mais pourquoi tout le monde s'arrache le vintage thierry mugler ?

De Naomi Campbell à Cardi B, les archives Thierry Mugler sont de tous les tapis rouges. À Montréal, une nouvelle retrospective se penche sur l'influence révolutionnaire du designer.

par Mariana Fernandez
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22 Juillet 2019, 9:28am

Ces derniers temps, toutes les célébrités semblent vouloir porter du Thierry Mugler. Le compte Instagram de Kim Kardashian en est truffé d'archives, tandis que Rihanna, Nicole Kidman, Lady Gaga ou encore Beyoncé arborent des créations de la maison française dans des clips ou sur les tapis rouges. En juin à Florence, c'était au tour de Bella Hadid de porter un ensemble noir Mugler pour le défilé CR Runway x LUISAVIAROMA. En bref : Thierry Mugler, dont les créations extravagantes ont révolutionné un marché des années 1980 et 1990 dominé par le minimalisme androgyne, n'a jamais été aussi omniprésent qu'aujourd'hui.

Et Cardi B n'y est pas pour rien dans la résurrection du créateur. Sa monumentale robe coquillage portée aux Grammys en février dernier (elle portrait deux autres looks Mugler ce soir là) a fait son petit effet. Incrustée de cristaux Swarovski et ornée d'une crinoline directement inspirée de La naissance de Vénus de Botticelli, cette même robe fut portée par la muse du couturier, Simonetta Gianfelice, lors du défilé Automne/Hiver 1995 au Cirque d’Hiver à Paris. Aujourd'hui, il s'agit d'une pièce centrale de l'exposition « Thierry Mugler: Couturissime », qui se tient au musée des beaux arts de Montreal - la toute première monographie dédiée à l'irrévérence du couturier français.

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Patrice Stable, Tenue : Thierry Mugler, collection Les Insectes, Haute Couture printemps/été 1997. Photo: © Patrice Stable.

Avant cette collaboration avec Cardi, cela faisait 25 ans que la marque n'avait pas ouvert ses archives pour habiller une star, à une exception près - la tournée I Am… de Beyoncé en 2009. Preuve qu'il n'ouvre pas les portes de sa maison à n'importe qui, Thierry Mugler a également refusé de nombreux projets de rétrospectives proposés par des musées du monde entier, avant de finalement céder à Montreal, à la condition que l'exposition ne fasse pas l'objet d'un traitement chronologique, mais soit une mise en perpective de son influence sur le monde de la mode. Exactement ce que le musée s'est attaché à faire.

Thierry Mugler est né à Strasbourg en 1948. Enfant, il suit des cours de danse classique, qui doivent le mener vers une prometteuse carrière. Cette expérience, précoce, lui permet d'affirmer son goût pour le spectacle et la performance. Après des années de travail en freelance et une collection produite sous sa propre marque, « Café de Paris », Thierry Mugler finit par ouvrir sa propre boutique Place des Victoires en 1978. Ses créations sculpturales ont vite beaucoup de succès, notamment grâce à des shows spectaculaires dans lesquels défilent des tops comme Naomi Campbell ou Eva Herzigova. En 2002, après plusieurs dizaines d'années passées à repousser les limites de l'industrie du prêt-à-porter et de la haute couture, le créateur se retire du monde de la mode.

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Patrice Stable, Linda Evanglista sur le shooting du clip de George Michael, Paris, 1992, réalisé par George Michael et Thierry Mugler. Photo: © Patrice Stable.

Aujourd'hui, les looks des tapis rouges signés par le designer sont ceux qui font couler le plus d'encre. La robe sur mesure portée par Kim Kardashian au Met Gala en mai - et pour laquelle elle a été contrainte de porter un corset qui lui a laissé d'impressionnantes marques sur le dos et l'estomac - c'est lui. La même Kim Kardashian avait également fait les gros titres avec une robe Thierry Mugler noire de 1998, portée pour les Hollywood Beauty Awards à New York en février dernier et très inspirée par l'imaginaire bondage cher au créateur. La marque de prêt-à-porter Fashion Nova en a d'ailleurs produit une très similaire peu de temps après.

Mais pourquoi les silhouettes galbées et à la taille particulièrement marquée du créateur sont-elles de retour aujourd'hui ? Est-ce sa manière de mélanger le glamour d'Hollywood, la science fiction et les rêveries fantasmagoriques qui nous attire ? Sommes-nous obsédés par son usage décomplexé du latex ? Sa manière de subvertir les symboles de l'oppression féminine, comme les corsets, les transformant en symboles de pouvoir et de contrôle ? Le travail du créateur, qui préfère désormais qu'on l'appelle Manfred Thierry Mugler, se situe entre le fantasme et le mythe : il transforme ses clientes en femmes fatales futuristes, créatures exotiques que le conservateur en chef du musée des Beaux Arts de Montreal, qualifie de « sujets, plutôt qu'objets de leur propre sexualité

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Helmut Newton, Johanna; Vogue (US), Novembre 1995. Outfit: Thierry Mugler, collection Anniversaire des 20 ans , prêt-à-porter automne/hiver 1995–1996. Photo: © The Helmut Newton Estate.

« Il s'agit davantage de métamorphoses, de superhéroines et de cyborgs, qui habitent le travail de ce créateur qui a su anticiper, avec un humour considérable, la révolution trans-humaniste » affirme Bondil. Plus de 150 de ses créations produites entre 1977 et 2014 sont au coeur de l'exposition « Thierry Mugler: Couturissime », la plupart d'entre-elles ayant été restaurées pour leur toute première exposition. Des vidéos émaillent l'évènement, parmi lesquelles figurent « Too Funky » de George Michael (1992) - on y retrouve le corset Harley Davidson initialement porté par Emma Sjöberg. Intitulée « Couture Future », la dernière salle comprend des tenues créées exclusivement pour cette exposition. « Il n'y pas d'avenir sans passé. J'espère que cette exposition va inspirer les visiteurs, les orienter vers un futur plus créatif, » conclut Mugler.

L'exposition « Thierry Mugler: Couturissime » est à découvrir au Musée des Beaux Arts de Montreal jusqu'au 8 septembre 2019.

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Ellen von Unwerth, Eva Herzigová, coulisses d'un défilé Thierry Mugler, Paris, 1992. Look Thierry Mugler, collection Les Cow- boys , prêt-à-porter printemps/été 1992. Photo : © Ellen von Unwerth.

Cet article a initialement été publié sur i-D US.

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