À Paris, Akim Ben Mzakar reprend le sport à la source

À 32 ans, le Parisien n’est pas simplement à la tête d’une salle de sport plébiscitée par les vedettes du cinéma et de la musique. Aux côtés de Sacha Abitbol, son associé, il est aussi ce coach déterminé à « reformuler la vision que l’on a du sport ».

par Maxime Delcourt
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02 Avril 2022, 1:29pm

Akim se souvient encore de ce jour où, en voiture avec une amie, il discute de son projet d’ouvrir une salle de sport spécialisée dans le coaching personnalisé et privé. Pour celui qui a fait du sport toute sa vie, assurant ses arrières en allant au bout d’un Master en commerce et affaires internationales, c’est censé être l’étape ultime, un moyen de développer son activité tout en prônant un retour aux véritables valeurs du sport : la performance, le bien-être, l’entraide, la compréhension de soi, de l’autre. 

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Courtesy of Alex Brunet

Au même moment, la radio Générations diffuse « La Source » de 1995, collectif dont fait partie Nekfeu, un de ses proches amis, qu’il vient d’accompagner en tournée afin de coacher les membres de son équipe. Le nom de sa salle est trouvé : La source. « Tout faisait sens : la pureté du mot, la volonté de retourner à la base du sport et le clin d’œil à un de mes potes, rembobine-t-il. Ensuite, tout est allé très vite : mon associé, Sacha Abitbol, qui travaillait dans l’immobilier, m’a aidé à trouver le local, à monter ce projet et, en janvier 2019, on a fini par ouvrir cette une salle dans un endroit chaleureux, intimiste, à l’abri des regards. »

Située dans un ancien théâtre abandonné du 11e arrondissement, proche des métros Saint Ambroise et Richard Lenoir, La Source n’est pas de ces salles qui ont pignon sur rue. Ici, on s'entraîne dans une ambiance décontractée, presque familiale, au sein d’un décor semblable à celui d’un bar branché, fait de briques rouges, de poutres industrielles et de sol en bois. « L’idée, poursuit Akim, c’était de casser les codes du sport, à commencer par ces sols caoutchouteux utilisés dans toutes les salles free access et les différentes appréhensions que l’on retrouve chez pas mal de gens. Ici, il n’y a pas assez de monde pour être gêné par le regard de l’autre. Surtout, on a des coachs extrêmement compétents, qui sont là pour dire quoi faire et comment le faire afin d’optimiser les séances. » Dans cette dynamique, un entretien d’une heure est ainsi réalisé avec chaque nouveau client dans l’idée de connaître au mieux ses besoins ou d’identifier le travail à mener, aussi bien sur le plan sportif que nutritif.

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Courtesy of Alex Brunet

Si Akim parle aussi clairement de sa passion, et de son business en expansion (près de 700 clients, des demandes sur liste d’attente, etc.), c’est aussi parce qu’il s’est toujours investi plus que de raison dans la pratique du sport. Son corps, pourtant, n’a cessé de lui envoyer des signaux contradictoires. Petit, Akim souffre de problèmes respiratoires. Plus tard, les médecins lui détectent même une jambe plus courte que l’autre, ce qui crée inévitablement un décalage au niveau du bassin. Pas grave : le jeune garçon s’isole dans sa chambre, bouche les aérations avec des serviettes, enfile pulls et bonnets à défaut d’avoir des vêtements de sudation, et enchaîne les pompes et les abdos après les cours. En CM1, il s’inscrit même dans un club de taekwondo, son sport fétiche, celui qui lui permet de voyager dans toute la France, de remporter des compétitions (« d’en perdre aussi ») et d’être repéré par la mairie d’Aix-les-Bains, à la frontière suisse, afin d'entraîner le club local.

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Alors ingénieur commercial, Akim a une révélation : « J’ai compris que je prenais plaisir à entraîner les autres. Au même moment, Nekfeu, avec qui j’ai grandi, a commencé à exploser sur le plan musical. Il m’a convaincu de le suivre en tournée, m’a fait comprendre que je pouvais vivre de ma passion et qu’il fallait que je me lance à fond dans ce projet. De là, tout a découlé. » Rapidement, Akim se constitue une clientèle de luxe (Adèle Exarchopoulos, Leïla Bekhti, Camille Lellouche, Sneazzy ou encore Eddy de Pretto), donne des lives devant 35 000 personnes lors du premier confinement, fait des vidéos avec McFly & Carlito, cumule les abonnés sur Insta (près de 80 000 à ce jour) et est choisi par Paris 2024 pour échauffer correctement les milliers de coureurs venus défier sur cinq kilomètres le double champion olympique : Eliud Kipchoge.

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Courtesy of Alex Brunet

« L’objectif était de partir quelques minutes plus tôt que lui. Ceux qui finissaient la course avant lui étaient d’office qualifiés pour le marathon des JO de Paris en 2024. J’ai terminé à peine 45 secondes avant cette légende, j’ai obtenu mon ticket d’entrée et, depuis, je pense m'entraîner spécifiquement pour ça. La course n’est pas mon sport de prédilection, mais j’ai envie d’y apprendre plein de choses. Sur ma foulée, sur la stratégie à établir et, pourquoi pas, faire un temps malgré mon physique peu adapté à la course : 1,73m pour 78kgs ».

On le comprend : Akim est de ces athlètes qui ont perpétuellement besoin de nouveaux challenges. « J’aimerais m’inscrire dans un club de boxe thaï ou de MMA, ne serait-ce que pour repartir en compétition et être de nouveau dans une dynamique de club ». Une tâche loin d’être aisée quand on connaît l’ampleur de son emploi du temps (coaching de 8h à 12h, entrainement de 13h à 14h30, coaching de 15h à 18h, live entre 18h30 et 19h30, puis bootcamp de 20h à 21h45), mais rien ne semble vraiment faire peur à cette boule d’énergie. Pas même d’ouvrir une deuxième salle dans le 9e arrondissement (plus accessible, davantage portée sur les entraînements collectifs) ou de songer à investir le metaverse. Seule crainte : le poids du temps, qu’Akim redoute, effrayé à l’idée d’être moins performant, de subir davantage les diktats du corps. « L’avantage, c’est que j’ai cette notion de souffrance, conclut-il, toujours aussi clairvoyant.  D’un côté, j’ai envie de me prouver que je peux faire les choses ; de l’autre, je sais que j’ai besoin de m'entraîner pour me recentrer sur moi-même. Et puis comment dire aux élèves qu’ils sont capables de se dépasser si je ne le fais pas ? »

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Courtesy of Alex Brunet
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