Courtesy of Fabien Montique

Mais pourquoi Niska est-il si méchant ?

Malgré le succès, la reconnaissance et les compteurs streams qui s’affolent, Niska ne s’est pas assagi. « Le monde est méchant », sa dernière mixtape, en est la démonstration parfaite, entre bangers clubs et rimes hardcores.

par Maxime Delcourt
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12 Novembre 2021, 11:22am

Courtesy of Fabien Montique

Il y a quelques semaines, lors d’une discussion avec Tiakola, auteur de nombreuses collaborations de prestige ces derniers mois (Gazo, Dinos, Dadju, Franglish, Leto, etc.), le rappeur-chanteur cède à la confession. Parmi ses influences, il dit écouter du rap à l’ancienne. Lorsqu’on lui demande d’être un peu plus précis au sujet des artistes qui l’ont particulièrement inspiré, on pense naïvement entendre résonner les noms de Rohff, Oxmo Puccino, NTM ou d’autres rappeurs des années 1990-2000. « Non, moi, c’est davantage avec Niska que j’ai grandi ». Si l’expression « rap à l’ancienne » peut faire sourire concernant un artiste ayant émergé en 2015, cela en dit long sur la capacité du rap à avancer sans jamais se retourner, mais aussi sur l’importance de Niska, 27 ans à peine, au sein de la musique francophone.

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Veste technique à capuche, Louis Vuitton.

Lorsqu’on lui fait part de cette anecdote, le rappeur d’Evry ne bronche pas. Après tout, ce dernier ne fait pas vraiment partie de ces artistes qui font facilement étalage de leurs émotions. Ça s’entend dans ses morceaux, ça se ressent en interview, un exercice qu’il n’apprécie que moyennement et qu’il dit faire avant tout par « conscience professionnelle ». Ce qui ne l’empêche pas d’être affable, réfléchi et régulièrement surprenant dans ses réponses. 

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Veste technique à capuche, Louis Vuitton.
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Veste technique à capuche, Louis Vuitton.

Ainsi, quand il évoque le concept derrière Le monde est méchant, sa deuxième mixtape après Charo Life, sortie en 2015, c’est d’abord l’étonnement qui prévaut : « La violence est omniprésente, elle est même presque inévitable dans un monde qui ne cesse de s’appauvrir, à cause du Covid, des emplois qui disparaissent et de toutes ces folles histoires que l’on entend à droite et à gauche. C’est un peu comme si les différents confinements avaient fait ressortir l’animal en chacun de nous ». Puis Niska fait une confession, qui vient illico casser l’image du rappeur engagé que l’on était en train de se créer. « Il faut aussi avouer que les gens aiment quand je suis méchant. J’ai beau avoir fait des tubes comme « Réseaux » ou « Salé », c’est toujours « Chasse à l’homme » que l’on me demande lorsque je suis en showcase. »

Dans un monde où quiconque est en quelque sorte condamné à faire preuve de sympathie ou à être socialement concerné par autrui, Niska a donc opté pour le hardcore, pour cette violence verbale (répétition de propos iniques, arrogance gratuite, référence à l’acteur Joe Pesci, etc.) qu’il déploie dans des morceaux produits ces deux dernières années aux côtés d’une flopée d’artistes censés l’amener vers un nouveau chapitre : « Commando et Mr. Sal, mes deux derniers albums, ont été d’énormes succès commerciaux. Avec Le monde est méchant, je voulais donc m’autoriser ce kif, ne pas regretter dans vingt ans d’avoir simplement suivi une tendance »

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Veste survêtement, Balenciaga.
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Veste survêtement, Balenciaga.

Maes, Hamza, Ninho, Guy2Bezbar, Liim’s ou encore Tiakola sont justement là pour amener Niska vers d’autres sonorités, notamment la drill, et lui permettre ainsi de renouer avec la rage des débuts : « Quand je vois 1Pliké140 débarquer en studio avec quinze gars et une énergie de malade, ça me rappelle de bons souvenirs. Ça me reconnecte avec la vibe des débuts. Je sais que je ne la vivrai plus de la même façon, mais c’est important de rester connecté. Les toplines, les productions dansantes, c’est super pour passer un cap, mais là, j’avais simplement envie de me faire plaisir, de revenir à des choses basiques. À l’image de ce qui se passe dans le rap ces derniers mois, avec des artistes très portés sur le flow et la technique. »

Sur Le monde est méchant, il y a tout de même « Mapess », un banger ouvertement dansant, que l’on imagine tourner en boucle (dans les clubs, à la radio, etc.) jusqu’à l’été prochain. Machine à tubes, Niska ? Le rappeur refuse l’épithète, et avance trois raisons à même de la contredire. La première : il est aujourd’hui impossible de prédire ce qui pourrait passer à la radio et devenir un succès. La seconde : ce nouveau projet lui a permis d’aller vers des morceaux qu’il ne se pensait pas capable de réaliser jusqu'alors, tel « 44 », plus introspectif qu’à l’accoutumée. La troisième : Niska se fiche de coller à une tendance, il sait que sa carrière peut avoir une durée limitée, que ses gimmicks, aussi efficaces soient-ils, pourraient finir par sonner rétrogrades. « C’est la vie, clame-t-il d’une voix assurée, même pas inquiet de ce qui pourrait se passer. Quand un joueur de foot n’a plus de cardio, il arrête sa carrière. Pareil pour moi. Si un jour je sens que je suis largué et déconnecté du terrain, à quoi bon m’accrocher ? Grâce à la musique, j’ai vu suffisamment d’horizons différents pour comprendre que je peux m’éclater et faire de l’argent ailleurs. »

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Veste en cuir et pull en mohair, Berluti.
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Veste en cuir et pull en mohair, Berluti.

Une façon pour le rappeur de rappeler que son univers ne limite plus uniquement au rap : il y a sa marque (Charo), ses collaborations avec Nike et, en 2022, le télé-crochet Nouvelle école produit par Netflix. Une nouvelle vie d’entrepreneur qui ne doit pas faire oublier l’essentiel : « Le fond du truc, ça reste la street, le hardcore ». Avec le temps, Niska a pourtant dû s’éloigner de ce qu’il nomme la « Charo life ». S’il garde un pied à Evry, c’est au Maroc qu’il passe une partie de son temps. Un caprice de star ? Plutôt l’envie de se reconnecter à une vie simple : « En France, qu’on le veuille ou non, un artiste de mon statut ne peut plus vivre normalement. Tout est observé, jugé, décrypté. Tu es ultra sollicité, tu dois mettre une capuche au moment d’entrer dans un Uber… Au Maroc, je redécouvre le plaisir de passer des moments avec moi-même, d’aller au cinéma ou même d’aller faire des courses, ce qui est pourtant l’un des trucs les plus chiants à faire ». À croire que derrière l’artiste à succès se cache en réalité un homme en quête de normalité, d’émotions sincères, loin de ce vedettariat dont il semble être lassé : « Ça y est, j'crois qu'faut arrêter, j'ai trop de certif', j'arrive plus à fêter ».

Crédits

Photographe Fabien Montique

Styliste Dan Sablon

Directrice Editoriale Claire Thomson-Jonville

Cheveux et maquillage Sacha Massimbo

Digital Editor Tiffany Pehaut

Mouvements Pierre Podevyn

Assistant lumière Philip Skoczkowski

Assistante styliste Clara Viano

Production Kim Nigay

Tagged:
Rap
Niska