’audace stylistique (SHYGIRL). Ça se passe du 9 au 13 novembre, dans le quartier Manufacture de Saint-Etienne, ça s’appuie sur quelques évènements importants (la diffusion du film de Laurent Garnier, Off The Record), et ça s’annonce être la parfaite vitrine pour une scène techno mise à mal par les confinements successifs de ces derniers mois.

Capture d’écran 2021-07-07 à 13.07.27.png

Frenetik : l’avenir du rap francophone vient de Bruxelles

« C’était important de proposer une réédition de mon premier projet. Pour moi, Couleurs de jeu est la suite logique de Jeu de couleurs, que je vois d’ailleurs plus comme une mixtape que comme un véritable album. J’en suis très fier, on a réussi à atteindre les objectifs que l’on s’était fixés, mais je voulais aller plus loin. Cette réédition est l’occasion pour moi de collaborer avec d’autres artistes, de mélanger les couleurs de chacun, de prouver que je peux aussi entrer dans l’univers de certains rappeurs, comme Kobo et Josman, deux artistes que j’apprécie beaucoup. Si je devais schématiser, je dirais que Jeu de couleurs était ma carte d’identité, là où Couleurs de jeu constitue davantage un prolongement de mon histoire, la preuve que je passe déjà à autre chose. J’écris tout le temps, je vais en moyenne cinq jours par semaine au studio, donc ces nouveaux morceaux sont une façon pour moi de teaser la suite. Ce sont les prémices de ce qui arrive. »

3 raisons pour lesquelles il faut écouter L’étrange histoire de Mr. Anderson, le nouvel album de Laylow

  •  Parce que le casting de ce deuxième long-format est parfaitement représentatif de la pluralité du rap à l’heure actuelle : il y a les fidèles Wit. et Alpha Wann, les collaborations excitantes (Hamza), les producteurs les plus courtisés du moment (Ponko, Prinzly, Ikaz Boi, Sofiane Pamart) et la présence de quelques poids lourds, français (Nekfeu) et internationaux (slowthai)
  •  Parce que L’étrange histoire de Mr. Anderson offre au cerveau encombré du rappeur toulousain une aire de jeu suffisamment libre et étendue pour créer de l’inédit.
  •  Parce qu'après avoir dupliqué l'esthétique de Matrix sur Trinity, Laylow semble ici assumer sa passion pour Tim Burton.

Bloquer une rue de Los Angeles aux côtés de Vince Staples

Sur la forme, rien de foncièrement innovant à première vue : une doudoune semblable à un gilet pare-balles, des plans au drone et une bande de jeunes trentenaires trainant au coin de leur block, sous le soleil harassant de Los Angeles. Tous ces codes esthétiques relativement convenus n'empêchent pas le clip de « Law Of Averages » d'être particulièrement léchée, très classe, ni de dévoiler une autre facette de Vince Staples. Deux ans après son dernier single (« Hell Bound »), le rappeur Californien profite en effet d'une production de Kenny Beats (Denzel Curry, Freddie Gibbs, IDLES) pour poser un autre regard sur son parcours, sa vie et sa musique. Ça donne ce titre, laidback à souhait et annonciateur d’un album éponyme à paraître le 9 juillet.

La réouverture des clubs vue par NSDOS

« Les clubs vont rouvrir le 9 juillet, c’est une très bonne nouvelle, mais je dois avouer que je consomme la musique électronique de façon très bizarre. J’ai la chance, par exemple, d’être connecté à la cyberculture. Pendant le confinement, j’ai donc participé à des évènements dans des mondes virtuels : ce n’était pas aussi charnel que dans un vrai club, mais ça m’a carrément nourri d’un point de vue créatif. J’avais le sentiment de pouvoir continuer à être un animal social, avec encore moins de limite que dans un club, dans le sens où de tels évènements impliquent de faire fonctionner son imagination au sein d’un espace restreint. Mon album, Micro Club, est né de cette expérience, de cette envie d’aller vers de la musique de club que je ne faisais pas avant, quelque chose de plus abstrait et expérimental.

Mais pour en revenir à la réouverture des clubs, je ne suis pas sûr que l’on consommera la fête différemment. Je n’ai pas l’impression d’avoir entendu des gens vouloir créer une nouvelle “expérience club”. Les gens ont simplement envie de refaire la fête comme avant la pandémie, sans nécessité d’avoir un plus. Ce qui risque de changer, en revanche, et on peut d’ores et déjà en avoir un petit aperçu, c’est l’émergence de nouveaux types de soirées, de nouveaux acteurs à même de fédérer les fêtards. Après tout, le club, ce n’et pas forcément 300 personnes à l’intérieur d’un même lieu. Ainsi, on voit que des événements s’organisent à la campagne, que les acteurs des nuits électroniques tendent vers plus d’indépendance, qu’ils n’attendent plus les boites de nuit pour faire la fête. Et c’est tant mieux : non seulement parce que ça peut permettre la diffusion d’une musique moins accessible pour le commun des mortels, mais aussi parce que ça vient rappeler que les collectifs à l’origine des évènements ont finalement plus de notoriété que les DJ’s en eux-mêmes. Un peu comme La Créole, où je ne connais pas la plupart des DJ’s qui y mixent mais où je suis ravi d’aller parce que, justement, cette confiance accordée à un groupe de personnes rend l’expérience très inspirante. Un peu comme si on en avait fini avec les DJ’s stars pour revenir à la célébration des évènements en tant que tels. »

Faire des galipettes aux côtés Lolo Zouai

Sur son premier album (High Highs To Low Lows), la Franco-Algérienne, basée à San Francisco, puisait tellement dans le R&B des 90's que les médias osaient les parallèles avec Aaliyah - une comparaison renforcée par sa collaboration avec Tommy Hilfiger. Avec « Galipette », toujours produit par Stelios (Young Thug, Elton John), Lolo Zouai s'éloigne de cette esthétique gentiment vintage pour revenir avec un single au propos plus affirmé, à la production plus nerveuse En prime, elle peut compter sur Amber Grace Johnson (Jorja Smith, J Cole, Kali Uchis) pour mettre en images cette débauche d'énergie apte à faire gigoter les hanches.

À voir : le live d’Oklou pour Boiler Room

On aimerait tant que ce concert soit un événement, que tout le monde se rende compte à quel point Oklou est une artiste d’exception, capable de façonner un monde, une bulle, tout un univers en à peine quelques notes. La performance date de début juin, et l’on reste à ce point émerveillé qu'il semble impossible de revenir à la réalité, fasciné par la façon qu'a la Française de traduire visuellement sa dernière mixtape (galore). Au moment d'écrire ces lignes, ce concert ne compte que 28 000 vues sur YouTube : clairement, il y a des injustices qui ne s’expliquent pas.

Le coin lecture : From The Streets Of Shaolin : The Wu-Tang Saga

Depuis 2019, on savait le Wu-Tang en train de bosser sur un film d'horreur basé sur l'histoire du groupe. Ce que l'on ignorait, c'est qu'une biographie (encore non traduite en français) était également dans les tuyaux. 528 : c'est le nombre de pages qu'il a fallu à S.H Fernando Jr. pour raconter en détail l'histoire d'un des collectifs hip-hop les plus influents des années 1990. Les chiffres le prouvent (tous leurs albums ont fini disque d'or ou de platine), mais l'aura du crew de Staten Island va bien au-delà de quelques statistiques : c'est tout un imaginaire (les shaolins, les films de séries B, etc.), toute une ambiance (les beats glauques, parfois bancals, plutôt que le rap festif), toute une technique de rap (merci à Method Man et ODB pour ça !), toute une innovation dans la façon de créer et promouvoir la musique, que les New Yorkais ont ramené. Ainsi, From the Streets of Shaolin : The Wu-Tang Saga raconte en filigrane une période où le hip-hop a complètement muté, bouleversé par l'approche d'un collectif attiré autant par l’indépendance que par les rues sordides de Big Apple.

Capture d’écran 2021-07-07 à 13.21.00.png

Orchestration, minimalisme et psychologie : Devonté Hynes se dévoile comme jamais avec la BO d’In Treatment.

Devonté Hynes est un véritable touche-à-tout, perpétuellement là où on ne l'attend pas. Un jour, il collabore en tant que Blood Orange avec les cadors de la pop (Tame Impala) ou du hip-hop (A$AP Rocky) ; l’instant d’après, on le découvre impliqué dans des projets plus expérimentaux et visuels, à l’image de ses participations aux BO de Queen & Slim ou Mainstream. Cette fois, c'est aux manettes de la bande-son de la série HBO In Treatment (la version américaine d'En thérapie) que l'on retrouve ce mélodiste hors-pair, qui s’essaye ici à un style plus minimaliste, nettement moins pop mais clairement immersif. « Just An Evil Person », dit l’une des compositions : au sujet de Devonté Hynes, on aurait plutôt tendance à parler d’un musicien bienfaiteur.

Bottega Veneta x Skepta

La beauté de l'art se trouve souvent dans les contrastes, dans cette faculté qu'ont les artistes à marier minimalisme et extravagance, propos mélancoliques et énergie optimiste, noirceur et luminosité. C'est là, dans cet attrait pour les extrêmes, que se trouve toute l'intelligence de la collection automne-hiver 2021-2022 de la maison italienne Bottega Veneta. Intitulée « Wardrobe 02 », celle-ci présente une série de looks volontiers tranchés, et clairement connectés avec l’effervescence de la scène anglaise. Skepta, Little Simz, slowthai ou encore la saxophoniste Nubya Garcia : tous et toutes ont été choisi.e.s pour incarner avec élégance cette nouvelle collection, aussi sobre que foncièrement pop.

SHYGIRL nous raconte les coulisses de son dernier clip, « BDE »

« J'ai l'habitude de réaliser moi-même toutes mes vidéos. Celle de “BDE” ne déroge pas à la règle, même si j'ai pu compter sur ma partenaire créative sur ce coup : Mischa Notcutt. On avait plusieurs influences en tête, des œuvres très différentes, comme Buffalo 66, le suicide d'Evelyn McHale photographié par Robert Wiles, les films noirs de la fin des années 1960, etc. Tout s'est fait en deux jours, avec slowthai. Je tiens d'ailleurs à dire que la collaboration avec ce dernier s'est super bien passée. C'est la première fois que je fais appel à un invité sur un de mes morceaux et ça été un long processus, dans le sens où je ne parvenais pas à trouver quelqu'un qui correspondait naturellement à ce que je faisais, à ce que je voulais créer. Pourtant, quand slowthai est entré en studio, le déclic s'est produit. Et puis, très naturellement, ça a donné ce clip, qui colle parfaitement à l'ambiance et à la couleur, bleue, de mon nouvel EP, ALIAS. »

L’instant cover : Escapades de Gaspard Augé

En interview, la moitié de Justice n’a jamais caché être un fan des pochettes conçues par Hipgnosis, l’agence anglaise à l’origine, entre 1968 et 1982, des covers de Led Zeppelin, Pink Floyd, Black Sabbath et bien d’autres. Gaspard Augé, toujours très honnête quant à sa passion pour le surréalisme et l’esthétique rétro, n’a jamais masqué également son admiration pour les années 1970. Il était donc logique que la pochette de son premier album solo soit un immense clin d’œil à ses différents centres d’intérêt : il y a ce gigantesque diapason, semblable à une sorte de vaisseau extra-terrestre échoué sur Terre, ces montagnes qui suscitent le fantasme, cette typographie très référencée au rock progressif, et ces couleurs, dont les nuances rappellent celles présentes sur les albums de Pink Floyd ou T. Rex.

gaspard-auge-escapades-1cd-2021.jpeg

Playlist spéciale « chansons de ruptures » de Silly Boy Blue

Robyn - « Ever Again » : « Pour se remettre d’une rupture, et crier comme Robyn que l’on ne se fera plus jamais avoir. »

Lorde - « Writers In The Dark » : « “I’ll love you till you call the cops on me” : pas mieux que Lorde. »

Alex Beaupain - « Je ne peux vivre sans t’aimer » : « Dans cette chanson, il y a pour moi l’une des plus belles phrases du monde : “Je peux vivre sans toi oui mais, ce qui me tue mon amour c’est, que je ne peux vivre sans t’aimer”. »

Clara Luciani - « On ne meurt pas d’amour » : « C’est bien de s’en rappeler, aussi, et Clara Luciani le fait à merveille. »

Ariana Grande - « Thank U Next » : « Ça, c’est pour le moment où tu passes vraiment à autre chose (et où t’es même capable de remercier tes exs). »

Elton John - « I’m Still Standing » : « Un peu comme « I Will Survive » de Gloria Gaynor, le morceau qui t’aide à sortir de ton lit après y avoir passé 10 jours. »

Bay City Rollers - « Bye Bye Baby » : « Pour larguer quelqu’un/se faire larguer, mais sur une chanson super joyeuse. »`

Mansfield.TYA - « Auf Wiedersehen » : « Fan absolue de ce groupe, de cet album, et de la façon dont Rebekka Warrior dit « au revoir » à son ex en allemand. »

Freddie Mercury - « Love Me Like There’s No Tomorrow » : « Quand tu sais que c’est terminé, mais que tu demandes une dernière nuit avant la fin de tout. »

Blink 182 - « I Miss You » : « Pour toujours. »