Photographie Fuminori Homma

le film « beats » ravive la culture rave des années 1990

Cristian Ortega et Lorn Macdonald sont les jeunes stars de « Beats », un film d’apprentissage écossais qui explore les thèmes de l’amitié, de la liberté et des raves illégales dont on attend la sortie française avec beaucoup d'impatience.

par Douglas Greenwood
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24 Mai 2019, 8:19am

Photographie Fuminori Homma

On vient à peine de les retrouver et les deux acteurs en tête d’affiche du film Beats - qu’on pourrait prendre pour des lycéens - nous livrent déjà des anecdotes de soirées, jetant un regard amusé sur leur (jeune) passé. « Les parents d’une fille du lycée étaient partis en vacances en la laissant seule, raconte Cristian Ortega en souriant. On s’est installés là-bas pendant 4 ou 5 jours et on a complètement ravagé sa maison. Des vitres cassées, beaucoup de vitres cassées. C’est devenu un genre de cocon chaotique où tout le monde couchait avec tout le monde. » « Ah, je me souviens ! interrompt Lorn Macdonald. Mon frère a organisé une fête quand j’étais plus petit et un gars à volé tous nos DVDs. Pas les étuis, juste les disques ! On avait une chienne à cette époque et maintenant il y a plein de vidéos des potes de mon frère entrain de faire les cons avec elle. Les vidéos sont toujours sur YouTube, ajoute-t-il en secouant la tête. Je les ai regardées il y a pas longtemps. »

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Ces tranches de vie adolescentes ont beau sembler légères et confuses, elles se révèlent nécessaires et formatrices: pour trouver sa place dans le monde, ne faut-il pas s'exposer sans se soucier des conséquences ? La conscience et l’expérience de cette liberté font du film de Brian Welsh un récit d'apprentissage aussi rare que précieux.

Dans une banlieue pavillonnaire écossaise des années 1990, deux jeunes de 15 ans - le brillant et timide Johnno (Cristian Ortega) et son meilleur ami, beaucoup plus teigneux, Spanner (Lorn MacDonald) - voient leur amitié chamboulée lorsque la famille de Johnno, qui appartient à la classe moyenne, décide de déménager dans l’espoir d’une vie meilleure. Pour partager un souvenir inoubliable, les deux amis participent à une free party et gobent leur tout premier ecsta ensemble. S’ils désirent être libres, les évènements vont s’avérer plus compliqués que ce qu'ils avaient anticipé.

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Le film explore les rapports et les cultures de classes, la scène musicale underground des années 1990, l’amour platonique qui unit deux meilleurs potes et saisit les nuances de la jeunesse écossaise avec beaucoup de justesse. En creux, le patriotisme marginal revendiqué par la plupart des jeunes écossais apparaît : « Nous revendiquons le fait d’être toujours des outsiders ! » ajoute Lorn en souriant. Le portrait s'annonçait difficile mais en demandant à deux garçons déjà amis de revivre leur adolescence à l’écran, le réalisateur parvient à filmer leurs aventures avec spontanéité. « C’est de la triche finalement ! » s’amuse Cristian en racontant comment il en est venu à travailler sur le film.

« C'est l'histoire de deux adolescents à l'aube de l'âge adulte, incroyablement interprétés par deux écossais qui ont vécu les mêmes expériences euphoriques avant que le film ne soit un projet. »

C'est grâce à un casting vidéo pour le personnage de Johnno que Lorn impressionne Brian Welsh -parce qu’il « comprenait très bien, il avait le sens de l’humour de là bas ». Quand on lui demande de revenir une semaine après, Lorn pense que le rôle a été confié à quelqu’un d’autre. En réalité, Brian Welsh décide que son profil convient mieux au personnage de Spanner, plus rude et agité que celui auquel il se destinait.

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Depuis le début, Brian Welsh cherche un duo lié par une alchimie particulière, dont les liens seraient sincères. « Mais ça ne s’est pas passé comme ça, explique Lorn. Cristian travaillait déjà sur une adaptation théâtrale de Let The Right On In à Houston quand j’ai dit à Brian "Mon pote serait parfait pour le rôle". » « Nous nous sommes rencontrés en école de théâtre pendant les derniers mois que Lorn y a passé » ajoute Cristian en souriant, lorsqu'il évoque leur rencontre au Royal Conservatoire of Scotland à Glasgow (Richard Madden et James McAvov y ont fait leurs études) il y a maintenant 3 ans. « Une semaine et demie avant que les représentations de ma pièce de théâtre s'achèvent, j’envoyais des vidéos depuis les Etats-Unis » ajoute Cristian. Le tournage de Beats doit commencer trois semaines après. Il revient du Texas, « très jet-laggé », mais le jeu en vaut la chandelle : la relation entre Lorn et Christian correspond à merveille à celle de Johnno et Spanner.

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C'est l'histoire de deux adolescents à l'aube de l'âge adulte, incroyablement interprétés par deux écossais qui ont vécu les mêmes expériences euphoriques avant que le film ne soit un projet. Pendant les répétitions, Cristian dort chez Lorn, et ils répètent leurs textes en jouant à de vieux jeux vidéos pour mieux s’imprégner de l’époque du film. « On allait chez Scubby (le surnom du Sub Club, qui passe essentiellement de la musique électronique) avant de commencer le tournage, c'est un un lieu dans lequel on était déjà avant » ajoute Cristian. « Ce qui est vraiment bien à Glasgow ce sont les afters : des hangars abandonnés avec des grafitis sur les murs. Je me suis rendu compte que ça faisait longtemps que je n’étais pas allé dans un endroit comme ça, ajoute-t-il en riant. Puisque nous vivons à Glasgow depuis pas mal de temps, les recherches pour le film sont déjà faites. »

« Pendant l’audition, Brian me posait pas mal de questions parce qu'il était important de connaître un minimum ce milieu pour jouer cette première expérience, » ajoute Lorn en hochant la tête. Dans le film, le point d'orgue des scènes de rave est un étourdissant mélange d’images hallucinatoires, de projections de lumières stroboscopiques, sur un set mené par les tressaillements d’Optimo : tellement de corps en sueur et de têtes qui balancent qu’il parait impossible de créer cet effet sans se référer à une expérience préexistante. À un moment, lorsque Johnno et Spanner s’enfoncent dans la foule et que leur petite pilule fait effet, Spanner attrape la tête de son ami et l’embrasse : c’est un moment totalement désinhibé, joyeux, il lui dit même « Je t’aime » dans le feu de l'action. « Soyons honnêtes, ajoute Lorn, la reconstitution de la réalité aurait pu être tout à fait exacte, le film aurait été différent si nous n’avions pas vécu ces nuits nous-mêmes. Notre expérience a donné de l’authenticité à ces scènes. »

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S’il est facile de montrer à l’écran une Ecosse triste, Beats contourne ce cliché. Bien que flatteuse, la comparaison à Trainspotting semble légèrement décalée, le film étant plutôt optimiste - « L’Ecosse sous son meilleur jour, » d’après Lorn. Le thème de la drogue est abordé de manière très singulière, loin des scénarios de séries ado comme Skins, qui se sentent obligées d’équilibrer leurs intrigues nihilistes par une conclusion du type « N’essayez pas à la maison » très peu subtile. « Les personnages des stoner films peuvent se retrouver dans des situations très étranges à cause de la drogue, mais un stoner ne se cloture jamais avec quelqu’un qui affirme « Arrêtons de fumer de l’herbe » » ajoute Lorn à propos de l’ambivalence des films qui semblent glorifier la consommation de drogues. « Ce n’est pas du tout comparable à notre film, il s'agit de quelqu’un qui prend sa première pilule. C’est un moment très impressionnant, il y a bien sûr des histoires tragiques, mais c’est immature de penser qu'il ne s'agit que d'une expérience négative. Le film met avant l’amitié, pas la drogue. »

Beats est un vrai moment de cinéma, capable de toucher toutes celles et ceux qui ont un jour vu un ami s'éloigner progressivement d’eux. Et rappelle l'époque où il fallait toquer à la porte de son meilleur ami pour savoir s’il était bien chez lui parce qu'io n'y avait pas de portable, attendre que sa chanson préférée passe à la radio parce que Spotify n’existait pas encore et explorer la contre-culture d’une manière qui semblait plus pure et sans doute moins normée. C’était une époque, comme le dit Lorn, « où tout semblait un peu plus précieux ». Et Beats, sans mièvre nostalgie, ravive cet esprit.

Beats sera prochainement dans les salles.

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Photographie : Fuminori Homma

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