Courtesy of Aijani Payne

Paris Fashion Week Sessions : IDK

Jeune prodige du hip-hop américain, IDK a traversé les épreuves avant de s’imposer comme un des grands espoirs du rap. Il en a tiré philosophie et résilience histoire de se hisser toujours plus haut et de rendre le monde meilleur.

par Patrick Thévenin
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14 Avril 2022, 2:02pm

Courtesy of Aijani Payne

Alors qu’il fêtera ses trente ans en mai prochain, le producteur et rappeur IDK (anciennement Jay IDK) a déjà devant le succès et la reconnaissance comme horizon. Il faut dire qu’IDK revient de loin, né dans une ville moyenne de Georgie, issue d’une classe relativement bourgeoise, Jay est un garçon têtu, qui n’en fait qu’à sa tête, préfère les virées entre potes, draguer les filles et sortir en boîte plutôt que d’étudier, quand il ne fait pas de grosses bêtises. Comme ce jour où, mineur de 17 ans, il attaque à main armée une pizzéria. De ces trois ans de prison, où il s’amuse à rapper, avec en tête les tubes de ses idoles d’enfance que sont Michael Jackson, Gorillaz ou Erykah Badu ou ses maîtres à penser qui se nomment Kendrick Lamar ou Kanye West, IDK va se forger une philosophie et un futur en or, et celui qui se voyait professeur d’informatique (enseigner est sa passion) va finalement, petit à petit, étapes par étapes, faire ses preuves dans le rap game à coups de clips autoproduits (comme « Shooty Mouth ») ou de mixtapes (« Sex, Drugs and Homework ») qui lui valent, sinon la célébrité, d’être surveillé du coin de l’œil. Travailleur acharné, réputé pour son flow sans pareil romantique comme acéré, et ses paroles engagées qui tabassent, capable de passer du trap au rap old-school tout en empruntant au jazz, sachant s’entourer des meilleurs producteurs comme rappeurs, IDK est en une poignée d’années, fort de deux albums coup de poing, dont le très récent « USEEFORYOURSELF », devenu une figure incontournable du rap du futur. De passage pour la Fashion Week parisienne, on en a profité pour le faire chanter.

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Blazer, WE11DONE. Jeans brodé, STUSSY. Shoes, DIOR MEN. Foulard et lunettes, VERSACE.

Qui est IDK ?

IDK : Je dirais que je suis un rappeur ou un producteur, mais avant tout je suis, enfin je crois, un “problem solver“ (un résolveur de problèmes, ndr).

Qu’est-ce qu’un “problem solver“ ?

Quand j’utilise cette expression, ça veut dire pour moi que je peux voir quand un obstacle se présente et le contourner. Qu’il s’agisse de produire une chanson, d’enseigner une technique de production, finalement quelle que soit la situation, je distingue le problème et je trouve un moyen de le résoudre rapidement. Je me considère comme un résolveur de problèmes, mais ma réelle passion c’est enseigner et transmettre.

Comment êtes-vous arrivés là où vous êtes aujourd’hui ?

J’étais dans une situation où, de toute manière, je n’avais pas le choix, où je devais trouver un moyen pour que la musique marche pour moi, car c’était la seule chose qui me passionnait vraiment, et pour laquelle j’étais suffisamment talentueux, pour envisager un avenir. J’ai échoué à l’école, j’ai été en prison, j’ai des délits sur les bras, à cause desquels il a été difficile pour moi de trouver un travail. C’est un peu tout ce qui m’a amené là où j’en suis aujourd’hui, le dos au mur avec la musique comme seule échappatoire.

Qui sont les personnes qui vous ont inspiré et donné la force d’être qui vous êtes ?

Je pense que ce sont surtout les fans et tous les gens qui témoignent de leur soutien. J’ai un regard très acéré sur chaque évènement de ma vie et de ma carrière, et beaucoup de gens devraient faire de même. C’est comme si on vous demandait de marcher d’ici jusqu’au Japon, ça semble impossible, non ? Parce que vous commencez à vous demander : « Mais par quel miracle vais-je marcher aussi longtemps pour y arriver ? » Ça paraît irréaliste, mais si quelqu’un laissait des miettes de pain tout le long du chemin, et que vous vous enleviez de la tête le Japon et ce défi soi-disant impossible, si vous vous concentriez sur la miette suivante, et ainsi de suite, vous atteindrez le Japon sans même vous en rendre compte. C’est ma manière d’envisager la vie, donc à chaque fois qu’un fan, ou quelqu’un d’autre, m’offre un encouragement, je le reçois comme une sorte de fil d’Ariane, et avant de m’en rendre compte, j'ai atteint mon objectif.

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Blazer, WE11DONE. Jeans brodé, STUSSY. Shoes, DIOR MEN. Foulard et lunettes, VERSACE.

Une qualité qui vous a guidé dans votre vie ?

Probablement ma capacité à être honnête, pas seulement avec les autres, mais surtout avec moi. Je pense avoir une conscience accrue de ce que je peux faire et de ce que je ne sais pas, je suis très lucide des choses sur lesquelles je peux travailler et celles que je devrais améliorer. Cette conscience accrue de ma propre manière de fonctionner est, je pense, la chose qui me permet vraiment de continuer et persévérer dans la voie que j’ai choisie.

Où trouvez-vous votre créativité ?

Assez jeune en fait. Je me souviens que, petit, ma mère m’avait acheté des Lego. Mais il n’y avait aucune notice explicative pour indiquer comment s’en servir, que faire avec, et pourtant, très vite, j’ai construit des voitures avec. J’avais cinq ans, et je me rappelle ma mère rentrant du travail, regardant ce que j’avais réalisé si jeune et s’exclamant : « Wow, mais c’est un petit génie ! » Je ne comprenais pas ce que je venais de faire, dans quoi je m’engageais, mais ça m’a servi, très jeune, de leçon.

Vous pensez apporter quoi au monde ?

Je crois que c’est la vérité telle que les gens aimeraient l’entendre. L’idée derrière mon dernier disque était très simple, fondamentalement je voulais que les gens dansent dessus comme des fous, qu’ils le consomment et en tirent du plaisir. S’amuser quand les choses autour de soi sont si graves c’est vraiment le sésame pour entrer dans le cœur et l’esprit des gens. Je vais vous donner un exemple, aux débuts des 50’s ou des 60’s, je ne sais plus, Chuck Berry a annoncé à son management qu’il allait partir en tournée, et à cette époque le racisme était très important dans le sud des États-Unis, il l’est toujours si vous voulez mon avis, mais dans ces années-là la situation était vraiment inhumaine, au point où on séparait les noirs et les blancs dans les salles de concert. Mais la musique de Berry était si puissante que les gens ont commencé à couper le fil qui les séparait pour danser et écouter cette musique ensemble. Vous voyez ce que je veux dire ?

Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné ?

C’était quand j’étais en prison que j’ai compris l’importance qu’il y avait à tout faire de sorte à réaliser ses rêves. J’ai dressé une liste de tout ce que j’aimerais accomplir quand j’en serais sorti en me promettant de les réaliser une à une. Je n’avais pas conscience que j’étais en train d’élaborer ma philosophie de vie, celle qui m’a guidé quand je me suis retrouvé enfin libre et que je continue toujours d’appliquer. Comprendre ce dont j’étais capable, ce que je pouvais imaginer, et réfléchir aux meilleures manières de les accomplir, est certainement la plus grande leçon que j’ai tiré de la vie.

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Blazer, WE11DONE. Foulard et lunettes, VERSACE.

Le monde est à feu et à sang, en tant que “problem solver“, quelles solutions proposez-vous ?

J’ai parfois l’impression qu’on est à un point de non-retour. Ça me rappelle quand ma mère est décédée, je me souviens avoir demandé aux médecins : « Mais dans combien de temps va-t-elle mourir ? » Et ils m’ont répondu : « La question est plutôt de savoir combien de temps on va pouvoir abréger ses souffrances parce que sa mort est inévitable. » Je pense que nous sommes à un tournant de l’humanité où il s’agit de savoir de quelle manière nous pouvons rendre ce monde le plus supportable possible avant qu’il n’explose. Ça peut-être dans 100000 ans, et quand on regarde l’histoire de l’humanité on se rend compte qu’on est là depuis des millions d’années, qu’on a traversé de rudes épreuves, et que nous sommes toujours vivants, même si je crois que nous approchons de la fin. Pour moi, rendre la terre la plus confortable possible passe par l’amour. Nous devons tous prouver notre amour et le manifester. C’est l’unique chose qui devrait nous inquiéter, ce n’est pas compliqué de se débarrasser de toutes ces choses superflues qui nous ont détournés de l’amour. Alors que c’est une des choses les plus simples au monde : prouver à quelqu’un que vous l’aimez, et recevoir son amour en retour, et c’est comme ça que nous en ressortirons meilleurs. Oui le monde est en crise, mais seul l’amour peut réparer ça !

Crédits

Photographer Aijani Payne

Stylist Dan Sablon

Creative Direction Claire Thomson-Jonville

Videographer Martin Josserand

Groomer Sacha Giraudeau

Video Assistants Tanguy Tworzydlo & Eryl Bounekhla

Video Editor Matthieu Desreumaux

Stylist Assistant Clara Viano

Production Lotti Projects

Remerciements à la Galerie Bourbon.

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