Illustration par Manon Gillier

7 rôles cultes siglés Vincent Cassel

Outsider ? Une fierté revendiquée par ce trublion du cinéma français qui refuse d’être étiqueté. Se réinventer au prisme d’un répertoire éclectique, flashback sur le mythe Cassel.

par Camille Laurens
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21 Septembre 2020, 11:43am

Illustration par Manon Gillier

Une voix. Une gueule. Un charisme. Vincent Cassel, incarne l’acteur par excellence. Celui sur lequel tu paries dès ses débuts tant le naturel de son jeu semble coller à ce qu’il est, le jeu, il l’a dans la peau. La, c’est l’éternel paradoxe entre le fantasme et la réalité, le sempiternel : qui est vraiment celui de l’autre côté de l’écran, et lui-même le sait-il ? Une filmographie à la hauteur de sa rébellion, Cassel ne lésine pas sur les prises de risque, la caméra comme acolyte. A la fois révolté, enragé, fou, manipulateur, danseur, ou tout simplement LE français, Vincent Cassel habite les rôles avec une force et une dextérité qui fait de lui un caméléon. Une classe à la française, connu aussi pour son (ex) couple ultra glam avec la magnétique Bellucci, Cassel fascine. Référence ultime, les réalisateurs, du cinéma d’auteur au blockbuster, se l’arrachent car capter un brin de liberté à l’image, c’est choper un peu de Cassel. Indompté, indomptable, Cassel a sa carte gold dans le club sélect de monstre sacré du cinéma. Retour sur 7 rôles qui ont fait la carrière de notre french king.

1- LE DÉCOLLAGE - LA HAINE de Matthieu Kassovitz

C'est à moi qu’tu parles ?_”, une question courte, directive et qui va pourtant changer la vie du jeune acteur. Nous sommes en 1995, Cassel fait ses premiers pas devant une caméra, il joue Vinz, jeune de cité qui se révolte peu à peu face aux pressions policières. Il ne le sait pas encore, mais ce rôle va faire partie de son ADN. Une présence saisissante, un jeu si naturel que Cassel devient presque, au même titre que les acteurs et le réalisateur Mathieu Kassovitz, l’emblème d’une génération muselée. Des scènes cultes comme celle ou il se défie, torse nu devant le miroir, clin d’oeil au héros désabusé de Scorsese et son iconique _Taxi Driver. Mimer De Niro pour une première, il fallait le faire et pourtant il excelle, “_une révélation_”, assure-t-il. Résultat ? 11 nominations aux oscars dont le César du meilleur film. Cassel fait une entrée fracassante dans le monde du septième art, à la fois sauvage et rebelle, sa gueule ciselée au rasoir comme empreinte.

2- SCANDALE A CANNES - IRREVERSIBLE de Gaspard Noé

Jouer pour Noé, c’est accepter de plonger dans un bain d’acide, où le réalisateur semble construire le synopsis sur la peau à vif des acteurs. Irréversible, film à scandale, qui plonge le spectateur dans une ambiance étouffante sur fond de scènes trashs, pourrait être un pari osé. Et pourtant, il y signe une performance hors-norme, tout comme le film, qui propose une lecture sans filtre d’un monde où la violence est réelle. Accompagné de sa femme, Monica Bellucci, et d’un scénario dont la temporalité est à l’image d’un sablier- le film débute à la fin de l’histoire- Irréversible est un chef d’oeuvre. Coqueluche du cinéma d’auteur, il fait figure de référence dans des rôles corrosifs, extrêmes, borderline, mais qui permettent à Cassel de montrer le spectre de ses capacités. Héros vengeur qui cherche à tuer l’agresseur de sa copine, c’est un voyage au bout de l’enfer qui retourne le festival de Cannes. "Irréversible a été écrit en trois jours, financé en quarante-huit heures, et en six semaines de tournage c'était dans la boîte et pourtant le film crée un tollé. Cassel saisit. Une claque dont on ne sort pas indemne.

3- LE FRENCHY - OCEAN TWELVES de Steven Soderbergh

Si le cinéma français le considère déjà comme un pilier, son entrée à Hollywood est une étape majeure de sa carrière. Peu y parviennent. Signer aux Etats-Unis, c’est l'ultime sésame pour un acteur, une garanti de tourner aux côtés de réalisateurs internationaux. Déjà habitué du pays, ayant fait une école de théâtre à New-York avant sa majorité, il en maîtrise la langue et les usages mais est surtout fasciné par The Big Apple, Alphabet City, Warhol, bref un rêve de gosse. Les rôles de frenchy vont donc être sa marque de fabrique à ses débuts. Les Américains adorent la France, et vont lui offrir des rôles millimétrés sur un plateau d’argent. Aux côtés de Brad Pitt, Georges Clooney, Julia Roberts, il est le voleur à la française, élégant, raffiné, classe. Les clichés sont au rendez-vous mais offrent une carte de visite à un Cassel aux côtés de partenaires de haute voltige. Jouer un méchant dans un blockbuster américain, un saint-graal pour celui qui fantasme l’Amérique.

4- LA CONSÉCRATION - LES PROMESSES DE L’OMBRE de David Cronenberg

Avoir un rôle dans un Cronenberg dans les années 2000, c’est faire parti de la crème du cinéma. Jouer un mafieux, une jouissance pour tout amoureux du jeu. Alors interpréter un mafieux dans un film de Cronenberg, une apothéose pour le jeune Cassel. Aux côtés de Viggo Mortensen, et de Naomi Watts, il se glisse dans le rôle d’un russe sans vergogne, Kirill, fils incontrôlable du chef du réseau, entre barbarie et réseau de prostitution, le film se range dans les classiques du genre. Cassel réussit le grand écart entre le rôle du frenchy à celui de personnages phares dans un film de gangster sur fond de César du meilleur film étranger. Une fierté à domicile ! Pour l’anecdote, Cassel a appris les bases de la langue russe en moins de deux mois pour se garantir le rôle de Kirill, un challenge de taille qui prouve la détermination de l’acteur. Viggo Mortensen ira jusqu'à décrire sa prestation comme “une grande performance”. What else ?

5- LE REBELLE - MESRINE de Jean-François Richet

Quand un monstre du cinéma incarne le truand le plus recherché de France, c’est une combinaison gagnante. Mesrine représente la rébellion, le banditisme, c’est le voyou hors système que la France condamne mais érige tout de même en (anti)héros, ses faits d’armes font les choux blancs des médias. Qui de plus à même pour rentrer dans sa peau qu’un Cassel au sommet de sa gloire, à la fois habitué des rôles anti-système, insaisissable et au centre des pages people qui se délectent de son couple ? Le match est réussi, et l’on y croit. 2 films qui suivent les péripéties de Mesrine, de ses débuts de braqueur, sa fugue de la prison de la Santé en passant par sa chute, Cassel livre une performance à fleur de peau, ou il humanise avec brillo le gangster, de jeune voyou fougueux, à l’amoureux transi, jusqu’au beauf égocentrique, Cassel s'imprègne des photos, des reportages. 4 heures de biopic récompensé par de nombreux prix, belle perf’ qui marque les imaginaires. Comme Elmosnino a volé un peu de Gainsbourg dans le biopic qui lui dédié, Cassel incarne pour toujours Mesrine.

6- LA CONFIRMATION-  BLACK SWAN de Darren Aronofsky

Passer l’étape du bad boy à la française, du mafieu russe, le nec plus ultra est sans nul doute son rôle majeur aux côtés de Natalie Portman dans la masterpiece du réalisateur de Requiem For a Dream. En professeur de danse intransigeant, Thomas Leroy, que le réalisateur nous fait tant passer pour un sadique que pour une hallucination fantasmée des projections de la danseuse. Vincent Cassel maîtrise parfaitement cette ambivalence. Parfois cruel, plein de compassion et dominateur, impossible de cerner son visage, Darren Aronofsky lui confie les clés d’un personnage puissant, quasiment second rôle du drame qui se joue. Une victoire sans appel, tant par la réception du public que pour cette étape majeure : il peut prétendre à jouer tous les rôles sans être cantonner aux étiquettes, rare sont les acteurs français à prétendre à cette distinction et s’établir définitivement dans le coeur des Américains.

7- LE SAUVEUR - JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier Dolan

Deux success stories aux parcours similaires, l’un devant et derrière la caméra mais pourtant un fort lien : celui d’avoir percé chez les majors. Dolan offre cependant ici un rôle simple, dans un huis clos modeste mais fort. Inspiré d’une pièce de Lagarce, le film se concentre sur la puissance des personnages et de leur ressenti, Juste la fin du monde délaisse tout artifice scénique, seul le jeu d’acteur vient intensifier la dramaturgie : un défi de taille pour un casting pointu. Sans prétention mais viscérale, l’interprétation puissante de Cassel vient parfois sauver l’intrigue. Un rôle de grand frère, en colère mais à l'écoute, Cassel n’est plus le sauvage adulescent mais devient une figure assagie, censée tempérer les conflits au sein d’une famille en pleine implosion. Malgré de nombreuses critiques, l’acteur tire son épingle du jeu. Merci.

BONUS- LE MONDE EST A TOI/ SHEITAN de Romain Gavras

Même si l’appel de l’outre-Atlantique est un tournant clé de la carrière de Vincent Cassel, il reste fidèle à son pays natal, toujours disponible à l’appel de personnage barré, comme dans la tragi-comédie Le Monde est à toi de Romain Gavras ou à ses débuts en consanguin dans le village de Sheitan. Car si l’acteur épouse aussi bien les shapes du moule américain, il excelle dans les personnages loufoques, à la limite du pathétique, du dégénéré. Poussé ses limites à l’extrême pour surprendre, choquer, émouvoir, n’est-ce pas là l’identité même d’un acteur abouti ? Une fierté Made in France !

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