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Laura porte un top Kenzo et une bague Bulgari

laura harrier, la nouvelle icône pop et politique d'hollywood

Marion Raynaud Lacroix

À l'affiche de Blacklansmann, le nouveau film de Spike Lee en compétition à Cannes, Laura Harrier foulait le tapis rouge pour la toute première fois. i-D l'a rencontrée.

Laura porte un top Kenzo et une bague Bulgari

Des rêves, du stress et des papillons dans le ventre – les premières fois sont un mélange de sentiments contraires, qui une fois dominés, donnent souvent envie de recommencer. Ce trouble, c'est peut-être celui qu'a ressenti Laura Harrier - à l’affiche du nouveau film de Spike Lee - lorsqu’elle a foulé le tapis rouge cannois pour la toute première fois. « J'étais hyper stressée mais nous avons eu droit à une réaction magnifique, la standing ovation était tellement longue que je n'arrêtais pas de me demander : 'est-ce que c'est comme ça à chaque fois ?' C’est tellement impressionnant que ça en devient presque irréel » confie la comédienne de 28 ans, quelques minutes avant d'accompagner Adam Driver et John David Washington à la conférence de presse donnée pour le film - durant laquelle Spike assénera, dans un silence de plomb, de violentes flèches à l’encontre du président Trump.

Car si certaines séquences prêtent à sourire (et même à rire franchement), Blacklansmann n'en demeure pas moins un film puissamment politique. L'histoire se déroule dans les années 1970, en pleine lutte pour les droits civiques, lorsque le premier officier noir entre en fonction à Colorado Springs. Il s’appelle Ron Stallworth (John David Washington) et avec son collègue Zimmerman, (Adam Driver), il va tenter d’infiltrer le Ku Klux Klan pour dénoncer les crimes commis par les cavaliers blancs. Dans ce monde d’hommes, où le racisme s’exprime aussi bien sous la forme d’agressions physiques que verbales, Laura Harrier est Patrice, une jeune femme déterminée à la tête d’un mouvement de lutte pour les droits des Noirs, qui va éveiller Ron à sa condition et l'encourager à se révolter contre une situation qu'il n'avait jamais réellement questionnée auparavant. Verbe haut, poing levé et afro impeccable, son personnage combat un système d’État qui opprime, maltraite et assassine les Noirs en toute impunité. « Je crois qu’on est tous, d’une manière ou d’une autre, reliés à cette histoire des États-Unis. En tant qu’afro-américaine ayant grandi à Chicago, je le suis forcément encore plus ! confie Laura Harrier. J'étais déjà très intéressée par le mouvement des Black Panthers, par l'histoire des afro-américains avant de commencer le film. Mais travailler sur cette histoire m’a appris beaucoup de choses ! »

L’événement créé par la venue de Spike Lee le confirme : le réalisateur occupe une place de choix dans le cœur des cinéphiles, de la critique et du grand public. « J'ai grandi avec les films de Spike Lee, ils ont bercé mon adolescence donc c’était forcément un rêve de travailler avec lui. » Quand elle raconte comment elle a appris la nouvelle, son visage s’anime avant d'éclater de rire : « J'étais en vacances avec des amis en Grèce et j'ai reçu un appel dont je ne connaissais pas le numéro. Quand j'ai décroché, j'ai entendu une voix qui disait "Salut, c'est Spike Lee, tu es où ?" Je lui ai dit que je n'étais pas sur New York et qu'on pouvait se voir la semaine d'après. Il m'a répondu "non, ça va pas être possible, je veux te voir jeudi, fini les vacances ! " et il a raccroché. On était mardi ! Je sautais partout et forcément, j’ai pris le premier vol pour New-York. »

Révélée au grand public par son rôle dans Spiderman, Laura est aussi à l’affiche de Fahrenheit 451, un film de Ramin Bahrani adapté du roman dystopique de Ray Bradbury et présenté en séance de Minuit à Cannes. Sur la terrasse ensoleillée du grand hôtel dans lequel on la rencontre, Laura semble pourtant détendue. Aurait-elle imaginé, un jour, se retrouver dans une telle situation : « Pas comme ça non ! J'avais des espoirs, des rêves et des désirs mais je crois que je n'étais pas en mesure d'imaginer que quelque chose d'aussi incroyable pouvait m'attendre. »

Le temps presse, autour d’elle, attachés de presse et publicistes tourbillonnent, frayant un passage à Spike Lee qui donne une interview dans la pièce d’à côté. Calme, posée, elle remet ses lunettes noires sur son nez et marque une pause avant de répondre à notre dernière question : si elle pouvait remonter le temps, que dirait-elle à l’adolescente qu’elle a été ? « Je lui dirais d’être elle-même, de prendre les choses cool. De ne pas faire semblant d'être une autre, car elle est tout à fait à la hauteur ! » On s'en souviendra pour toutes nos prochaines premières fois.


Crédits

Photographie Daria Kobayashi Ritch
Stylisme Britt McCamey
Coiffure Christian Marc at Forward Artists avec Unite et IGK
Maquillage Lottie at Lowe&Co avec Dior
Set design Kelly Fondry
Assistant photographe Derec Patrick