oko ebombo, le black bowie français

Le chanteur livre à i-D en exclusivité son nouveau titre cosmique.

par Micha Barban Dangerfield
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23 Juin 2016, 11:45am

Oko fait partie de ces artistes que l'on ne saurait situer ailleurs qu'à la marge. La marge de tout. Enfant du 10ème, artiste multidisciplinaire et être hybride, Oko enchaine les mues sans jamais se plier à la règle. Il est en train de créer un nouvel ordre cosmique - le sien. Danseur, acteur, performeur, poète, chanteur et musicien, son âme de vieux jazzman rappelle le New-York des années 1970 quand l'art se désencombrait de toutes ses limites et élargissait, jusqu'à l'infini, ses champs de possible. Sa liberté - son étrangeté aussi - rappelle des mecs comme Bowie. Il l'a bien compris d'ailleurs. Aujourd'hui il sort son nouveau titre Black Bowie, en exclusivité sur i-D, et rend hommage au grand Ziggy qui, un jour quelque part dans New York, a posé son regard prophétique sur l'artiste français et lançait de sa voix lourde : "What a shadow !". Rencontre du troisième type.

Tu sembles très attaché à la ville, à l'urbain. Parle-moi d'où tu viens.
Je suis né et j'ai grandi à Paris dans le 10ème, rue Bichat. J'étais hyperactif petit, dès l'âge de 5 ans je passais mon temps à traîner dehors, mendier, dormir chez les autres... Au début de l'adolescence j'étais à la DASS. La rue c'est mon école, le jour avec les gens, la nuit avec la solitude. Elle m'a beaucoup appris.

Ton groupe 19, rassemble des musiciens provenant de plein d'endroits différents. Comment s'est-il formé ?
J'ai commencé mon projet entre Paris et Portland (Oregon) en 2008. C'est avec Johnny Jewel ( Chromatics - Italians do it Better ) que j'ai trouvé le nom du groupe. C'est aussi dans cette ville que j'ai écrit mon premier titre Naked Life. Portland est la première ville à m'avoir soutenu en tant qu'artiste protéiforme. J'étais plus dans la performance, les happenings, l'art visuel que dans la création musicale. Mon but était de pouvoir partager mon univers avec le plus de gens différents, de différents pays et de différentes villes. Plus tard, le projet s'est développé à Tokyo puis à New York. Depuis 2010 je travaille avec Clément Loubens #LOUBENSKI avec qui je collabore à la composition de notre musique. Aujourd'hui, Nous sommes 3 avec Daniel Malet #DANI, tous basés à Paris. Selon la scène et les performances j'invite d'autres musiciens. En général des gens qui collaborent avec moi depuis le début du projet.

Tu es performeur mais aussi danseur. C'est quoi pour toi, la danse ? Comment y as-tu été initié ?
Je suis performeur depuis petit. C'est pas la danse qui m'a mené à la musique. C'est plutôt mes films, mes écritures, mes photos. J'ai eu l'envie de sortir mes mots à vive voix, raconter mes propres expériences de vie. Il n'y a qu'un seul mot pour ma danse: c'est la liberté, c'est ma liberté. J'ai été initié par mon père 'MUCHACHO EBOMBO'. Artiste peintre. C'est de famille.

Tu n'as de cesse de te balader entre la poésie et le mouvement, l'image et le chant. Il tient à quoi l'équilibre entre tous ces éléments de ton art ?
En 2007, j'ai créé un projet qui s'appelle Vizioneer - Vision near (but Far). C'est une collection de poésies sous différents médiums. Le but étant le message. Je n'ai pas de règle pour transmettre un message. Je m'exprime par mon émotion et c'est par elle que je me laisse guider. C'est mon équilibre. Des créations plus faciles d'accès avec 19. Des créations plus expérimentales et libres avec Vizioneer.

Ton univers est très jazz aussi. Qu'est ce qui t'inspire dans cet univers musical ?
J'aime beaucoup John Coltrane, Mile Davis, Sun RA... mais mon jazz vient des sonorités de la rumba congolaise et des influences afrojazz. Je suis d'origine du Congo, de Brazzaville. Chez nous on écoute Franco et le TP Ok Jazz : 'on entre ok, on sort kao '. Ce sont de longues ballades envoutantes. Les cuivres et les guitares sont souvent utilisés pour exprimer la douleur. Mon style de musique est un mélange de mes origines, ma danse, ma poésie et mes expériences de vie. C'est mon Jazz De Rue.

De quoi parle le morceau Black Bowie ? De toi ?
Quand j'ai sorti ma vidéo Naked Life, les gens me surnommaient Black Bowie, je ne l'ai jamais pris au sérieux. Mais c'est resté dans ma tête et au fur à mesure, je me suis rendu compte de beaucoup de points en commun. En 2013 j'habitais à New York sur Mulberry Street. Je m'amusais à sortir la nuit avec le costume que je porte dans ma vidéo. Je chantais Naked Life a cappella sur Broadway Lafayette. J'ai croisé quelqu'un dans la rue, il s'est arrêté, il m'a fixé, et m'a dit " What a shadow" et il est parti. Plus tard en parlant avec un ami je me suis rendu compte que c'était David Bowie et que j'habitais à 100m de chez lui. Alors j'ai commencé à écrire BLACK BOWIE. Oui, Black Bowie c'est moi, Black Bowie parle de moi, Black Bowie parle de l'enfance à l'âge de la maturité, en rendant hommage à David Bowie .

Parle-moi de Naked Life. Qu'est-ce qu'on y trouve de toi ?
"Naked life" c'est la vie à nue. On y retrouve mes premiers mots, mes premières émotions, l'enfance, un début de vie. C'est un EP brut, conçu entre Paris, Portland, Londres et New york; Il raconte une histoire, un chemin. Je ne peux pas vous en dire plus. Je préfère vous laisser découvrir la musique ce Vendredi à la Maroquinerie .

Si tu pouvais sauver le monde, tu t'y prendrais comment ?
Je chanterais pour le Monde. Je donnerais le meilleur de moi-même sur scène avec 19.

Oko Ebombo sort son EP Naked Life vendredi 24 juin et fêtera ça à la Maroquinerie.

Credits


Photo : Frank Lebon
Texte : Micha Barban Dangerfield

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