Photography Harry Lambert

Rencontrez le jeune designer qui signe les looks d'Harry Styles dans le clip de « Golden »

Cette chemise à volants ? Ces pantalons à fleurs ? Steven Stokey-Daley est le designer génial qui signe les meilleurs looks du clip de « Golden ».

par Douglas Greenwood
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11 Novembre 2020, 11:30am

Photography Harry Lambert

Les garde-robes extravagantes de l’ancienne bonne société anglaise font fantasmer Steven Stokey-Daley. Et ce sont ces mêmes codes que le designer né à Liverpool, tout juste diplômé de l’Université de Westminster en mode, explore et recherche. Pensez à des chapeaux en crochet pour faire du bateau, des chemises en lin qui ressemblent à des nappes, et des pantalons larges en velours côtelés et motifs floraux. Ces vêtements semblent faits sur mesure pour une version encore plus queer de Maurice, l’histoire d’amour gay signée James Ivory. On dirait que Harry Styles adore aussi.

Steven vient de passer les sept derniers mois de vie en confinement à travailler sur sa marque éponyme, S.S.DALEY. Tout se passait bien pour lui, son e-shop était sold-out, et puis Harry Styles est apparu sur le visuel de son nouveau single « Golden », presque nu exception faite pour un chapeau de pluie et un pantalon Sebastian signé Steven. Et, évidemment, les choses sont devenues dingues.

A model wearing Steven Stokey Daley AW20

Cette semaine, le clip de la chanson est également sorti. On peut y voir, grâce à l’oeil aguerri du styliste Harry Lambert, Harry portant une chemise pour toute la durée du clip, coupe large, sexy, la chemise « Hall » Tennant de S.S.DALEY.

Ces pièces sont tirées de sa collection de fin d’études intitulées « The Inalienable Right », qui explore l’homosociabilité, les internats de garçons, et tout ce que ça peut sous-entendre. Alors qu’on pensait que l’esthétique British avait été tirée de tout son jus par les designers, voilà que Steven Stokey-Saley débarque : un garçon transformant ces références pour y rendre un joli hommage tout en réinventant ses racines.

Quelques secondes après que le monde entier ne connaisse son nom, i-D a discuté avec Steven au sujet de son passage à l’Université de Westminster, le lancement de sa marque éponyme, et ce que ça fait de travailler avec la pop star la plus sexy de la planète.

A model wearing Steven Stokey Daley AW20

Tu as été diplômé d’un Bachelor en mode à l’Université de Westminster cette année. Qu’as-tu exploré pendant ce temps, en terme de design mais aussi de thématiques ?

J’ai passé la majorité de mon temps à Westminster à expérimenter avec le design. Profiter au maximum de mon apprentissage de la mode, avoir les mains dans le cambouis, tout essayer, et ne pas se limiter trop vite. J’ai eu l’honneur d’apprendre aux côtés de la merveilleuse Stephanie Cooper (qui enseigne maintenant à Central Saint Martins), elle m’a tout appris des volumes et des silhouettes. Au fil des années, j’ai exploré le concept de classes au Royaume-Uni et comment cela se reflète dans la mode. Je viens de ce qu’on appelle un « ex-council estate » à Liverpool, et étant gay, je ne résonnais pas vraiment avec les codes vestimentaires qui m’entouraient, donc quand j’ai commencé à étudier à Harrow (sur le campus de Westminster) c’était comme si j’étais tombé dans une réalité parallèle, tout droit sortie d’un film de James Ivory, j’étais absolument enchanté. J’ai étudié le théâtre pendant des années, et je suis un membre du National Youth Theatre, et il y avait quelque chose de très théâtral dans tout ça, être témoin du traditionalisme des personnes qui avaient grandi entre Eton et les régates, c’était une aliénation quasiment brechtienne. Ce monde dont je suis tombé amoureux n’est pas fait pour moi, et je pense que c’est pour ça que j’en ai une approche radicale.

Tu as fait des stages chez Tom Ford et Alexander McQueen, dans des magazines de mode aussi. Pourtant, après tes études, tu as lancé ta marqué éponyme. Qu’as-tu appris en travaillant pour d’autres ?

J’ai tellement appris en travaillant pour ces grandes maisons, des expériences géniales qui m’ont aidé à développer un savoir-faire essentiel. Travailler à l’homme chez McQueen c’était vraiment merveilleux, une expérience que je chérirais pour toujours. J’ai appris tellement de choses qui m’ont permis de faire ce que je fais aujourd’hui. J’ai travaillé pour des magazines, et j’ai dit à tout le monde de faire la même chose, pour comprendre les dessous de l’industrie. Travailler pour des gens, respecter la hiérarchie, que ce soit dans des grandes maisons ou des petites entreprises, ça m’a donné des exemples (ou des contre exemples) de comment bien travailler avec les autres. Quand j’ai créé ma collection Automne Hiver 2020, j’avais le meilleur groupe de stagiaires et on a trouvé un équilibre tellement positif, et respectueux, qu’on a obtenu les meilleurs résultats. Heureusement, j’ai l’impression que la vision de la mode des années 1990, dite « killer fashion » est en train de s’estomper, mais il y a encore beaucoup de travail à faire !

Two models wearing Steven Stokey Daley AW20

Quels sont les obstacles que tu as rencontré quand tu as monté ta marque, et vers qui as-tu pu te tourner pour les dépasser ?

Monter ma marque, ça s’est passé assez naturellement et organiquement. Quand Louis Rubi a posté une photo avec mon pantalon floral de la collection AH20, j’ai eu tellement de demandes. On était au pic du confinement et tout semblait morose, mais j’ai décidé petit à petit de faire toutes les commandes avec l’aide de mon petit copain Leo qui était confiné avec moi. (Je crois qu’il ne veut plus jamais voir des ciseaux ou d’aiguilles à coudre). Et puis ça a fait son chemin à partir de là. Sarah Mower a été une source de soutien constante pendant le confinement aussi. C’est elle qui m’a permis de considérer cette marque comme une possibilité réelle, elle fait tellement pour soutenir les étudiants en coulisse.

Ton travail a une approche traditionnelle du vêtement. Espérais-tu trouver quelque chose de radical au sein de ce travail ?

Les références vestimentaires traditionnelles me semblent radicales car elles ne sont pas faites pour quelqu’un avec mon background. Je pense aussi qu’il y a des mini radicalismes au sein de mon approche du design, puisque j’applique des détails typiquement classe ouvrière dans mes pièces (un manteau Gannex par exemple), ou j’utilise des carreaux tattersall pour une pièce d’outerwear, une subversion au sein de la fonctionnalité des codes vestimentaires de l’élite.

À quel moment est-ce que Harry Lambert t’a contacté au sujet de Harry Style ? As-tu reçu un brief pour ce projet en particulier ?

Harry Lambert (un génie) soutient énormément les étudiants et les jeunes marques, et il a passé un appel aux étudiants sur Instagram pour un édito. Je ne l’avais jamais rencontré mais je lui ai quand même envoyé mon lookbook. Il m’a répondu en me disant qu’il ne cherchait pas ça pour ce shoot, mais qu’il pensait à moi pour autre chose « un projet avec Harry Styles ». Je ne pouvais pas y croire. Harry Lambert et Harry Styles ont été incroyables dans le soutien qu’ils ont apporté à mon travail.

Un demi-million de personnes ont vu ton travail quand le clip de « Golden » est devenu disponible sur YouTube. Deux jours plus tard, c’était vingt millions de vues. Peux-tu nous décrire tes sentiments ?

Voir le nombre de vues sur le clip, savoir que pendant la majorité du clip il porte la chemise « Hall » de S.S.DALEY c’est juste phénoménal. Absolument irréel.

A model wearing Steven Stokey Daley AW20

Vous pouvez acheter votre propre chemise « Hall » et découvrir S.S.DALEY ici.

Cet article a été initialement publié par i-D UK. 

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