8 djs et productrices qui ont fait l'année 2017

i-D rend hommage aux femmes qui nous ont fait danser toute l'année.

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nov. 30 2017, 12:11pm

Il y a quelques jours Resident Advisor, l'ultime site de référence de la musique électronique signait une déclaration coup de poing en annonçant la fin de son classement mythique des 100 meilleurs DJ de l'année. Un rendez-vous annuel incontournable qui donnait la possibilité aux fans de célébrer les DJ's qui ont fait les temps forts de l'année. Mais pas seulement, car en 10 ans, les enjeux de ce classement ont évolué jusqu'à devenir clairement financiers. Une hiérarchisation redondante, et complètement coupée des réalités de la scène : « Nous avons pris conscience d'un sentiment sans cesse grandissant lors du classement de l'année 2016, l'homogénéité des résultats ne représentait absolument pas la diversité de la scène. Dominé par les hommes venant d'Europe ou des États-Unis de façon complètement écrasante. […] Il est pour nous aussi important de rappeler que la dance music est une forme artistique née dans les communautés queer et façonnée par les personnes de couleur. »

Ainsi, Resident Advisor balaie d'un revers cette tradition dans un épilogue qui permettra sans doute d'initier des débats sains assortis d'actions concrètes. En effet, si les femmes et les minorités se font plus nombreuses sur ce terrain, la pratique du DJ-ing et de la production de MAO (ndlr : musique assistée par ordinateur) sont encore des disciplines composées d'une majorité masculine écrasante. Oui, les inégalités de salaire sont aussi monnaie courante dans ce milieu où les femmes DJ’s gagnent toujours moins de la moitié de ce que gagnent les hommes. Toutefois même s’il est crucial de relever les dynamiques de pouvoir, les identités collectives, nul n'exclut de saluer la singularité des trajectoires individuelles. Et c'est à ce titre qu'i-D a choisi 8 de ses DJ/productrices favorites de l'année 2017 sans ordre de préférence, ni souhait d'exhaustivité. Une simple célébration, portée par l'amour du dancefloor.

MILEY SERIOUS
Membre du collectif TGAF, Aurore aka Miley Serious est un électron libre. Oscillant entre l'analogue et le digital, elle chérit toutes les époques et tous les genres. Originaire de Toulouse, elle s'est d'abord révélée au sein du groupe punk-hardcore Olympic pour se tourner ensuite vers le monde de la musique électronique, avec toujours en toile de fond, une approche DIY. Adèpte de fanzines, de house lo-fi et de cassettes, la DJ audacieuse a lancé ce mois-ci son propre label 99cts. Loin de surfer sur la nostalgie, elle conçoit cette nouvelle aventure comme la promesse d'une acid house expérimentale et ludique.

MANARA
Manara est la DJ favorite de vos DJ favoris. « The DJ's DJ. » La Londonienne a parfait l'art de la customization. Chaque hit UK Funky, hip-hop ou R&B est ornementé, déformé, édité par ses soins, et c'est à ça que tient la singularité des DJ sets de Manara. Qui d'autre qu'elle pour jouer un remix version Bollywood de « A Milli » de Lil Wayne ? Son émission BBC AZN Network sur Radar Radio avec ses acolytes 2SHIN et Sweyn Jupiter sert irrémédiablement de laboratoire : « Le succès des soirées, ou même de la musique ne peut pas simplement tenir à l'image, et justement la radio ne permet pas les faux-semblants et apporte une authenticité qui se fait rare. »

OKO DJ
Dans un petit club bouillonnant ou un festival en Province, quand OKO DJ passe derrière les platines, un voyage musical périlleux mais interstellaire se présage. Membre du label BFDM, la DJ confectionne des bandes-son à la fois futuristes et intemporelles : synth-pop léchée des années 80, drone ou encore musique expérimentale, OKO DJ n'hésite pas à s'aventurer sur des terres plus lointaines avec le show Synchronisme ou Barbarie qu'elle co-anime sur LYL radio. Elle joint à elle des artistes féminines dans son émission Pu$$y Nightmare, une parenthèse à la fois exigeante et récréative qui donne à voir l'ampleur de l'éclectisme d'OKO DJ.

SAMA
Sama découvre la techno un peu par accident dans un club libanais : « J'ai découvert cette musique par hasard alors que Satoshi Tomiie jouer dans un club à Beyrouth. Pour moi ça a été une révélation, je voyais la musique sortir mais pas d'instruments » expliquait-elle sur Radio Nova .i-D l'a rencontrée pour la première fois en juillet 2016 pour parler de la force de l'underground palestinien. Venue tout droit de Ramallah en Palestine, la DJ et productrice raconte comment la musique est relayée au troisième, voire quatrième plan dans son pays natal pris dans les griffes d'une guerre incessante. Les priorités se situent ailleurs, pourtant Sama n'a pas reculé devant cette nouvelle curiosité techno. Elle la décortique et la maîtrise à la perfection, forte d'un diplôme en ingénierie du son et en production musicale. Installée à Paris, elle s'illustre par des DJ sets généreux, mettant à l'honneur une techno tribale à la fois savante et efficace.

KLEIN
Klein tord et altère sa voix déjà caverneuse, comme une version hallucinée de la chanteuse de gospel Kim Burell. Fascinée par le R&B de Brandy et B2K, elle prend un malin plaisir à gratter la surface brillante de ces images d'Epinal et d'en retirer toutes les paillettes pour ne garder que l'étrange et le confus. En septembre dernier, la Nigériane sort Tommy sur le légendaire label anglais Hyperdub. Mélange de noise, de musique expérimentale et de soul, Klein se distance toujours de sa démarche par l'humour. Elle n'hésite pas à explorer les tréfonds et la complexité de l'âme humaine en samplant des passages de Love and Hip-Hop, l'émission de télé réalité américaine. Autant vous dire que l'ennui n'est au programme avec la jeune productrice.

BONAVENTURE
Soraya Lutangu aka Bonaventure est une jeune productrice de Lausanne installée à Berlin. Elle utilise la musique comme un outil de recherche sur l’identité pour relier ses influences africaines et européennes et remettre en question les relations humaines. Dans son EP Free Lutangu, Bonaventure explore les thèmes du traumatisme, du drame familial et de la menace d'une domination noire (à la façon du duo rap Public Enemy dans Fear of A Black Planet). Synthés sombres et inquiétants, rythmes ténébreux et intrépides, la productrice rend la violence d'un système soudainement audible. On retrouve dans son titre « Supremacy » un sample du discours légendaire de Sister Souljah : « I want to tell young black people that we are at war. » Qu'il s'agisse de sa collaboration avec l'artiste et écrivaine Hannah Black ou de ses projets solo, le travail de Bonaventure est élégamment intransigeant.

LIYO
À quand remonte la dernière fois que vous avez vraiment été à deux doigts de pleurer de joie dans un club ? Les DJ Sets de Liyo vous prennent au coeur par une sélection minutieuse et excitante : R&B, house, dancehall, baile et funk et trap, elle fait fi du genre mais tisse une continuité, une toile de fond sonore qu'elle peint avec distinction. Ce qui prime c'est la pureté des émois adolescents, et l'amour radical : afro-trance passionnel, reggaeton luxuriant et cadencé. Également l'une des têtes pensantes des soirées HEARTBROKEN depuis plus de 2 ans, Liyo et son équipe ne proposent pas qu'une simple fête mais animent une véritable communauté alternative qui réunit tout un tas d'amoureux de la musique autour de valeurs communes.

COUCOU CHLOÉ
Coucou Chloé est à la croisée des mondes entre une trap tordue mais sensuelle et un ethos techno. Voix démoniaques et bruits de chaînes, de portes qui grincent, des images étranges qui s'enchaînent, la musique de Coucou Chloe est destinée aux téméraires. Son premier EP Erika Jane est un chef-d’œuvre du genre : vocoder extraterrestre sur synthés froids, kicks féroces et teutoniques à la manière du gabber, rythmes haletants. Elle collabore avec la fine fleur de la musique électronique comme Sega Bodega et Shygirl (avec qui elle forme le crew NUXXE) ou encore la suédoise KABLAM. La musique de la productrice et DJ française a déjà séduit outre-atlantique, puisque Rihanna l'a choisie pour signer la bande-son du dernier défilé Fenty Puma.