Jules Faure

bang gang, le film de la génération mdma ?

Le film parvient à capturer sans condescendance l'essence d'une génération. Rencontre avec ses protagonistes.

par Romain Charbon
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13 Janvier 2016, 5:20pm

Jules Faure

Bang Gang est un film casse gueule. Rien que son titre est une pirouette qui fait fourcher la langue une fois sur deux. Un titre accrocheur à la limite du racolage : c'est d'avance le genre de film auquel on laisse peu la chance de nous décevoir. Surtout qu'il est précédé d'une réputation élogieuse mais qui peut vite se transformer en boulet. On a en effet souvent entendu parler du film comme d'un « Kids à la française », parce que les formules qui claquent ont toujours la côte. Une publicité un brin handicapante tant on sait bien que les skaters du Washington Square Park des nineties n'ont pas grand chose à voir avec les gosses de la middle-class française qui se la jouent street attitude. Larry Clark lui-même a montré involontairement l'abîme qui séparait la culture de rue new-yorkaise de Kids à celle des gosses de riches de l'ouest parisien qu'il a filmés dans The Smell of Us sorti l'année dernière. Avec toute la virtuosité qu'on lui connaît, la version parisienne de son film culte de 1995 sentait la traduction approximative mais surtout faisait le portrait d'une jeunesse dorée hyper minoritaire.

La réalisatrice Eva Husson a vu Kids, c'est certain, et ne fait pas semblant de cacher les références tout au long de son film, mais elle s'affranchit très vite de ce modèle un peu pesant. Elle réussit même la prouesse de déjouer toutes les craintes qu'on peut se forger devant un certain type de cinéma qui se veut dans l'air du temps et dépeint une jeunesse à la dérive. Le film, jusqu'à son dénouement, évite tous les écueils dans lequel s'engouffrent ceux qui ont la prétention de se faire le miroir de l'adolescence tourmentée. Ni misérabilisme, ni moralisme. Les gosses de Bang Gang sont vaguement paumés mais comme le sont tous les ados. Cette génération hyper sexuée et élevée au porno n'est pas pire qu'une autre. Les quatre personnages principaux de Bang Gang vont faire l'expérience de leur liberté dans l'organisation de partouzes où tout le monde baise joyeusement sous MD. Husson ne les juge pas, jamais, comme elle ne se complait pas dans une critique du monde dans lequel ils évoluent.

Bang Gang raconte surtout la difficulté de grandir, comme le font les romans d'apprentissage. Le film a d'ailleurs une narratrice, l'incandescente Daisy Broom (son phrasé unique nous laisse penser qu'on risque de revoir son visage très vite) qui pose l'histoire comme un souvenir déjà lointain, celui d'un moment où on a cherché à quitter l'enfance sans vouloir devenir adulte. À ce titre et malgré ce qu'il laisse croire, Bang Gang est moins un film sur la découverte de la sexualité qu'un conte moderne sur l'invention de la liberté et ce qu'il nous en coûte pour l'obtenir.

Finnegan Oldfield

Tu peux nous parler d'Alex, ton personnage ?
C'est un de ces fameux adolescents qui se sent un peu seul. Il a une grosse baraque pour lui, on comprend vite que sa mère est absente, que ses parents l'ont un peu laissé faire sa vie. Pour fuir la solitude, il va organiser des teufs avec son meilleur pote et ils vont jouer à des jeux à 40, 50. Au fur et à mesure, il perd un peu le contrôle du jeu et des événements.

C'est un peu le tombeur du lycée. Comment voit-il l'amour ?
C'est le mec populaire du lycée, il découvre tout en même temps et très vite donc il mélange tout. Il confond sexe, amour et problèmes d'égo. Il se perd un peu dans tous ces sentiments confus.

Pourquoi Bang Gang est un film générationnel d'après toi ?
Parce que c'est une jeunesse dans l'auto-représentation, cette manie de tout prendre en photo, de tout partager, de tout poster. C'est peut-être là où ils se plantent. Le sexe et la drogue, c'est pas nouveau, il ne faut pas se leurrer. Malgré tout, ces adolescents ont une belle forme de liberté : tout est relativement simple en fait. C'est un beau film, les sentiments sont beaux, la lumière est belle. C'est un film qui parle à la jeunesse sans la juger. Et le chef-op est un tueur. 

Lorenzo Lefebvre

Quel rôle joue ton personnage au sein de la bande ?
Gabriel a moins d'expérience que les autres, il est plus solitaire, plus renfermé aussi. Il est plus indépendant. Il a une manière de garder les choses en lui. C'est aussi un personnage qui a beaucoup de colère cachée : contre son père, devenu handicapé après un accident, surtout. Il a l'impression d'avoir été abandonné. En même temps, son histoire lui donne une certaine force et une autonomie par rapport aux autres. Il a moins de préjugés que ce qu'on pourrait croire.

Il est un peu réticent à l'idée de jouer le même jeu que les autres, pourquoi ?
On pourrait croire qu'il représente une certaine morale au sein du film alors que pas du tout. Il est très tolérant. Il est amoureux de George et ne porte aucun jugement sur son mode de vie très libertin. Sa beauté et sa liberté d'agir le fascinent complètement.

Quel regard porte ce film sur notre génération d'après toi ?
Pour eux tous : les ''bang gang'' ne sont en rien un obstacle au véritable amour. Ces jeunes sont à la recherche d'une certaine tendresse, d'une joie, de partage, d'ivresse : Gabriel fait du beatstyle, c'est un façon d'expulser la violence, comme le sexe. L'amour et leurs jeux ne sont pas contradictoires. Ce sont deux histoires distinctes. Il faut faire confiance à la jeunesse : c'est leur bataille, ce qui les fait vivre. C'est normal et c'est le propre de l'adolescence. Ils ne sont pas politisés, ils vivent de la course à l'excès. Je pense que Bang Gang est un film qui fait confiance à la jeunesse.

Daisy Broom

Parle-nous de Laetitia, ton personnage.
Elle a un côté sauvage mais c'est la première à se lâcher dès qu'elle se sent à l'aise avec les autres. Elle n'a jamais eu l'occasion de rencontrer les bonnes personnes et c'est sa première vraie ''bande'' de potes. Elle est toujours sincère et intègre avec les autres, elle ne pense jamais à mal. Laetitia admire énormément George. Elle en est même un peu amoureuse ! Quand enfin elle arrive à l'approcher, à l'amener en scooter à des soirées, à être une vraie copine pour elle, sa vie change. Mais Alex arrive et un trio amoureux s'installe, malgré Laetitia. George lui donne la liberté de croire en elle. Elle a besoin de son aval pour avancer.

L'amour en 2016, il ressemble à quoi pour toi ?
Je suis une grande romantique, très fleur bleue. J'adore la littérature du 19ème siècle. L'histoire d'amour moderne, je pense qu'elle peut être simple. La sexualité est débridée, intense. On passe par l'extrême pour se retrouver dans une histoire d'amour très simple.

Pourquoi la jeunesse doit aller voir ce film ?
En France on adore le cinéma très réaliste. Dans ce film, il y a une esthétique très éthérée, onirique. C'est un regard différent sur la jeunesse. Ce n'est en rien un film moraliste, il ne juge pas. Il raconte, simplement.

Marilyn Lima

George, ton personnage, est très à l'aise avec sa sexualité. Comment elle la gère selon toi ?
Je pense qu'elle se prend pas la tête, elle ne réfléchit pas toujours aux conséquences de ses actes. C'est une fille qui marche à l'instinct, elle est spontanée : d'où cette liberté sexuelle qui attire ou affole. C'est le genre de fille populaire que tout le monde envie sur Facebook et au lycée alors qu'elle est très simple quand elle rentre chez elle. George est fragile, elle est douce, c 'est une image qu'elle se donne, malgré elle. On lui colle une personnalité qu'elle n'a pas forcément en réalité.

On dit souvent de notre génération qu'elle est apathique et désillusionnée. Tu en penses quoi ?
La jeunesse s'ennuie, c'est évident. Mais notre génération est mal perçue alors qu'on est ceux qui se bougent le plus, qui ont des milliards d'idées et qui vont faire bouger les choses. Comme ce film qui offre un autre regard sur la jeunesse.

Toi, tu veux faire bouger les choses ?
J'ai pas encore le plan d'attaque mais je me pose vraiment la question . Si mon avenir me le permet, je ferai tout pour aider notre société à aller mieux. C'est sûr.

Credits


Photographie : Jules Faure
Texte : Romain Charbon
Interview : Malou Briand Rautenberg