En backstage avec Hervé : "Sur scène, j'aime être dans une énergie punk"

i-D s'invite désormais en loges. Premier épisode aux côtés du "coeur poids plume" de la pop française, à l'Olympia, le temps d'un concert qui récompense deux folles années et annonce le potentiel fédérateur d'un artiste conçu pour durer.

par Maxime Delcourt
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08 Novembre 2021, 4:43pm

Lundi 25 octobre 2021, un peu avant 20h. Alors que les presque 3000 personnes ayant acheté leur billet commencent à se faufiler dans les couloirs de l’Olympia, Hervé se réveille tranquillement. Comme avant chaque concert, le chanteur aime faire une sieste. C’est son rituel, sa façon de procéder. « Ça me donne l’impression d’entamer une nouvelle journée, avec tout ce que cela implique : une bonne douche et un café histoire de redynamiser le corps », confie-t-il, la voix assurée. C’est qu’il en faut de l’énergie pour assumer ses mouvements de corps, ses pas de danse et ses nombreux sprints. Sur scène, Hervé est une pile électrique, un chanteur posté sur ressort, un showman jamais rassasié, du genre à faire passer n’importe quel sportif de haut niveau pour un mou du genou. « Sur scène, j’aime être dans une énergie punk, confirme-t-il, convaincu. C’est précisément parce que je donne tout que je ne peux pas me permettre de faire des exercices lors des jours off. Étant donné que je joue quatre fois par semaine, je ne peux pas risquer la blessure : mon corps a besoin de récupérer. »

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​Courtesy of Maxime Bony

La veille de l’Olympia, Hervé a d’ailleurs passé « cinq heures sur le billard » après s’être cassé une dent. Plus de peur que de mal pour celui qui a rapidement mis la salle du Boulevard des Capucines à ses pieds. Dans la foule, ses fans poussent des cris aigus, tapent des pieds, lèvent les bras au ciel et applaudissent avec entrain. Surtout, tout le monde reprend en chœur chacun de ses refrains fédérateurs, parfois mélancoliques mais toujours portés par une instrumentation électronique, tout en groove et en rythmes bondissants. L’émotion est palpable, peut-être même un peu trop pour Hervé, qui en perd ses mots au moment d’interpréter « Fureur de vivre ».

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​Courtesy of Maxime Bony

Qu’importe : c’est bien la volonté de faire danser le spleen qui l’emporte, en une poignée de chansons parfaites pour nuire à la tension et à la nervosité. « Sans tomber dans un trip à la Jean-Claude Van Damme, je crois beaucoup au pouvoir des paroles sur notre inconscient. C’est pour ça que je termine mes concerts par l’« An zéro », le dernier morceau de ma réédition, dont le refrain fait : “ On vivra, on ira/Plus peur d'avoir peur/Plus peur de l'an zéro”. Ce n’est peut-être pas la mélodie qui restera en tête, ça peut même sonner un peu bateau, mais c’est important pour moi que les derniers mots du concert soient positifs et puissent être entonnés par le public. »

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​Courtesy of Maxime Bony

« L’an zéro », pour Hervé, restera à jamais 2020 : l’année de son premier album solo (Hyper), de ses premiers clips, de ses premières live sessions dans son appart’, de ses premières frayeurs de voir tout ce travail tomber à plat à cause d’un confinement mondial. C’est toutefois en homme victorieux que le Français a traversé ces derniers mois, enchainant plus de 80 dates, remportant une Victoire de la musique (catégorie « Révélation masculine »), accumulant les clips, les performances live et les morceaux, au point d’offrir une Prolongations à son premier album.

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​Courtesy of Maxime Bony

Sur cette réédition, on trouve notamment « Rodéo », qu’Hervé a décidé de décliner dans un clip, une fois encore fait maison : « J’ai demandé à mon public de m’envoyer des vidéos de mes lives. J’ai tout trié et monté moi-même : ce n’est pas du Tarantino, mais c’est un bon condensé de ce qu’on a vécu en tournée jusqu’à l’Olympia. Ça représente notre état d’esprit : entre potes, jamais dans la défonce, tout dans l’énergie et le travail. Et puis ça me permet de tisser encore plus d’intimité avec ceux qui m’écoutent ».

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​Courtesy of Maxime Bony

Si Hervé est parvenu à devenir ce personnage que tout le monde aime, cet improbable mélange entre un sportif de haut niveau et un songwriter sensible, entre la poésie d’Alain Bashung et l’attitude d’un lad de Manchester, c’est sans doute parce qu’il a eu l’intelligence de penser pleinement son projet, de s’entourer uniquement de proches et de privilégier systématiquement la simplicité à la démesure. « Ce projet a commencé dans ma chambre, j'ai pris le temps de trouver les bonnes personnes pour que ça se passe bien. Personne n'a été viré. Par conséquent : je me suis autorisé sans en avoir conscience à vivre deux années de dingue, aux côtés de mes potes. » Sur sa lancée, Hervé en profite même pour accompagner ses mots d’un exemple concret, comme pour certifier qu’il est bel et bien resté le même : « L’ingénieure du son pour le concert à l’Olympia, c’est Justine, qui était déjà là pour mon premier concert. Rien de change, on grandit ensemble. Tout ça pour dire que ce qui se passe actuellement est complétement sain : on est entre potes, on sait la chance que l’on a de vivre toutes ces expériences, alors on en profite au maximum. »

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​Courtesy of Maxime Bony

On pense alors à Ne montre jamais ça à personne, le documentaire sur OrelSan, et on se dit qu’il est aussi question d’amitié, de travail, d’errance et d’insouciance chez Hervé. Les potes, c’est un socle, la garanti d’un état d’esprit familial, précisément ce qui lui permet de ne pas dérailler avec le succès qui arrive. « Le fait d’être sur les épaules de mon meilleur pote, au milieu de la foule, lors du concert à l’Olympia, ça symbolise réellement ma façon d’aborder ce récent succès. Avec simplicité, et sans calcul ». D’ici mi-décembre, une quinzaine de concerts sont encore prévus. Le rythme est soutenu, intense, mais il ne fait pas peur à Hervé, qui se dit galvanisé sur scène comme un attaquant de foot au moment d’entrer dans la surface de réparation : « C’est le moment où le public te porte, où tu te sens invincible, où tu comprends que tes pensées et ta voix peuvent résonner chez les gens. » Franchement, avec une voix pareille, sincère et déterminée, le Français n’a aucune crainte à avoir : même s’il préfère ne pas parler de la suite pour le moment, nul doute qu’il sera attendu, et entendu.

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