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pourquoi l'occident est-il si fasciné par l'adolescence (le pire age qui soit soyons honnêtes) ?

​La jeunesse est une obsession. Dans le cinéma, la mode, la pub, l’énergie du jeune âge est l’ultime gagne-pain qui nourrit les fantasmes. Mais qu’est-ce qui rend le difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte si fascinant ?

par Felicity Kinsella
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09 Mars 2016, 9:24am

"À ton âge, tu ne connais pas encore les souffrances de la vie". Dans le film Virgin Suicides, c'est en ces termes que le docteur s'adresse à Cecilia Lisbon. Elle répond alors, "Manifestement docteur, vous n'avez jamais été une fille de treize ans." Être jeune peut être atrocement difficile. Rien n'est important, et tout est important à la fois. Les plus grands tracas n'ont pas encore pointé le bout de leur nez : savoir s'il est trop tard pour changer de plan de carrière, si on a suffisamment d'argent à la banque ou si on se doit voir nos exigences à la baisse pour cause de pénurie d'amour. Jeunes, nos problématiques sont celles de notre place dans le monde et relèvent de notre façon de s'y adapter, à ce monde.

Sur une vie, l'adolescence est certainement le moment où nous sommes tous émotifs, irrationnels, passionnés, obsédés, dépressifs, ennuyés et excités - tout ça à la fois. Malgré ça, grandir reste bien plus marrant que de devenir adulte. Larry Clark, le réalisateur de Kids, ultime fresque sur l'adolescence (version extrême), expliquait à i-D en 2008 : "C'est le moment où les gens sont le plus libre. Quand tu es ado, tu es pris en charge et en même temps tu as plein de temps libre pour explorer, pour t'amuser." En grandissant, tu te rends compte que c'était la seule période pendant laquelle tu as eu le luxe de simplement traîner au skatepark, de monter un groupe de musique, de faire des conneries, comme te percer les oreilles avec une épingle à nourrisse.

Comme le clame Steve Carrell dans Little Miss Sunshine : "Le lycée, ce sont les plus belles années de souffrance. C'est de la souffrance de première qualité." Imagine-toi, 11 ans, puis souviens toi de tes 18 ans. Un réel changement s'est opéré. Je suis au début de ma vingtaine maintenant et je suis convaincu que je ne changerai que très peu tout au long de cette décennie que j'entame.

Endurer les années collège/lycée est une expérience comme aucune autre mais qui peut s'avérer hyper difficile pour certains. D'autres ont plus de chance et voguent le long de ces années charnières avec aise - comme une balade à vélo. Mais pour la plupart, ce vélo est en feu. Tout est en feu et toi, tu es en enfer. En 1993, la coqueluche du film Dazed & Confused, Randall "Pink" Floyd faisait état d'un adage encore assez généralement ressenti par les ados aujourd'hui : "Si un jour je me remémore ces années comme les meilleures de ma vie, rappelle-moi de me suicider."

Commençons par les premières années collège. Si tu étais solitaire à l'école primaire, soit ça ne t'a pas dérangé de le rester au collège, soit tu as vu ce passage de l'un à l'autre comme l'occasion de te réinventer, de devenir la personne confiante et drôle qui a toujours sommeillé en toi. Si tu étais populaire à l'école primaire, alors le secondaire était un pari. Allais-tu conserver ton statut ? Si tout se passait bien, super, tu peux aujourd'hui t'estimer chanceux. Sinon, les années suivantes se sont probablement transformées en une descente inextricable vers l'emo. C'est à ce moment précis que surgissent les vrais tourments de l'adolescence : vulnérabilité, isolement, manque de confiance en soi... Avant d'aller plus loin, je vous demanderais de garder à l'esprit que cet article a été écrit par quelqu'un qui n'a profité d'aucune de ces options. Ma seizième année, je l'ai passée assis dans le noir, à regarder des vieilles interviews de River Phoenix et à écouter Nirvana en tentant de saisir la puissance de chaque mot.

Il nous faut maintenant aborder la série des premières fois. Le genre qui, en plus de te foutre dans la merde, t'ouvre un tout nouveau monde. Le premier baiser, la première clope, la première fois que tu bois de l'alcool, la première fois que tu bois vraiment de l'alcool, la première fois que tu fais l'amour. En 1983, Larry Clark publiait une série de photos, Teenage Lust. Je ne m'épancherai pas sur le bien-fondé de montrer des ados baiser et se shooter à l'héroïne. Vous pouvez vous renseigner et utiliser votre propre curseur moral pour en juger. Mais cette série illustre parfaitement la faim de sexe qui écrase l'adolescence. Imagine Lux Lisbon, sur le toit, entrain de faire ce que le groupe Peaches décrivait dans sa chanson Fuck the Pain Away. Une image qui remplit le cerveau d'une curiosité dévastatrice, contre laquelle viennent se heurter une excitation et un embarras tout aussi prégnants. À cette période-là de nos vies, perdre sa virginité devient une urgence, pas simplement vis-à-vis de nos propres pulsions, mais surtout vis-à-vis des gens qui nous entourent. Une vraie pression exercée par nos pairs. Une fois qu'un seul de nos potes a passé le cap, la course commence. Donc, si ton pucelage s'en est allé avec ton premier amour, estime-toi chanceux. Pour une grande majorité, y parvenir avant la fin de l'école a fait l'objet d'une obsession de plusieurs années. 

Puis vient l'amour. Le vrai. La première fois que tu tombes dedans, ce n'est que passion, flamme et déclarations. Ça y est, on est prêt à souffrir l'un pour l'autre. C'est seulement quand tu tombes amoureux de nouveau que tu réalises que la première fois n'était que douce infatuation. Dans une interview l'actrice Emily Browning résumait le véritable amour en ces mots : "Je suis en relation depuis deux ans, mais j'ai l'impression que c'est la première fois que je suis amoureuse... Maintenant, je pense que l'amour, c'est quand l'autre souhaite plus fort que tout que tu deviennes la meilleure version de toi-même. Et que tu souhaites la même chose pour l'autre. Tu peux alors t'asseoir à la maison et mater True Detective pendant cinq heures, être dégueu à deux." Sympa.

Tous les clichés du passage à l'âge adulte ont été usés jusqu'à la corde à l'écran, mais comment mesurer ce qu'il signifie vraiment ? Il est trop simpliste de le réduire au simple fait de tomber amoureux, de perdre sa virginité ou de passer son permis de conduite. Dans Crimes & Misdemeanors, Sam Waterson dit, "On appelle ça "sagesse". Quelque chose qui vient à nous soudainement. On commence alors à discerner la différence entre ce qui est vrai, profond, stable et le gain superficiel du moment." Que cette sagesse nous vienne soudainement ou qu'elle s'insère lentement en nous au fil des ans, je pense que la vraie mesure du passage à l'âge adulte passe par la compréhension qu'être soi-même est la seule chose pérenne qu'il nous faut envisager. Notre but ultime.

Les nouvelles générations le font peut-être plus vite. Alors que les réseaux sociaux prennent le dessus, pour chaque gosse qui mesure son succès social en nombre de like, il y en existe un autre qui s'en fout et prend de l'avance. Je pense notamment à des des ados comme Malala Yousafzai, Willow Smith et Tavi Gevinson, tous hyper conscients des combats qui se doivent d'être menés et chez qui, cette sagesse semble arriver encore plus tôt. Et c'est génial.

Peu importe ce que tu fais, peu importe quand tu le fais, tu passeras à l'âge adulte. Peu importe le nombre de règles qu'on veut te faire suivre, "you gotta keep livin' man, L-I-V-I-N", et rappelle-toi, forme un rond avec la fumée de ta cigarette et passe ton doigt dedans, "voilà une rondelle qui ne mourra pas vierge.

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