declan mckenna, l'ado le plus engagé et le plus doué d'angleterre

À 17 ans, le jeune chanteur et compositeur vient rappeler qu'il n'y a pas mieux qu'un petit anglais pour faire de la bonne pop.

par VICE Staff
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31 Mars 2016, 5:25pm

On dit souvent de la jeunesse qu'elle est apathique. Declan McKenna, lui, fait de la musique pour prouver le contraire. Du haut de ses 16 ans, ce jeune anglais, sacré à Glastonbury l'année dernière, scande des paroles pleines de sens, loin des thèmes adolescents et des élans émos de ses confrères du même âge, pour dénoncer les exactions des grands de ce monde. Dans son premier titre, Brazil, Declan s'insurge contre la corruption qui ronge la FIFA et exhorte son ancien président, Sepp Blater à reconnaitre ses outrages. Ce mois-ci, il sortait un premier clip court-métrage signé Matt Lambert pour son titre Paracetamol dans lequel il évoque l'histoire tragique de Leelah Alcora, une jeune transgenre qui s'est donnée la mort à l'âge de 17 ans et dont le suicide avait fait scandale en 2014. Dans sa musique, Declan prone la liberté et le respect, deux notions vagues - presque ésotériques - qui reprennent pourtant toute leur substance dans ses textes. Alors voilà, on a pris une petite leçon de sagesse avec le plus jeune des militants de la nouvelle britpop. Rencontre.  

Tu joues plein d'instruments différents, écris tes textes. Comment as-tu commencé la musique ?
J'ai toujours joué de la guitare. Puis je me suis essayé à d'autres instruments au fur et à mesure. Je voulais être capable de produire des morceaux sans avoir à compter sur plein d'autres personnes. À mon âge, il est difficile de se consacrer à fond à la musique.

Beaucoup de musiciens et chanteurs de ton âge commencent la musique en écrivant des chansons d'amour. Toi, tu parles de politique et de corruption. Te considères-tu comme un activiste ?
Je ne sais pas trop. J'écris avant tout parce que j'adore ça.Tout autour de moi m'inspire. Que ce soit les news à la télé, les histoires de mes potes ou les miennes aussi. J'ai commencé à écrire assez jeune, vers 9 ans - mes chansons n'étaient pas dingues pour être honnête. Mais ce n'était qu'il y a deux ans, quand j'avais 14 ans que j'ai commencé à écrire des textes plus profonds, plus engagés. Je pense que c'est important de se servir de la musique pour faire passer un message, une opinion. Les jeunes sont souvent méprisés lorsqu'il s'agit de politique, je trouve ça injuste. La jeunesse doit pouvoir trouver un écho dans la société et s'exprimer sur des questions politiques. Mes amis sont tous créatifs, intelligents et ont plein de choses intéressantes à dire. Et pourtant, on nous considère souvent comme des ados lunatiques voire apathiques. Je cherche à déconstruire les stéréotypes adolescents, c'est pour ça qu'il me paraît évident de porter un message politique en me faisant le porte-parole de toute une jeunesse.

Tu crois qu'un artiste se doit d'être engagé ?
Non je ne suis pas sûr. Certains artistes sont très forts pour faire danser les gens et c'est génial. Leurs émotions passent par autre chose que des mots. Moi j'aime écrire sur la politique, sur ce qui se passe dans le monde, mais ça m'est particulier. Ce n'est en aucun cas un devoir. Ma vie est plutôt tranquille mais lorsque j'observe le monde extérieur, plein de choses me choquent. Je tente de me mettre dans les pompes des autres, d'adopter des points de vue différents pour exprimer des choses fortes. 

Ton EP Paracetamol comprend deux titres très forts, dans le titre Paracetamol tu parles du suicide d'une jeune trans aux Etats-Unis, dans l'autre, Brazil, tu dénonces la corruption dans le monde du football. Ce sont des sujets qui te touchent particulièrement ?
Oui, dans Brazil, je dénonce les exactions des grands de la FIFA et les écarts de richesse qui ont été mis en lumière au moment de la coupe du monde. J'ai trouvé ça hyper hypocrite. Et puis dans Paracetamol, j'ai voulu dénoncer les discriminations que subissent les transgenres. J'ai quelques amis trans et l'histoire de Leelah Alcorn m'a beaucoup touché. On force les transgenres à suivre des thérapies dans lesquelles les médecins tentent de "les soigner". Je ne pensais pas que ce genre de choses pouvait encore exister. Mes amis eux aussi ont enduré ce type d'épreuves, de pressions. J'ai aussi toujours été un grand fan de Bowie. Il faut que les gens puissent vivre leur identité et leur sexualité librement et qu'ils soient libres.

Tu es encore à l'école. Comment est-ce que tu combines tes deux vies ?
Oui c'est pas très simple ! Je vais maintenant suivre ma scolarité par correspondance. Ça ne fait qu'un an que je tourne et qu'il devient difficile de me concentrer sur mes études. Mais j'ai toujours eu du mal à faire passer la musique après l'école ! Je sais que les deux sont tout aussi importants l'un que l'autre. Mes parents sont hyper compréhensifs par rapport à ça, j'ai beaucoup de chance. Ils veulent juste que je sois heureux et que j'avance dans ma carrière de musicien. Mes amis sont hyper fidèles aussi, ils ont toujours été là et me rappellent d'où je viens, constamment.

As-tu eu des mentors ?
Mon grand frère a toujours joué de la guitare donc petit, j'ai voulu faire comme lui. Il avait 18 ans et j'en avais 7 à ce moment-là. Mon père aussi. Ma famille est composée de musicos du coup j'ai baigné dans la musique assez jeune. De façon plus générale, les Beatles et Jimi Hendrix ont toujours été mes idoles ! Oh et puis il y avait le groupe Busted aussi, quand j'étais très jeune.

C'est sur ces bandes-son que tu as grandi ?
Oui, il y avait Wishbone Ash aussi. Mon père était fana. Mon père m'a élevé sur du rock anglais des seventies essentiellement. Du côté de mon frère, il me faisait écouter les Vampire Weekend, les Strokes, ce genre de rock. Puis au fur et à mesure je me suis ouvert à d'autres genres, au hip-hop avec Jurassic 5, Kendrick Lamar, Action Bronson et à l'électro. Je me suis ouvert à d'autres choses.

C'est assez typique de ta génération au final…
Oui c'est propre à ma génération je suppose, on décloisonne tout, on vogue entre différents genres. Ma génération est fluide, à tout point de vue. Et je trouve ça super. Il n'y a plus d'étiquettes et ça fait du bien pour être honnête.

Tu te vois où dans 10 ans ?
J'espère être encore sur scène ! Je sais pas si ma carrière durera aussi longtemps mais j'adorerais. Je serais juste content de jouer devant 200 personnes toutes les semaines. Ça m'irait très bien. Pour être honnête, quand je joue devant un tout petit public, même deux personnes, si c'est deux personnes sont à fond, dansent et chantent, moi je m'éclate. 

Credits


Texte : Micha Barban-Dangerfield 

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