Autoportrait dans une lampe, 1977. Photographie Robby Müller

des polaroïds inédits de robby müller, directeur photo de jarmusch et maître de la lumière

Directeur de la photographie à l'origine de « Paris, Texas », « Dead Man » ou « Down by Law », Robby Müller laisse derrière lui des Polaroïds révélant une approche unique de la lumière. Une exposition lui rend hommage aux Rencontres Photographiques d'Arle

par Ryan White
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13 Août 2019, 9:29am

Autoportrait dans une lampe, 1977. Photographie Robby Müller

Son nom ne vous est peut-être pas familier et pourtant, lorsque Robby Müller est mort l'année dernière, le cinéma a perdu un cinéaste qui lui était cher. Collaborateur de longue date de Jim Jarmusch et Wim Wenders, ce directeur de la photographie s'est fait connaître pour son utilisation astucieuse de la lumière tamisée et ses compositions très distinctes qui lui ont notamment valu le surnom de « Master of light ». Agé de plus de 50 ans, les motifs récurrents de ses images sont aujourd'hui devenus cultes - beaucoup de photographes s'inspirent de la lumière douce, des néons et des paysages de station essence teintés de rouge et vert qu'il mettait brillamment en scène.

À l'insu d'un grand nombre de personnes, Robby Müller emmenait partout avec lui un petit appareil photo. « Robby n'a jamais eu l'intention de montrer ces photographies à qui que ce soit, explique Andrea Müller-Schirmer, son épouse, curatrice de l'exposition qui révèle des Polaroïds encore jamais exposés. Il les rangeait très soigneusement dans des boîtes en bois. Il y a quelques années - quand il est tombé malade - j'ai commencé à mettre de l'ordre dans ses archives. Notre ami Steve McQueen, l'artiste et réalisateur, venait souvent prendre le thé et j'ai fini par lui montrer les Polaroïds. Il les a adorés et m'a immédiatement poussée à en faire quelque chose

Exposé dans le cadre des Rencontres d'Arles, ce travail permet de plonger dans l'œuvre
du cinéaste et de mieux comprendre son approche de la photographie. i-D a rencontré Andrea Müller-Schirmer pour en savoir plus sur ces images inédites.

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Sante Fe, Mexico 1985

Combien d'années ces photographies documentent-elles ?

Les premières images ont été prises quand Robby et Wim Wenders filmaient Alice dans les villes, en 1973. Dans ce film, un journaliste voyage en Amérique et réalise des Polaroïds à partir de ce qu'il voit. À l'époque, Polaroid avait offert à la production un prototype du fameux appareil SX-70. À partir de ce moment-là, Robby et Wim se sont mis à prendre des photos tout le temps.

Observez-vous une évolution photographique chez Robby pendant cette période ?

Non, je pense que Robby avait toujours l'esprit ouvert, il faisait beaucoup d'expériences. C'était quelqu'un qui savait maîtriser la technique et les matériaux mais le résultat se révélait souvent inattendu.

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Kensington Motel, 1985

Comment vous est venue l'idée du titre, « Comme la lumière du soleil traversant les nuages » ?

Claire Pijman a réalisé un documentaire sur Robby qui s'appelle Living the Light: Robby Müller. La bande-son est composée par Jim Jarmusch et Carter Logan et il a été diffusé pour la première fois l'an dernier au festival de film de Venise, peu après la mort de Robby. À un moment dans le film, Jim choisit une guitare qui correspond à la voix de Robby et dit : « Peut-être celle-ci, elle sonne comme les rayons du soleil à travers les nuages.» Ça m'a beaucoup plu.

Comment ces images définissent-elles Robby en tant qu'artiste ?

Robby avait un regard artistique, c'était sa façon de regarder le monde. On ne peut donc pas séparer sa vie et son œuvre. Il utilisait aussi beaucoup d'autres appareils photos... 35mm, 4x5, des appareils 3D bon marché. Il portait souvent une veste en jean : dans une poche le tabac, dans l'autre sa petite Minolta. Il photographiait la lumière sous tous ses angles, ses couleurs et ses formes dans quasiment toutes ses images. Comme le dit Bianca Stigter, « Ce n'est pas la lumière qui nous permet de voir les choses, ce sont les choses qui nous permettent de voir la lumière ».

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Hilton 6th Avenue, 1986

Quelle est sa plus grande force de photographe/de cinéaste ?

Il prenait des risques, c'était quelqu'un d'amusant et de toujours ouvert. Quand les choses ne se passaient pas comme prévu, il trouvait un moyen de tourner la situation à son avantage. Il aimait raconter des histoires et voulait que le visiteur croie en ce qu'il avait devant les yeux, il ne s'intéressait pas simplement à la beauté. Robby n'aimait pas les photographes trop démonstratifs, qu'il appelait « les acrobates de l'appareil photo ». Il était aussi très ouvert aux nouvelles technologies, aux nouvelles expériences et n'aimait pas dépendre d'un storyboard. Sa pensée créative se mettait en marche quand la situation sortait de l'ordinaire. C'est quelqu'un qui vivait vraiment dans l'instant. Et c'est aussi ce qu'il faisait avec ses photographies.

Y a-t-il une image particulièrement chère à vos yeux ?

En réalité non. Je les aime toutes, même celles qui sont un peu ratées. Elles ont un côté magnifiquement abstrait. Et quand je regarde à nouveau les Polaroïds, j'en découvre toujours de nouveaux qui m'attirent pour diverses raisons.

L'expostion « Robby Müller : Comme la lumière du soleil traversant les nuages », présentée par Polaroid, est à découvrir à Arles, Place de la République jusqu'au 22 septembre 2019.

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Baywater Hotel, 1985
Austin-Texas 1979
Austin Texas, 1979
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Kensington Motel, 1985
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Winter Trees
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Hotel Miramare, 1977
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New Orleans, 1985
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Self-portrait in lamp, 1977.

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Photographie Robby Müller

Cet article a initialement été publié sur i-D UK.

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