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i-D a passé 8 minutes avec usher chez chanel

Et il a eu le temps de nous parler de Kate Moss, d'Hillary Clinton et de l'histoire afro-américaine. Et d'aller saluer Karl Lagerfeld. Le tout en citant James Brown. Pas mal, non ?

par Tess Lochanski
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06 Octobre 2016, 1:30pm

Usher porte une veste en gabardine de coton surpiquée de bords en tweed de la collection PAP Croisière 2017 et des badges en résine et strass de la pré collection Automne-Hiver 2016

Comment as-tu trouvé ce défilé printemps/été 2017?
Je l'ai trouvé très intéressant. L'utilisation de la matière était incroyable. Je ne dirais pas que c'était une utilisation inhabituelle des couleurs, parce que je pense qu'on était dans la représentation de cette idée de la rue, du hip-hop. Les casquettes, les gros bijoux… Cette culture prend lentement le pas sur le consommateur plus conservateur.

Chanel a été l'une des premières marques à vraiment démocratiser la mode, la rendre plus pop … Tu trouves que la mode en général s'est ouverte à cette manière de voir les choses ?
Oui, totalement. Les marques ont des consommateurs à prendre en considération, mais ils prennent quand même ce genre de libertés et de risques sur les podiums. Donc je suis assez heureux d'avoir eu ce défilé comme première expérience.

Si Chanel fait du hip-hop, est-ce que ça veut dire que le hip-hop est partout désormais ?
Je pense que c'était inévitable. La rue, c'est d'où tu viens, ce que tu ressens, peu importe que tu portes une veste, des boots, un jean, un baggy. La rue, c'est un mélange éclectique. Donc oui, la rue est désormais partout. Peu de gens portent des uniformes aujourd'hui qui correspondent à leur rôle dans la société, leur métier. Aujourd'hui, s'habiller, c'est du métissage. Qu'on soit Chanel ou la rue.

Je sais que tu es fan d'art contemporain, qu'en est-il de la mode ?
C'est la même chose, je pense. Les deux sont des formes d'expression, qui soutiennent l'idée de préservation. La préservation d'une culture, d'une idée. Les deux visent à convaincre, chacun à leur façon. De toute façons, je suis persuadée que toutes les formes de création sont intimement liées. L'autre jour on m'a demandé : « Tu penses qu'il y a un lien entre la musique et la mode ? » Bien sûr ! Hier, je discutais avec une jeune fille qui me disait « Kate Moss a inventé le grunge ! » Une affirmation assez ahurissante, mais ça se tient : Moss a fait partie de cette culture, elle l'a préservée dans la mode. La mode est le témoin des mouvements culturels, au même titre qu'un disque, une photo. La mode est donc un patrimoine à conserver.

Si Kate Moss a inventé le grunge, qui a inventé le hip-hop alors ?
Il s'est créé tout seul. C'était juste une question de spectacle, de ce que tu choisis de porter, de ce qui te représente. Dans la rue, si t'es breakdancer, tu as besoin de liberté de mouvement… Après ça dépend de quelle rue tu viens, si tu viens du Bronx, de Brooklyn, du Queens. Ça rend des combinaisons différentes, de chaussures, etc. Mais le r'n'b c'est totalement différent. Tout réside dans le spectacle, dans ce que tu choisis de porter pendant le show. J'ai eu l'une des plus belles conversations de ma vie avec James Brown, qui me disait « Hey, si t'es tout le temps prêt, t'as pas besoin de te préparer ! » Et c'est vrai. Du coup il portait tous les jours des costards de dingue. Il a fondé toute cette idée, d'être toujours « prêt ». Et c'est pour ça que derrière tu as un Prince, un Michael Jackson. Grâce à sa poursuite du spectacle, du divertissement. C'est devenu son art.

Tu as une superbe carrière, tu as vendu des millions d'albums, produit plein de tubes, aidé des talents comme Justin Biber à émerger… De quoi es-tu le plus fier ?
D'avoir pu contribuer à la culture, à l'art. Ce que j'ai fait, mes rencontres, mon travail a d'une façon ou d'une autre nourrit l'imagination des gens. Mon plus grand bonheur, c'est de faire partie, de participer à une émulation créative globale. Je suis heureux de contribuer à tout ça.

Comme depuis le début de ta carrière, tu continues à collaborer. Le dernier featuring en date, c'était avec Young Thug. Tu te vois comme le parrain de cette nouvelle génération ?
Je me vois plus comme le filleul ! Je ne pense pas être assez âgé pour prétendre être un parrain. Mais d'une certaine manière, j'imagine qui j'ai permis le succès de certains talents, que j'ai ouvert des opportunités à d'autres en introduisant cette culture à grande échelle, en créant ces fusions entre R&B et hip-hop, en brisant les barrières. Aujourd'hui, les barrières n'existent plus vraiment dans la mode, la musique ou l'art. Il ne reste que notre interprétation, libre. Mais je pense avoir clairement passé plus de temps que tout autre à me concentrer sur la jeunesse et la nouveauté, le futur. Et aussi à préserver ce qu'il y a de beau dans le passé, d'où les fusions. Je perçois l'art comme en mouvement constant.

Où va le RnB aux Etats-Unis selon toi ?
C'est l'histoire sans fin d'une culture bien plus profonde que ce qu'on y voit. Ça remonte à l'Afrique, à la diaspora et toux ceux que l'on a perdu avec l'esclavage. Les noirs ont apporté à l'Amérique une culture, un style, une musique. Toutes ces choses vivent et demeurent dans notre mouvement. Donc pour moi, prêter attention à tout ça, donner vie à tout ça et s'assurer que les gens le comprennent bien : c'est aussi de l'art. De l'art en mouvement.

L'Amérique et le monde traversent une période difficile…
J'essaie de me concentrer sur les solutions plutôt que sur les problèmes, mais je ne peux pas l'ignorer, oui. C'est tellement flagrant. En Amérique, les gens de ma couleur de peau ont été persécutés pendant bien trop longtemps. Ce sont les conséquences de notre passé commun. On a été amené en Amérique en tant qu'esclaves, et même si l'on s'est émancipés depuis, ça ne change pas cette réalité, trop ancrée, et le regard des autres sur nous. Mon autre théorie, c'est qu'il y a énormément de peur, on manque cruellement d'empathie et de compréhension. Quelque chose est en train de se passer. Je ne saurais pas te dire quoi, mais il est primordial que les citoyens américains prennent le vote au sérieux. Aujourd'hui plus que jamais, il faut aller voter.

Si tu pouvais faire un vœu, ce serait quoi ?
Qu'Hillary Clinton soit la prochaine présidente des Etats-Unis.

Credits


Photographie : Axel Morin