Courtesy of Aijani Payne

Paris Fashion Week Sessions : Harry Nuriev

Nouvelle star du design, le jeune russe bouscule la notion de décoration d’intérieur avec son univers à la fois expérimental, ultra-coloré et référencé.

par Patrick Thévenin
|
08 Juin 2022, 4:20pm

Courtesy of Aijani Payne

Grandi en Russie, passé par les États-Unis avant de s’installer avec son compagnon à Paris en début d’année, Harry Nuriev s’est imposé en quelques années comme une des valeurs à suivre du design avec son univers expérimental, ultra-coloré et référencé.Grand admirateur du designer Ettore Sottsass et de l’architecte Le Corbusier, fan du Bauhaus comme du constructivisme russe, passionné par l’imagerie 3D, les NFT et le métavers, fondateur de Crosby Studios, Harry Nuriev mélange virtuel et physique, pop culture et expérimental, street et luxe comme personne, fidèle à sa conception du “global minimalism“.

1.jpg
​Courtesy of Aijani Payne

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Harry Nuriev, je suis un artiste designer d’intérieur, je conçois des matériaux et des meubles et, aussi, j’habite à Paris.

Comment décririez- vous votre travail ?

Je crée de beaux espaces pour des “beautiful people“ .

Et qui sont ces clients ?

Ce n’est pas quelque chose que je confierais. Je garde tout ça discret, ça fait partie du contrat d’une certaine manière.

Qui sont les personnes qui vous ont inspiré et donné la force d’être qui vous êtes ?

Essentiellement des artistes et des gens célèbres. Mais aussi, le plus souvent, mes clients, des ami.es, les gens avec qui je travaille en collaboration sur des projets. J’aime beaucoup le dialogue, j’ai besoin de parler, de ressentir ce qu’expriment et désirent les gens avec qui je travaille. Et c’est quand même plus simple lorsque vous avez une conversation en face à face.

Vous aimeriez apporter quoi au monde ?

Quand j’ai commencé à travailler dans le design d’intérieur, j’ai tout de suite compris que je voulais créer mon propre langage design, ma signature en fait, mais aussi dialoguer avec les gens pour comprendre leurs attentes et ainsi changer, à ma moindre échelle, une petite fraction du monde. Transformer cet espace intangible, et du coup, la manière dont nous vivons, dont nous mangeons, dont nous dormons, dont nous marchons, quand on évoque le sujet de la décoration d’intérieur, des meubles, du design au sens large.

Vous pensez avoir atteint votre but ?

Une partie, je crois. Quand je me réveille chaque matin, j’appréhende les changements et je réalise que j’en suis un des nombreux acteurs, que j’en fais modestement partie.

Une qualité nécessaire à votre profession ?

J’aimerais bien la connaître ! Une qualité, c’est ça ? Je pense vraiment que, au-delà de la créativité nécessaire, si vous voulez être un bon designer, vous vous devez d’être d’une honnêteté irréprochable, parler franchement et expliquer clairement ce que vous faites. N'essayez pas d’être quelqu’un d’autre, soyez d’abord vous-même, c’est le plus important dans ma profession.

11.jpg
Veste, Stussy. T-shirt et Jean, personnel vintage.

Vous avez un mantra qui vous guide ?

J’aime changer les choses, je me sens très inspiré quand j’y arrive, quand je les rends plus belles, plus pratiques, plus confortables. Ça me motive énormément.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu dans votre vie ?

Oh tellement ! J’ai vraiment l’impression que ma vie est basée sur les conseils que j’ai reçu de personnes en qui j’ai confiance et que j’admire. Si je devais choisir le meilleur, et dans mon cercle d’activité, je dirais que c’est de raconter sa propre histoire et non pas celle de quelqu’un d’autre. Ça c’est un vrai conseil !

Où trouvez-vous votre créativité quotidienne ?

C’est à la fois une bonne et très complexe question car il n’y a pas, à proprement parler, de domaine spécifique dans lequel je puiserais mon inspiration. Ça peut venir de tellement de choses et de situations, ça peut-être un film, un tas de déchets dans la rue, une conversation, ou même un rêve qui vous obsède et qui au réveil vous fait réaliser que vous devez le faire. Trouver l’inspiration n’est pas une chose évidente, il ne suffit pas d’aller dans un musée, de regarder des œuvres d’art et de se dire “Oh mais c’est tellement inspirant !“ Non, ça ne fonctionne pas comme ça malheureusement. L’essentiel est de s’écouter et de suivre ses intuitions.

Vous pensez que le design peut changer les choses ?

J’ai toujours l’impression que le design n’est pas vraiment pris au sérieux par la société en général et je trouve ça très injuste. Si j’en fais, c’est justement pour prouver à quel point c’est une chose importante dans notre vie de tous les jours, parce qu’il nous accompagne et nous entoure, de votre brosse à dents aux vêtements que vous portez. Tout est désigné de nos jours, donc autant être entouré d’objets et d’espaces faits avec harmonie et amour, vous verrez vous vous sentirez mieux. Je ne dis pas non plus qu’un beau design vous rendra plus heureux, mais je reste persuadé que ça vous aidera à y voir plus clair et prendre les bonnes décisions.

Un message à faire passer ?

Ce serait très compliqué à formuler. Je pense que ce que j’ai à dire se retrouve dans mon travail comme je crois qu’on peut passer une vie entière à trouver les mots justes pour l’exprimer. En tant qu’artistes, nous essayons toujours de communiquer avec le monde et d’expliquer ce que nous faisons. Mais c’est souvent maladroit, donc je pense que le mieux est de laisser les gens regarder ce que vous produisez et de les laisser se forger leur propre opinion.

39.jpg
​Courtesy of Aijani Payne

Crédits

Photographer Aijani Payne

Stylist Dan Sablon

Creative Direction Claire Thomson-Jonville

Videographer Martin Josserand

Groomer Sacha Giraudeau

Video Assistants Tanguy Tworzydlo & Eryl Bounekhla

Video Editor Matthieu Desreumaux

Stylist Assistant Clara Viano

Production Lotti Projects

Remerciements à la Galerie Bourbon.

Tagged:
Design
harry nuriev