fat white family est le groupe de rock dont le monde a besoin

À l'occasion de la sortie de leur prochain album, nous avons passé un moment avec l'un de ses chanteurs. Rencontre avec la déglingue.

par Ian McQuaid
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14 Décembre 2015, 5:10pm

Quand les journalistes tentent de décrire l'ovni rock The Fat White Family, ils ont généralement tendance à se concentrer sur leur côté cracra, leur esthétique low-fi et leur misanthropie. En fait, ce groupe de Brixton est la seule belle pomme d'un pommier tout pourri. Pendant que la plupart de leurs confrères musiciens brandissent leurs manches de guitares dans des tenues Topshop faussement rock et visent une audience bourgeoise et mondaine, les Fat White, eux, restent fidèles à leur esprit d'origine et proposent un son apocalyptique et inimitable. Après avoir prouvé leurs capacités en 2013 avec leur album Champagne Holocaust, dans un rock garage un peu trash, aussi dédaigneux que délirant, le quintet disjoncté revient avec un second album, Songs For Our Mothers. L'album inclue des titres comme Goodbye Goebels ou encore When Shipman Decides (ou littéralement, Quand le docteur Shipman décide d'un truc) - une promesse que le groupe restera à l'ombre des grandes heures d'audience radio encore un petit moment.

Nous avons partagé un moment avec le chanteur et guitariste Saul Adamczewski pour parler d'art bizarre, de passeports perdus et des frasques d'Evan Dando.  

Les Fat White ont joué sur le plateau de David Letterman cette année - mais toi tu n'étais pas là. Qu'est ce qui s'est passé ? 
J'avais perdu mon passeport. J'en ai perdu 7 en un an. Une semaine après, je déconne pas, j'étais chez ma mère et j'ai mis cette même chemise que je porte aujourd'hui. Je me suis regardé dans le miroir et j'ai vu un truc carré se dessiner sur ma poitrine. C'était ce putain de passeport. Il était dans la poche de ma chemise tout du long.

Et le ministère de l'Intérieur, il le prend comment ?
Ben, j'ai été convoqué. On m'a posé un tas de questions à la con, plus bizarres les unes que les autres. Ils m'ont demandé des trucs dans le genre "Donc, M. Adamczewski, pourriez-vous me décrire l'intérieur de la maison de votre père ?"

Il ressemble à quoi du coup, l'intérieur de la maison de ton père ?
Ben tu rentres, y'a un couloir, une cuisine et des pièces quoi. Il y a deux chambres aussi.

Mais attends, tu leur as vraiment décrit la maison de ton père ? Ils connaissent la façon dont on aménage nos salons ? C'est flippant.
Je pense qu'ils veulent juste voir si tu mens. Ils le voient tout de suite… J'ai perdu un de mes passeports dans un avion. Je revenais des Etats-Unis et une fois à la douane, impossible de retrouver mon passeport. Je suis débile. Mais j'ai bossé avec Evan Dando récemment, je pensais vraiment être à côté de la plaque tout le temps mais en fait je suis incroyablement bien organisé par rapport à lui.

Wow, tu bosses avec Evan Dando ??
Oui je l'aide à écrire son prochain album. Ça fait dix ans qu'il n'en a pas sorti. C'est hilarant de bosser avec lui. Un soir, nous étions en chemin pour rentrer à l'hôtel et on trimballait un pot de peinture doré dans la voiture. Il était tellement déglingué qu'il a mis son pied dans le pot de peinture. Il est sorti de la voiture et s'est dirigé vers l'hôtel, on l'a supplié de nous attendre mais le mec est rentré dans l'hôtel, les pieds dorés et a foutu de la peinture partout. Je ne comprends toujours pas comment nos managers ont pu croire qu'on allait bien s'entendre. C'est un surfeur hippy genre ravi de la crèche.

Comment trouves-tu le temps pour ce genre de collaboration à côté de ton groupe ?
Je fais plein de trucs. Je suis dans un groupe, Warmdushcher, et on enregistre un nouvel album avec ce mec, Dan Carey. Il a produit MIA et un tas de trucs hyper cools.

Clams participe au projet ?
Ouais, Clams est au chant, c'est un peu soul et un peu comme du Captain Beefheart, avec des sons comme la chanson I'm Bad, ce genre de truc.

Tu es embarqué dans un élan créatif en ce moment ?
Ouais, je crois, mais j'aime aussi jouer dans des petites salles comme le Windmill à Brixton et faire des tout petits concerts de temps en temps plutôt que de faire des tournées avec les Palma Violets. Ça, ça me donne vraiment envie de me tirer une balle. On est assez "grands" maintenant pour se retrouver à faire des tournées avec des groupes hyper commerciaux comme Peace ou Wolf Alice. Ou les Slaves aussi. Tu connais les Slaves ?

J'aime bien une de leur chanson. Mais ça fait partie de mes plaisirs coupables.
Ils ressemblent un peu aux Metros, mon ancien groupe. Ils sont venus me voir un jour, un peu honteux, pour me dire qu'ils étaient fans des Metros.

Qu'as-tu répondu ?
J'ai dit que moi je ne l'étais pas. Mais j'ai dit merci quand même. Je vais te dire un truc, j'aimerais bien que tu écrives sur un de mes projets en cours, ça s'appelle Rider Art. J'ai commencé à faire de l'art avec les trucs que les salles de concert nous offrent quand on joue. Je prends des photos et je les mets sur Facebook. Je progresse je crois.

Je comprends pas…
Ben tu sais, les riders c'est ces trucs que tu peux demander quand tu joues un concert, et il y a souvent plein de trucs inutiles, de la bouffe que tu veux pas manger, donc j'en ai fait de l'art. Tu peux en faire ton accroche en gras en haut de ton article : RIDER ART.

Et sinon, comment va le groupe financièrement ? Vous vous faites un peu d'argent ?
C'est hyper difficile. L'année dernière a été rude, et on a eu une ribambelle de très très très mauvais managers qui nous ont donné des conseils de merde. On tournait dans des bus très chers alors qu'on ne pouvait pas du tout se le permettre. On n'est pas des hommes d'affaires et quand on nous montre un peu de luxe on se dit "trop cool, vas-y, grave!" Et puis là, les factures tombent et tu dis "oh putain"; et tous les membres du groupe doivent raquer de leurs poches. On est tous clodos. Je vis dans une cave sans fenêtre vers Stockwell à Londres.

Au moins tu n'as pas à y dormir quand tu es en tournée.
Oui on voyage beaucoup, mais je fais aussi des trucs à côté, je m'implique dans des projets musicaux différents. Je bosse sur des musiques pour des films et je produis pas mal de trucs en plus. Tout ça c'est nouveau et ça se passe aux États-Unis. Rien de fou mais c'est un début. Je n'ai pas envie de me retrouver à 40 ans à jouer Special Ape encore et encore.

Je suis content que vous ayez sorti un deuxième album sans trop tarder…
T'as vu la pochette de notre dernier titre ? On a tenté de recréer la pochette de 20 Jazz Funk Greats des Throbbing Gristle sur une plage en contrebas d'une falaise de craie dans le sud de l'Angleterre.

La seule photo que j'ai vue, c'est un cliché de vous 5, la tête rasée…
Ouais, y'a une ambiance un peu fasciste.

Vous ressemblez davantage à des survivants de camps de concentration selon moi…
Ouais c'est ça le truc, tu tentes quelque chose et les gens comprennent l'inverse.

C'était quoi le délire du coup ?
J'ai essayé de faire un truc à la Laibach, genre "la force immuable du peuple", un truc comme ça. Mais au final on ressemble à des mecs qui sortent d'Auschwitz. La vidéo est vraiment cool, mec.

Tu es content de cet album ?
Je suis hyper heureux. J'avais pas envie de faire un autre album garage. Même si je pense que Champagne Holocaust défonce. Mais j'en retirerais bien quelques tracks. On a poussé le délire un peu trop loin en termes de bruits et d'hymnes funèbres longs de 10 minutes.

Vous commencez à écrire de nouvelles choses ?
Ouais, on a carrément assez de trucs pour faire un nouvel album qui ressemble à du Beach Boys. J'adore, c'est hyper mielleux. On va s'acheter des smokings blancs et changer de style.

J'aime beaucoup la chanson sur Shipman…
C'est un hommage à la chanson I Hear a New World de Joe Meek. Enfin, quand je dis c'est un hommage, c'est juste que je lui ai volé sa mélodie.

Oh et je pourrais écouter Tinfoil Deathstar en boucle…
Ouais elle défonce hein ? Ça ressemble un peu a du Michael Jackson - bom bom bom bom c'est quoi déjà cette chanson ?

Billie Jean ?
Ouais c'est ça ! Ça ressemble à Billie Jean

Je voulais te dire que ce moment où Pat Lyons est monté sur scène pour récupérer votre NME award est le truc le plus incroyable qui n'a jamais été.
C'est ce que je pense aussi. Je lui ai donné mon ticket d'entrée à la cérémonie. Je n'y suis pas allé parce qu'il fallait ABSOLUMENT que Pat y aille. Il est allé voir Michael Eavis pendant la cérémonie et lui a dit "Eh mec, il faut que tu fasses jouer les Fat White à Glastonbury mec". Il a essayé de draguer Blondie aussi. Lias, lui, était défoncé.

J'aimerais que les gens se rendent compte à quel point ce moment est crucial et que c'est génial de voir Pat sur scène, ce mec est une figure des petites salles de concert et des squats du sud de Londres.
C'était incroyable. C'est son quart d'heure de gloire. Il était fait pour ça. 

@fatwhitefamily

Credits


Texte Ian McQuaid