l'afrobeat de young paris va conquérir le monde

i-D a rencontré le rappeur/beatmaker et performeur signé chez le label de Jay-Z, à l'occasion de son concert au festival 100% Afrique à la Villette la semaine dernière. Il nous a parlé d'Afrobeats, le titre de son dernier EP et le cri de ralliement d...

par Malou Briand Rautenberg
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06 Avril 2017, 8:15am

Quand on retrouve Young Paris, le rappeur, performeur et beatmaker s'apprête à monter sur la scène de la grande Halle à la Villette pour le festival 100% Afrique. Si son nom de scène est un clin d'oeil à la capitale française qui l'a vu naître, l'artiste de 28 ans a grandi à New York et ses apparitions sur le territoire français sont encore rares. C'est le festival Afropunk qui l'a révélé au monde entier en 2015 et ses origines congolaises qui ont façonné son univers musical. Un savant équilibre entre le rap East Coast, le jazz, la house et l'EDM, sur des rythmiques africains qu'on retrouvait dès 2014 sur son EP Rap Electronic et sur African Vogue, deux ans plus tard. 

Mais pour rendre grâce au personnage qui se tient en face de nous et qu'on regarde en silence, il faut évoquer son goût et son talent pour la performance, ses chorégraphies scéniques où s'entremêlent hip hop et danse traditionnelle Kongo et s'attarder sur les lignes blanches, énigmatiques, qui zèbrent son visage. Signé chez Roc Nation - l'éminent label de Jay-Z - Young Paris vient de révéler un dernier EP vibrant, Afrobeats. Dans le sillon de Fela Kuti (un de ses mentors et l'inventeur de la fusion des genres), le rappeur congolais y célèbre la pluralité des sons venus d'Afrique au détour de huit titres aux rythmes puissants, syncopés de percussions et de refrains en écho aux musiques traditionnelles de son pays natal, le Congo. L'Afrobeat(s) de Young Paris est un alliage de références, certes, mais c'est aussi une philosophie : transmettre à sa génération la fierté d'être noir et le pouvoir unificateur de la musique. 

Ça te fait quoi de revenir en France aujourd'hui ?
C'est bien, vraiment. C'est ma première tournée sur le territoire et c'est très important pour moi que notre culture soit valorisée ici, dans les festivals et sur scène.

On te voit souvent danser sur scène ou dans tes clips. Qu'il s'agisse des danses traditionnelles africaines (KAKE) ou plus hip hop ( Best of Me). D'où te vient cet intérêt pour la danse ?
Je viens d'une famille de danseurs, j'ai toujours été porté par la danse. J'ai juste mis un peu de temps à l'intégrer à mon univers musical. J'ai commencé la musique par le biais du rap et c'est mon frère qui m'a dit un jour : 'mais il faut faire de la musique qui danse ! La danse, c'est un des piliers de la culture congolaise !' Donc petit à petit, j'ai rappé sur de la musique électro, ajouté des beats et j'ai fini par intégrer la danse à mes clips. Maintenant, c'est une partie de moi. 

Tu qualifies ta musique d'Afrobeats, et c'est également le nom de ton dernier EP. Qu'est-ce que ce terme signifie pour toi ?
J'ai grandi dans la musique africaine : je suis chanteur mais je suis aussi percussionniste, du coup je fais beaucoup de djembé. C'est un instrument qui parcourt quelques-unes de mes prods, que je bosse seul, la plupart du temps. Disons que je mixe les synthés électro aux rythmes africains, c'est un peu le reflet de ma personnalité. J'ai été élevé dans l'amour de l'Afrique, la transmission d'un héritage et de ses valeurs. Pour mon nouveau projet, j'ai écrit I've Been Here Before, un titre qui renoue clairement avec des sonorités jazz. Mais je nourris aussi ma musique d'influences house, électro... Il y a des titres plus doux, d'autres plus agressifs. Alors quand on me demande ce qui définit musicalement l'Afrobeats, je réponds juste que c'est de la musique africaine, le Feel good, comme on dit. C'est le mélange des beats originaires d'Afrique. Avec un message positif à transmettre.

Est-ce que tu t'inscris dans la continuité de Fela Kuti, qui était un des pionniers de la fusion des genres ?
Fela, c'est l'origine de l'Afrobeat : la fusion entre les genres, le jazz, le funk. Quand il a commencé sa carrière au Nigeria, c'était très difficile de se faire une place dans l'industrie et il a réussi, tout en étant un vrai rebelle. Et c'est un thème que je retrouve dans ma musique. Parce que même si je veux faire des sons qui te font danser et te mettent bien, j'ai envie de délivrer un message. Le fait qu'il ait mêlé la célébration de sa culture à des paroles engagées, c'est quelque chose qui me parle vraiment. Le titre de lui qui me revient toujours en tête c'est Water No Get Enemy. C'est une chanson hyper symbolique, forte parce qu'elle parle du pouvoir de l'eau et du danger qu'il y a à en faire la source de tous les conflits. C'était un grand homme.

Tu peux me parler de ton maquillage ? De sa symbolique ?
Mon père a co-fondé le ballet national du Congo. À sa création, dans les années 1970, les danseurs réalisaient eux-mêmes leur maquillage de scène et tous reflétaient leur appartenance à un village à travers des couleurs, des symboles. Si je me peins le visage en blanc, c'est pour rendre hommage à mon père. Le blanc est la couleur des esprits, des ancêtres. Quand mon père est mort il y a quatre ans, j'ai ressenti le besoin de célébrer son héritage. C'était important pour moi de me présenter comme ça au public. Parce que le maquillage sert à célébrer la culture africaine, sa beauté, mais aussi la spiritualité qui fait partie de son histoire.

C'est important pour toi la spiritualité ?
Evidemment. C'est un vecteur essentiel pour comprendre et entendre la musique. Et je suis quelqu'un de très spirituel.

Dans ton titre Best of Me, remixé sur ton dernier EP, tu expliques à quel point il est important d'être fier de sa mélanine. Tu as aussi créé un collectif en parallèle de carrière de musicien, « Melanin »…
Je parle de ce que je connais, de la science, aussi. Si j'ai appelé ce collectif Melanin, c'est pour valoriser l'existence des gens de couleur. Quand j'étais jeune, j'ai beaucoup vécu la discrimination raciale - comme tous les noirs aux Etats-Unis. J'ai grandi avec le racisme. Et face à ces phénomènes, toutes les personnes de couleur devraient être conscientes que la mélanine est une substance neurochimique présente dans la terre, les éléments, et nous. Et je veux dire à tous les gens de couleur qu'ils peuvent être fiers de leur mélanine. J'ai créé le hashtag #Melaninmonday et les événements du même nom pour cette raison.

C'est comment d'être un artiste noir aux Etats-Unis en 2017 ?
Ferguson, Michael Brown… C'est notre quotidien la discrimination, là-bas. Le racisme est banalisé, complètement normalisé. Donc si je peux participer à la valorisation de toutes les cultures africaines, à porter des valeurs dont il faut être fier, c'est bien. Beaucoup d'Afro-Américains ne connaissent pas leur culture, ni leurs racines. J'essaie juste de réunir ces deux histoires dans ma musique, sans les confronter mais en les valorisant. Parce que je pense qu'à force d'effacer son passé, on finit par être perdu et déraciné. J'aimerais que les nouvelles générations soient fières de leur héritage.

Il y a des artistes français qui ont retenu ton attention dernièrement ?
J'écoute pas mal de Français… J'ai des jeunes d'ici qui m'envoient plein de nouveaux sons tout le temps. J'aime Booba, j'aime Sexion d'Assaut, j'aime MHD. D'ailleurs, je l'ai rencontré via Dj Peet la semaine dernière. On a parlé un peu ensemble. Si je rappe sur un beat de MHD, ça va danser, forcément. Parce qu'il fait de l'Afrobeat, lui aussi. Je ressens une nouvelle énergie, une nouvelle vague qui touche aussi la France ces derniers temps. Tout se réinvente. L'Afrobeats pour moi, c'est le nouveau hip hop. La même force de frappe, le même engagement, en moins négatif. C'est la musique d'une génération. 

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg
Photo : David Abrot 
Young Paris est habillé en Kenzo

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