Alle Fotos: Ward Roberts.

l'infaillible romantisme des grands ensembles vides

Le photographe Ward Roberts a documenté les espaces urbains post-modernes partout dans le monde – tout en pastels.

par i-D Staff
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09 Juin 2016, 9:15am

Alle Fotos: Ward Roberts.

Quand Ward Roberts répond au téléphone, un accent hybride s'échappe du combiné. Après avoir grandi entre Honk-Kong et l'Australie, Ward s'est installé à New York. Autant dire qu'il est le produit d'endroits épars - et son art aussi. Rien d'étonnant à ce qu'un homme ayant passé sa vie à voyager d'un horizon bétonné à un autre ait fini par y trouver et y extraire une forme romance. Ses photos d'espaces publics totalement vides font écho aux messages cachés dans les bâtiments, derrière l'acier et le verre. Il voit le motif, la couleur et la gaité où d'autres ne verraient qu'un simple étalement de béton.

En regardant tes photos, je me dis que tu dois avoir un don pour repérer ces espaces urbains, magiques…
Ça va peut-être sembler étrange ou un peu pompeux, mais ça me vient des tripes. Je ressens quelque chose d'étrange quand je suis au contact de tels espaces. Ils résonnent en moi. Je m'y connecte, et je suis vite forcé de les photographier. Je dois capturer cette énergie et la traduire. 

Tu as peut-être un sixième sens, tu peux les sentir quand tu en es proche. Les espaces larges et vides peuvent être à la fois paisibles ou tristes. Comment tu les vois ?
Quand j'essaye de capturer ces endroits, je trouve qu'ils sont assez tristes, mais je ne sais pas pourquoi. Certains endroits, même quand ils sont remplis de gens, sont angoissants, ont des allures de ville-fantôme. Même s'il s'y joue un match de foot.

Pourquoi cette passion pour les villes ?
J'adore le fait de pouvoir traduire ce qu'une ville signifie pour moi. Récemment, j'étais à Hong-Kong pendant deux mois, et ça a vraiment changé ma perception de l'endroit. Je pouvais voir comment les gens se connectaient à l'espace, pourquoi certains bâtiments étaient aussi colorés, et à quel point mon interprétation de cela était différente de celle des autres. C'est très intéressant de voir comment ma perception des choses évolue en même temps que j'avance dans ma vie. 

L'architecture a parfois la fonction de dialogue intergénérationnel entre les gens.
Oui, totalement. À Hong-Kong, New York et dans certaines régions d'Europe il y a des thèmes sous-jacents à certaines villes. Je me sens perdu à Melbourne parce qu'il manque ce thème à la ville. À Melbourne, chaque endroit a sa propre identité et tente de se suffire à lui-même. J'ai du mal à me connecter à l'architecture de Melbourne parce que tu as simplement besoin de choisir une petite chose, un immeuble ou un quartier et te dire "ok, je vais me brancher sur cette partie de la ville".

On a beaucoup parlé de zones urbaines, mais en regardant tes photos, on a aussi une forte présence naturelle dans les villes. Tu ressens cette dualité entre nature et zones construites ?
Bien sûr. C'est intéressant de constater comment différentes villes interprètent la nature et les constructions de l'homme. New York a Central Park en son milieu et des rues parsemées d'arbres. Mais prends des zones comme Brooklyn, Queens ou le Bronx. Il y a 30 ou 40 ans il n'y avait aucun arbre - ça provoque un ressenti assez dangereux, peu fiable. Quand tu fous des arbres quelque part, les gens se sentent chez eux, ils ont le sentiment de faire partie de quelque chose. Hong-Kong donne l'impression d'être 90 villes à la fois, mais elle est entourée de nature. On ne s'attend pas à ça de cette ville. J'ai l'impression que les gens se calment au contact de la nature. 

Et puis, à Hong-Kong ou dans les villes australiennes, la nature paraît fortuite, quand à new York elle est planifiée, organisée.
Toute forme d'ordre méticuleux est bizarre, qu'il soit naturel ou urbain. J'aime à penser que la perfection est l'ennemie de la splendeur. Dès que quelque chose est parfait ou méticuleux, il perd tout rapport avec les humains. On fait tous des erreurs. Dans nos relations, notre travail… Être en vie suppose que l'on passe notre temps à faire des erreurs. Quand quelque chose est trop maintenu, calculé, l'humain se perd, et la connexion avec.

On en revient à l'aspect angoissant dont nous parlions. Les endroits parfaits nous dérangent.
Absolument. 

Credits


Texte Wendy Syfret
Photographie Ward Roberts 

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