Un guide pour la semaine de l’art à Paris

Que faire à Paris pendant la FIAC ? Où donner de la tête dans l’effervescence des événements ultra éphémères ? On a réuni dans ce guide les expos où découvrir de nouveaux artistes et les foires à connaître pour vous aider à établir votre programme.

par Margaux Brugvin
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20 Octobre 2021, 1:35pm

LES FOIRES

Dans le sillage de la renaissance de la FIAC, une dizaine de foires parallèles ont vu le jour dans la décennie 2010. Il y a quelques années, il était impossible de tout voir, tout faire, tout apprécier. Dans le monde d’après COVID, le rythme s’est apaisé et le programme est plus lisible. On décrypte l’esprit des quatre salons qui pourraient vous tenter cette semaine.

FIAC

Dirigée d’une main de maître par Jennifer Flay depuis 2003, la FIAC est l’événement qui a redonné à Paris une place dans le circuit international de l’art. Parmi les 170 galeries, on retrouve les mastodontes américains de l’art que sont Gagosian, David Zwirner ou Pace ainsi que les européens les plus établis comme les français Perrotin, Kamel Mennour et Templon, les italiens de Continua ou l’anglaise Victoria Miro. Ces galeries offrent à voir une sélection extraordinaire d’œuvres des artistes majeurs de la scène contemporaine chaque année. On a reproché à la FIAC de privilégier ces grands noms dont les prix sont souvent inaccessibles aux collectionneurs européens, de reléguer sa sélection de galeries plus jeunes dans les étages du Grand Palais et de ne pas assez promouvoir la scène française. Cette année, la donne a légèrement changé, puisque les collectionneurs et les galeries extra-européennes peuvent plus difficilement s’offrir cette semaine de l’art parisienne. On regrette l’absence de certaines galeries, comme la mexicaine Labor qui nous avait habitués à de belles découvertes chaque année. En revanche, les galeries européennes - et surtout françaises - sont plus nombreuses, citons notamment les Bellevilloises Exo Exo et Sultana. Autre changement majeur : le Grand Palais est en travaux. Le palais éphémère où se déroule la FIAC est bien moins prestigieux, mais les galeries sont désormais sur un pied d’égalité et les collectionneurs, qui doivent revoir leur parcours habituel, ne sont pas à l’abri d’une belle découverte.

Du 21 au 24 octobre au Grand Palais Éphémère.

Paris Internationale

Fondée en 2015 par un collectif de galeries parisiennes lassées de voir leur dossier de candidature refusé à la FIAC, Paris Internationale se veut la petite sœur déjantée de la grande foire trop chic. Une benjamine très hype, gentiment rebelle et particulièrement éveillée (oui, woke) aux problématiques contemporaines. Elle passe d’un squat de luxe à l’autre chaque année et invitait jusqu’à présent des espaces autogérés par des artistes à exposer aux côtés des galeries commerciales. Cette année, petit chamboulement post-COVID : il n’y a plus d’artist run spaces à Paris Internationale et deux des cinq galeries fondatrices - Sultana et High Art - participent désormais à la FIAC. Restent 36 galeries du monde entier à découvrir sur un parcours de 4 étages, pour un aperçu des scènes artistiques de Dakar, Téhéran ou Lima, ainsi qu’un programme de talks qui s’annoncent passionnants !

Du 20 au 24 octobre au 186, avenue Victor Hugo, 16e.

Asia Now

C’est la surprise de cette année. Asia Now, fondée en 2014, a attiré pour ses sept ans une sélection impressionnante de galeries dont Perrotin, Nathalie Obadia, Danysz et Primo Marella. Aux côtés d’une vingtaine de galeries européennes représentant des artistes asiatiques, huit galeries iraniennes ont répondu présentes. L’occasion de découvrir cette scène artistique peu représentée en France. Asia Now se démarque également avec une programmation de conversations resserrée mais alléchante organisée par l’association Thanks for Nothing vendredi 22 et retransmise en live sur les réseaux sociaux : la nature à l’épreuve du capitalisme, avec notamment Kathy Alliou des Beaux-Arts de Paris et le théoricien Nicolas Bourriaud ; un focus sur la scène afghane auquel participe la très puissante artiste Kubra Khademi et, enfin, une introduction au travail de cinq artistes femmes iraniennes mené par Odile Burluraux, conservatrice au Musée d’Art Moderne de Paris.

Du 21 au 24 octobre au 9 avenue Hoche, 8e.

Private Choice

Événement hybride, ni tout à fait foire puisque curaté par une seule et unique personne, ni tout à fait galerie d’art puisque éphémère, Private Choice fête ses dix ans cette année. Sa créatrice, Nadia Candet, nous invite à pénétrer dans un immense et sublime appartement parisien - la visite vaut le coup, ne serait-ce que pour admirer le lieu. Dans chaque pièce, un accrochage guidé par la sensibilité de l’organisatrice : pièces de design et œuvres d’art se répondent, mêlant grands noms, comme Jean-Michel Othoniel, et découvertes, comme la peintre marseillaise Karine Rougier. Un joli événement, plus intimiste que les véritable foires, dont l’élégance et le suivi d’une année à l’autre d’artistes, de designers et de jeunes galeries a permis de développer un cercle fidèle d’admirateurs.

Jusqu’au 24 octobre entre les champs Élysées et le Grand Palais.

OÙ DÉCOUVRIR DE JEUNES ARTISTES À PARIS PENDANT LA FIAC ?

L'entièreté du monde de l’art parisien adapte son calendrier à celui de la FIAC, et des dizaines d’expositions s’ouvrent cette semaine. Fidèles au credo d’I-D, qui soutient la création émergente, on a sélectionné les événements où découvrir la scène artistique de demain.

Faire Corps - Galerie Paris-Beijing

La galerie Paris-Beijing confie le commissariat de son exposition de l’automne à Camille Bardin, lauréate du prix AICA de la critique d’art 2021, co-présidente de Jeunes Critiques d’Art et créatrice du podcast de conversation avec des artistes Présent•e. La jeune femme soutient une jeune scène artistique qui questionne les normes sociales et tente d’inventer de nouvelles façons d’exister. Dix artistes sont présentés dans cette expositions, toutes et tous offrant à voir un « déploiement des corps minorisés ». Parmi eux, un photographe représenté par Paris-Beijing, Ren Hang, qui s’est suicidé en 2017 et dont les œuvres explorant la sexualité des jeunes chinois sont désormais cultes. Autour de lui, Camille Bardin nous propose de découvrir les artistes qu’elle défend passionnément. Parmi eux, on est impatient de voir Kubra Khademi, artiste afghane exilée en France, qui libère le corps de la femme des injonctions et des interdictions qui l’oppressent ou encore Elea Jeanne Schmitter, qui illustre la façon dont les équipements et technologies sont souvent inadaptés à une large partie de leurs utilisateurs et utilisatrices, puisqu’ils sont développées pour servir un « homme standard » dont le corps entrerait parfaitement dans la norme.

Du 21 octobre au 18 décembre au 62 rue de Turbigo, 3e.

Salon de Montrouge

C’est normalement le rendez-vous du printemps : le Salon où découvrir de jeunes artistes prometteurs. Cependant, du fait de la crise sanitaire, l’édition de mai 2020 a été reportée à… Octobre 2021. Le Salon de Montrouge a pris le parti de parier sur la présence de tout le monde de l’art français à Paris pendant la semaine de la FIAC, malgré la multiplication des événements pendant ces quelques jours. On attend donc avec impatience de pouvoir arpenter les stands qui accueillent de minis solo shows de jeunes artistes et de dénicher des pépites parmi les 50 artistes sélectionnés.

Du 22 au 31 octobre au Beffroi de Montrouge, 2 place Émile Cresp.

Fireplaces - Révélations Emerige 2021 - Beaupassage

Depuis 2014, chaque année, le promoteur immobilier Emerige s’associe à une galerie pour sélectionner 12 artistes prometteurs de la scène française. Le but est de leur offrir un tremplin à travers une exposition collective curatée par Gaël Charbeau, curateur respecté et hyperactif, puis de verser à l’un d’entre eux une bourse de 15000€ et de lui offrir un atelier pendant un an afin d’organiser sa première exposition personnelle. Cette édition est particulièrement jouissive. On y découvre les peintures-collages d’Annabelle Agbo-Godeau, les photographies aussi répugnantes que fascinantes de Lucile Boiron et les délicieuses créatures queers de Madison Bycroft.

Jusqu’au 14 novembre au 16 bd Raspail, 14e.

2 jeunes peintres dans le quartier latin

Nathanaëlle Herbelin et Jean Claracq sont sortis des Beaux-Arts de Paris en 2016 et 2017 et tous deux sont des figures centrales du renouveau de la peinture figurative sur la scène parisienne. Passionnés par l’histoire de la peinture et les techniques des siècles passés, ils peignent le quotidien dans des styles déjà très affirmés. Les toiles de Nathanaëlle Herbelin sont empreintes de la mélancolie des lieux où elle ne vit plus, tandis que les huiles sur bois miniatures de Jean Claracq explorent l’isolement dans une société hyper connectée. L’une expose dans les intérieurs surannés d’un hôtel rue de l’Université, l’autre, à 10 minutes à pied, investit l’atelier d’Eugène Delacroix.

Invitation à Jean Claracq, jusqu’au 1e novembre au musée Delacroix et Nathanaëlle Herbelin : In Situ du 20 au 24 octobre à Hotel de Guise.

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