myd, un français à atlanta

Le producteur français, quatrième homme de Club Cheval et fidèle de Brodinski, s'échappe de l'hexagone pour prêter son talent à la jeune garde d'Atlanta. Ça donne « No Bullshit », et ce n’est que le début.

par Antoine Mbemba
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06 Décembre 2016, 12:55pm

Myd fait partie de ces personnes discrètes, dont l'influence s'étale à l'infini. Un producteur dont la versatilité fait toute la saveur et l'envergure. Un artiste qui se rode à l'électro depuis longtemps et qui fait les beaux jours de Bromance avec ses potes lillois de Club Cheval depuis 2010. Un artiste qui manie aussi bien la pop qu'une house goût 1990 ; qui s'ouvre au rock, à la folk tout en faisant vibrer l'underground d'Atlanta. Cette année, la ville du sud des Etats-Unis a explosé au monde comme une évidence. On ne peut que se réjouir que des Français comme Brodinski et Myd aillent mettre leur art au service de kids locaux, tous plus talentueux les uns que les autres et tous nés dans une marmite de trap saupoudrée de lyrics lucidement existentiels. L'un des premiers témoignages de cette connexion (durable, on l'espère) France / Atlanta, se joue sur No Bullshit, en featuring avec Twice et Lil Patt et dont le clip est sorti hier. Si l'on en croit Myd : « Le morceau que j'attendais pour raconter ce que j'ai découvert et que je kiffe à Atlanta : de la créativité, de la lumière et de la danse. »

Electro, pop, house, rap… Il y a un genre auquel tu ne t'es pas essayé qui te tente encore ?
Oui, heureusement, je n'ai pas encore 30 ans et ça me rendrait vraiment triste de ne plus être excité par l'exploration. Je reviens de Los Angeles où j'ai bossé avec des groupes de rock et de folk, avec de nouvelles idées et de manières de travailler. J'espère que ça ne s'arrêtera jamais !

Pourquoi « No Bullshit » ?
C'est ce que raconte Twice, un des rappeurs du titre, dans le refrain. Il nous raconte qu'il passe un été parfait. Il a peut-être fait des conneries et pourrait avoir une vie meilleure, mais il est heureux ; alors pourquoi on vient le faire chier pour des conneries ? Les lyrics du morceau étaient hyper importants pour moi. Je n'aurais jamais voulu signer un single qui raconte quelque chose qui ne me parle pas.

Comment s'est montée la collaboration avec Twice et Lil Patt ?
Je suis allé plein de fois à Atlanta avec Brodisnki lorsqu'on bossait sur son album Brava. J'avais déjà fait des instrus pour des rappeurs de là-bas comme Bloody Jay ou les Slimes mais comme les morceaux collaient toujours plus aux rappeurs, ils finissaient par sortir sur leurs mixtapes. J'ai fait l'instru de « No Bullshit » pour le projet d'une pote chanteuse mais j'étais tellement excité par l'instru que je l'ai aussi envoyée à Louis (Brodinski) car je savais qu'il bossait avec ces kids de YSL. Il m'a renvoyé le lendemain ce qui est devenu « No Bullshit ». À la première écoute, je savais que ce serait mon prochain single, c'est le morceau que j'attendais pour raconter ce que j'ai découvert et que je kiffe à Atlanta : de la créativité, de la lumière et de la danse.

Qu'est-ce que tu penses de cette scène montante d'Atlanta dont ils font partie ?
Ils ont d'abord une spontanéité qui est sûrement due à leur âge. Ils viennent en studio par plaisir et posent sans se questionner. Ensuite, ils ont l'audace de poser sur des instrus qui ne sont pas que de la trap. Je me souviens de Brodi qui venait en studio avec des beats de Gesaffelstein hyper étranges. Au lieu de se braquer, les kids disaient : « Si je n'arrive pas à poser là dessus, je suis une merde ! »

En quoi tu t'y retrouves ?
Je m'y retrouve car c'est par les accidents et la spontanéité en studio qu'on fait les plus beaux morceaux. C'est surtout grâce à Kore que j'ai appris ça. C'est fou comme il porte attention aux fulgurances, même minimes, qui naissent en session.

La ville est en ébullition créative, tu y vois une tendance éphémère ou les bases durables d'une nouvelle identité sonore ?
Atlanta a déjà une identité forte. Je ne pense pas que ça soit éphémère, pour moi des mecs comme Future ou Young Thug ne sont que le début d'une vague de superstars nées à Atlanta. Vu le potentiel et le nombre de kids qui rappent 24h/24 là-bas, ça ne peut que durer.

Même si la géographie n'est pas comparable, tu penses que c'est quelque chose qu'on pourrait voir en France, un mouvement musical majeur décentralisé ?
C'est assez compliqué de comparer en fait. En France c'est compliqué de faire de la musique sans passer par Paris. En rap français on pourrait parler d'une scène marseillaise pourquoi pas... Mais venant moi-même de Lille, je ne pense pas qu'il soit possible de développer un projet sans passer par Paris, c'est là que sont les radios, les médias et les studios.

Qu'à Paris qu'Atlanta n'a pas, et inversement ?
La vie à Paris ressemble à la ville : crue, agressive et toujours dans l'action. Atlanta est une ville à double facette, il y a la vie le jour, avec ses grands espaces, ses forêts ensoleillées et ses banlieues résidentielles. Et la vie la nuit, dangereuse et créative où tout peut arriver. J'adore cette ambivalence, j'aime la nature et le soleil la journée et être enfermé en studio la nuit. C'est inspirant. Ça me manque parfois.

Si tu devais nous faire le teaser du projet Young Slime Season ?
Brodinski a pris un crew de treize kids d'Atlanta, sûrement les plus créatifs d'aujourd'hui et tous adoubés par Young Thug, pour poser sur seize morceaux produits par la nouvelle génération de producteurs autour de Brodinski et de ses projets. Parmi ces producteurs, on peut compter sur Myth Syzer, Ikaz Boi, Ryan Hemsworth et moi-même. Si Brava était le point de départ de l'aventure de Brodinski à Atlanta, cette mixtape marque une vraie étape dans la connexion Paris / Atlanta.

Credits


Texte Antoine Mbemba