L'été Meurtrier de Jean Becker 

11 films d'été pour survivre à la canicule

À regarder les volets fermés.

par Marion Raynaud Lacroix
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05 Avril 2018, 9:06am

L'été Meurtrier de Jean Becker 

L’effrontée, de Claude Miller, 1985

Charlotte a treize ans, elle en a assez d’être le modèle de sa voisine Lulu, ne supporte plus l’autorité de sa mère et voudrait profiter de l’été comme elle l’entend. Ces vacances, il s’agit de gagner l’amitié de Clara Bauman, la jeune pianiste surdouée qui la fascine, mais surtout, de ne pas se conformer aux attentes du monde des adultes. Dans sa marinière et son 501, Charlotte Gainsbourg trouve son premier grand rôle, celui d’une l’adolescente qui parle un peu de tout le monde et beaucoup d'elle-même, et dont le timbre grave - plus de trente ans après - continue de nous toucher.


Summer of Sam, Spike Lee, 1999

Le Summer of Sam est loin d’être l’été qu’on attend avec impatience - plutôt celui auquel on préférerait échapper. L’histoire commence à New York en 1977. Reagan est président des États-Unis et une canicule historique s’empare de la ville. Pendant que les autorités tentent de réprimer les pillages menés pendant une énorme panne d'électricité, un tueur en série s’active. Dans ce chef-d’œuvre injustement oublié, Spike Lee peint un monde sur le point d’imploser, tiraillé entre les boules à facettes disco et les cris rauques du punk, où les mauvais ne sont jamais ceux que l’on croit. Adrian Brody porte une crête, fraye avec une bande de crapules tout droit sorties d’un Scorsese et The Who accompagne tout du long ce film-brûlot incandescent.

Marius et Jeanette, de Robert Guédiguian, 1997

Marius est vigile et passe ses journées à garder une cimenterie désaffectée sur les hauteurs de Marseille. Jeannette est caissière et un jour, elle entre sur ce terrain pour y récupérer des pots de peinture – elle voudrait repeindre son appartement en blanc. Premier grand succès de Robert Guédiguian, Marius et Jeannette condense tous les éléments de son cinéma : le soleil, l’injustice sociale, la théâtralité, l’instinct de révolte et l’espoir qu’un jour, peut-être, le monde appartiendra à ceux qu’il réduit au silence. À la fois politique et poétique, la misère version Guédiguian côtoie toujours une forme de grâce. Pour s’en convaincre, il suffit de réentendre sa définition du terrorisme islamiste (« les daltoniens de la religion ») et du désespoir, ce moment où il n'y a plus « assez de musique dans le cœur pour faire danser sa vie ».

L’inconnu du lac, Alain Guiraudie, 2012

C’est l’été et quelque part dans le sud de la France, des hommes se retrouvent près d'un lac pour plonger dans l’eau et s’étendre au soleil. Dans l’ombre des arbres, ils s’aventurent à la recherche d’un partenaire sexuel. Au fil de ses venues, Franck (Pierre Deladonchamps) fait la connaissance de Michel (Christophe Paou), dont la beauté sombre accapare vite toute son attention. À travers ce voyage dans l’inconnu du désir, Alain Guiraudie renoue avec la notion même d’intrigue, à la lisière du sentiment amoureux et de l’imbroglio policier. Sous un soleil de plomb, le cinéaste rappelle que si la passion procède de la vie, elle n’est jamais aussi violente que lorsqu’elle côtoie le danger.

37°2 le matin, de Jean-Jacques Beineix, 1986

Un lit encadré par des rideaux, deux amants au bord de l’orgasme et au-dessus d’eux, une Joconde encadrée. La première scène plante le décor : Jean-Hugues Anglade est Zorg, et pour la première fois au cinéma, Béatrice Dalle est Betty. Il est solitaire, passe ses journées à écrire, fumer et fuir ses responsabilités. Elle est belle à en mourir, un peu paumée et très borderline. Le miracle de leur rencontre bascule vite, sans qu’on sache vraiment d'où - est-ce la fragilité de Betty ou le vertige de l’amour ? - vient la véritable folie. 37°2 le matin , c’est la naissance à l’écran de Béatrice Dalle, l’apparition de sa bouche rouge, de son jeu un peu faux et de sa sensualité débordante. Adapté du roman culte de Philippe Djian, le film de Beineix raconte des sentiments aussi amples que l’été, où en 3 heures de cinéma, une saison contient l’incendie de la vie.

Avant la fin de l'été de Maryam Goormaghtigh, 2017

Docu-fiction, fiction documentaire ou fiction documentée, Avant la fin de l'été est avant tout un road-movie au script quasi minimaliste mettant en scène trois jeunes iraniens : Hossein, Arash et Ashkan partis sur les routes du Roussillon. Comme la plupart des jeunes de leur âge, les trois perses ont deux grands centres d'intérêt : la drague et la légèreté. Avec une tendresse inouïe, la réalisatrice Maryam Goormaghtigh se glisse sur la banquette arrière de ce joyeux trio pour les accompagner dans un voyage qui file le long du littoral et dérive au gré des rencontres.

Le plongeon, de Frank Perry et Sydney Pollack, 1968

« I’m swimming home » répond Ned Merril lorsque ses voisins lui demandent ce qui l’amène chez eux. Dans une banlieue aisée du Connecticut, un homme d’une cinquantaine d’années décide de rentrer chez lui à la nage, plongeant de piscine en piscine, pour rompre l'ennui et s’attirer la curiosité du voisinage. À travers ce voyage dans les jardins de la bourgeoisie américaine, le personnage interprété par Burt Lancaster tente de se réapproprier une vie qui lui échappe. Mais Le plongeon n’est pas seulement une odyssée de la piscine privée : le film raconte une Amérique qui, à l’instar de Ned Merril, s’essouffle en cherchant l’aventure dans un réel plié au capitalisme. Alors oui, vous aurez envie de plonger, mais peut-être pas d’avoir une piscine.

L'été meurtrier, de Jean Becker, 1983

Eliane (Isabelle Adjani) porte des tenues légères, bat des cils et parle du bout de ses lèvres boudeuses. C'est l'été, et elle décide de retourner dans le village de son enfance, dans un Midi au bord de l'incendie. Là-bas, les gens la surnomment « Elle » - comme si tout l'universel féminin lui revenait. Chaque fois qu'Eliane traîne sa petite robe transparente ou trop courte sur la place du village, au supermarché ou au dancing, Elle fait tourner les têtes des hommes et des femmes, fascinés par son magnétisme. Mais c'est sur « Pin-Pon », le mécano du coin (interprété par Alain Souchon), qu'Elle jette son dévolu. Dans un tourbillon caniculaire, la folie d'Eliane perce doucement, jusqu'à révéler une autre trame, aussi brûlante que dangereuse. L'occasion de retrouver Isabelle Adjani au sommet de son jeu et de sa beauté, dans un rôle voué à faire d'elle un idéal.

Bonjour tristesse, d'Otto Preminger, 1958

Si ce titre doux amer évoque volontiers Françoise Sagan, il évacue souvent son adaptation par Otto Preminger. À tort, car s’il relève de l’impossible d’égaler le récit littéraire, le film saisit toute l’urgence du roman de Sagan : une saison durant laquelle la vie de l’héroïne (Jean Seberg) va basculer, de l’innocence vers l’âge adulte, de la fusion avec son père (David Niven) vers l’impossible compromis - accepter la venue de sa nouvelle maîtresse au sein de leur maison de vacances. La mer est partout, les pins sentent le cèdre, l’eau est limpide et les chemises vichy pourraient avoir une odeur de lavande. Mais la violence des sentiments n’a que faire des beaux décors et le Technicolor n'y fait rien, Preminger l’a bien saisi.

L’été en pente douce, de Gérard Krawczyk, 1986

Lasse d’entendre sa voisine du dessus se faire battre par son conjoint, Fane (Jean-Pierre Bacri) l’embarque dans le Sud pour un voyage un peu particulier. Il vient de perdre sa mère, et il est temps de décider ce qui adviendra de la maison familiale. Le temps de l’été, il s’installe donc dans un petit village avec son frère Mo, déficient mental attachant (Jacques Villeret) et Lilas, sa compagne doucement provocante (Pauline Laffont). Avant Taxi, Wasabi et Fanfan la Tulipe, Gérard Krawczyk raconte l’été de trois laissés pour compte, que la société étreinte et rejette dans un même mouvement. Au milieu de ce trio qui dérange et fascine, Pauline Lafont – un an avant sa disparition en plein mois d'août - donne à Lilas l’éclat mélancolique d’une Marylin.

Le ciel, les oiseaux et… ta mère ! de Djamel Bensalah, 1999

D’abord parce que le film figure parmi les meilleurs titres à prononcer devant le personnel d’un guichet de cinéma. Et pour sa bande de merveilleux loosers : Youssef (Jamel Debbouze), Stéphane (Stephane Soo Mongo), Christophe (Lorant Deutsch avant sa reconversion dans le patrimoine) et Mike (Julien Courbey). Venus de banlieue parisienne pour un séjour dans le sud-ouest, ils débarquent à Biarritz en pensant aligner conquêtes, soirées et expériences. Et forcément, selon la formule consacrée, rien ne se passe comme prévu.

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