comment (ne pas) faire du sport comme une parisienne ?

Elle ne le dit pas mais la légendaire taille de guêpe de la parsienne qui fait fantasmer les américaines n'est pas à imputer aux bienfaits du camembert. Eh oui, elle court. Elle sue aussi. Comme tout le monde.

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févr. 16 2016, 3:20pm

« La course est la plus grande métaphore de la vie. » Ainsi parlait Oprah Winfrey, qui, c'est vrai, raconte souvent n'importe quoi. Mais en matière de running (notons que plus personne ne dit « jogging » depuis la chute de la sarkozie), cette grande penseuse de notre époque avait vu juste. Comme la vie, la course fait mal, la course épuise, la course assèche et on finit tous exsangues, à bout de souffle. Ne dit-on d'ailleurs pas des patients agonisants dans les unités de soins palliatifs qu'ils sont « en bout de course » ? Voilà : la vie, le running, une même trajectoire, une même damnation. Sauf bien sûr, pour certains êtres d'essence divine qu'on appelle « parisiennes ». Telles des libellules, elles virevoltent sur le bitume et butinent l'existence. Alors pour courir - et donc vivre - comme une parisienne, voici 20 règles à suivre au pied de la lettre.

1. La parisienne embrasse la théorie du suréquipement : vêtements techniques trop techniques, chaussures inappropriées à la pratique d'une activité sportive occasionnelle, bracelet cardio-GPS alors qu'elle connaît Paris (pour rappel, elle est parisienne).

2. Depuis qu'elle court, la parisienne porte des couleurs dont elle ne soupçonnait pas l'existence (jaune fluo, rose fluo, vert fluo). Elle apprécie aussi tout particulièrement les vêtements réfléchissants, parce que bon, « à quoi ça sert de courir si personne te voit ? »

3. La parisienne n'a pas acheté son équipement. Elle a des sponsors. Comme les athlètes de haut niveau, les performances en moins.

4. En même temps, ça va quoi, on peut peut-être profiter deux secondes du système non ? Franchement, la parisienne travaille genre comme un chien, dans des conditions super difficiles, le week-end et tout. Mais la parisienne ne travaille que dans la presse, ou dans la mode. Sinon elle n'est pas parisienne. CQFD.

5. La parisienne est inscrite sur Runtastic. Grâce à cette application, ses followers, qui ne travaillent ni dans la presse, ni dans la mode, peuvent admirer ses exploits et se reconnecter avec leur condition d'ectoplasmes obèses et sans volonté.

6. De toute évidence, la parisienne n'a pas besoin de courir : son IMC est inférieur ou égal à 17. Elle préfère cependant attribuer sa maigreur à la pratique intensive d'une activité sportive plutôt qu'à la privation de nourriture. Ainsi, elle peut prétendre être saine mentalement.

7. Depuis qu'elle court, la parisienne pense que son corps est un temple. Du coup, elle dit des choses comme : « mon corps est un temple ».

8. Sur les réseaux sociaux, elle poste beaucoup de photos d'elle avec les hashtags suivants : #nopainnogain #peaceandrun #sofast. Voilà.

9. La parisienne aurait d'ailleurs bien aimé être l'auteur du hashtag #peaceandrun. Posté le 13 novembre, ça lui aurait certainement fait gagner plein de followers.

10. Tel l'État Islamique, la parisienne recrute. Elle cible des individus a priori inaptes à la pratique - dangereuse - du running (risque de tendinites, de claquages, d'infarctus). « Ne t'inquiète pas, on va y aller doucement ! » dit-elle pour entraîner sa victime, qui montre généralement des signes de détresse physique alarmants au bout de 12 minutes. Gambadant loin devant, la parisienne a ainsi le sentiment d'être une sacrée championne.

11. Cela dit, la parisienne vous veut du bien. Elle prodigue d'ailleurs à ses amis de précieux conseils (« Franchement, mets toi au running ! Moi ça m'a changé la vie ! »), et ce, quelques soient les difficultés rencontrées par les amis suscités (cancer, chômage, fausse couche…)

12. Mais ce n'est pas pour cette raison que la parisienne n'a plus vraiment d'amis. Si elle n'a plus de vie sociale, c'est parce qu'elle a mieux à faire. Boire ou courir, il faut choisir.

13. « Je peux pas, j'ai running club »

14. Au running club que la parisienne fréquente en pointillés, il y a beaucoup d'hétérosexuels de sexe masculin qui partagent ses nouvelles valeurs (#nopainnogain #peaceandrun #sofast).

15. La parisienne a des goûts musicaux très sûrs. Mais elle est assaillie par le doute depuis qu'elle s'est rendue compte qu'elle court mieux sur Selena Gomez que sur Kurt Vile.

16. La parisienne court 4 heures par semaine. Mais elle préfère prendre un Über pour aller chez Bio c'est Bon.

17. Quand elle fait son run, la parisienne aime bien répondre aux textos. Elle envoie des choses comme : « peux pas te parler, fais un 10km ». Ensuite, elle sourit à l'intérieur.

18. « Franchement, l'eau de coco, ça hydrate vachement plus que la Volvic. »

19. La parisienne s'entraîne pour le marathon. Elle même n'y croit pas.

20. La parisienne ne transpire pas (peau de bébé) et ses vaisseaux ne se dilatent pas (teint de pêche). Ne nous mentons pas, la parisienne n'existe pas.

Credits


Texte : Sidonie Vercryusse
Photographie : Bertrand Le Pluard