ces 9 magazines vont changer votre vision de l'art, de la mode et du sexe

Qui a dit que la presse était morte ?

par i-D Staff
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20 Avril 2016, 9:41am

Vous le savez sûrement déjà mais chez i-D, on adore les magazines. Si vous avez quelque chose à dire, rien de mieux que de le graver sur une belle page imprimée. Du coup, on a fait le tour des plus beaux magazines qui se lancent et en avons profité pour interviewer leurs rédacteurs en chef. Bref, qu'on se le dise, ces magazines sont à mettre absolument tout en haut de votre pile de livres de chevet. Ils rassemblent ce que le féminisme, la mode, l'art et le sexe ont de meilleur en 2016. Alors oui, on dit souvent de la presse qu'elle chute et que son industrie est en berne. N'empêche qu'elle n'a jamais été aussi créative qu'aujourd'hui. La nouvelle génération qui a choisi de renouer avec le papier est plus que déterminée à lui donner un second souffle. A l'ère digitale, les magazines n'ont jamais été aussi précieux. La preuve par 9. 

Olya Kuryshchuk, 1 Granary
Michael Fassbender s'est endormi sur le canapé d'Olya Kuryshchuk, la rédactrice en chef de 1 Granary. Lancé il y a trois ans, alors que la Central Saint Martins déménageait sur King Cross,1 Granary était un magazine étudiant. Mais pas comme les autres. Alors qu'il rassemble aujourd'hui les témoignages et les travaux des écoles de mode à travers le monde, de la Royal Academy d'Anvers à Parson à New York, 1 Granary met en lumière les talents de demain. Son but ? "Offrir un support aux jeunes créateurs qui démarrent ainsi qu'aux artistes… Transmettre et inspirer." Ce magazine permet aux étudiants de présenter leurs créations, ainsi que leur vision du monde et de la mode à travers ses pages : Nick Knight, Alister Mackie et Simon Foxton ont tous contribué à l'essor et l'élégance du magazine.1 Granary prouve que la nouvelle génération qui s'apprête à créer et façonner la mode de demain a désormais son magazine et prouve que le digital n'a pas encore tué l'audace ni l'originalité de la jeunesse. "Les réseaux sociaux nous empressent à ne pas réfléchir, à tout faire très vite, souligne Olya. Un magazine est un objet précieux, inestimable. C'est un produit luxueux en soi. Spirituel." FP

Chani Wisdom + Jamila Prowse, Typical Girls
Jamila Prowse, 21 ans, est la fondatrice et rédactrice en chef de Typical Girls. Adolescente, elle feuilletait les pages du Vogue et Lula dont elle arrachait les pages pour les coller aux murs de sa chambre. "J'ai toujours vécu une relation fusionnelle avec eux. Je n'avais qu'une envie : être moi aussi dans les pages de ces magazines iconiques," confie-t-elle. Avec Chani Wisdom, du haut de ses 20 ans à la direction artistique, elles créent Typical Girls en octobre 2015, d'une envie commune. "J'étais frustrée par le milieu de la publicité, j'avais envie de présenter les choses telles que je les vois et les ressens, explique-t-elle. Les gens de couleur, les gens ordinaires, j'avais envie de les présenter dans mon magazine, prôner la diversité et l'individualité à travers mes pages." Le résultat ? Une bible de 96 pages, rédigée selon leurs propres codes et qui "laisse la place à toutes les femmes et leur sert de plateforme d'expression". Lancé au shop Martin Skelton à Brighton, spécialisé dans les publications indépendantes, le premier numéro, paru à 100 exemplaires, a connu son petit succès. Pour preuve : il n'en reste pas un seul sur le marché. "On fait enfin ce qu'on veut vraiment faire, explique Jamila. "On le fait un peu sans penser à ceux ou celles qui vont le lire. On espère juste que les filles, surtout celles de couleur, liront Typical Girls et se reconnaitront dedans." Bingo. LN

Hanna Moon, A Nice Magazine
A Nice Magazine est né d'un projet final à la Saint Martins. Inspiré des premières années des magazines Purple, Spare Rib et Re-Magazine, l'éthos du magazine d'Hanna Moon se décline en une phrase : "Fais-toi confiance et éclate-toi ! Arrête de jouer les gentilles ! Sois méchante !" Le nom est une référence directe aux magazines de mode un peu lisses et surfaits que Hanna exècre au plus haut point. "Je voulais créer un magazine plus osé que tous ceux qui se montent en ce moment." Résultat ? Une constellation d'images qui évoquent le trash des nineties comme son romantisme désabusé. Des clichés d'Hanna ainsi que des meilleurs image makers du Londres actuel : Joyce NG, Hugo Scott, Alice Neale mais aussi Tyrone Le Bon, dont Hanna a été l'assistante plusieurs années, et qui a shooté son amie Cammy complètement nue pour le premier numéro. Malgré son succès précoce, les raisons qui ont poussé Hanna a lancer ce magazine sont personnelles avant d'être financières. "Ce magazine est un outil de communication entre le monde et moi. Je l'ai fait pour moi avant de le faire pour les autres. Libre aux lecteurs de s'y retrouver ou non." LN

Matthew Holroyd, Baron/ Baroness
Matthew Holroyd, le fondateur et directeur artistique de Baron et du très attendu Baroness, a baigné dans le milieu de la publication."Mes deux parents ont bossé dans la presse. Mon père vendait de la publicité au Financial Times, ma mère avait une tribune dans The Scotsman," confie-t-il. Inutile de dire qu'il n'a pas fallu longtemps à Matthew pour créer son premier fanzine porté sur l'environnement : 8 ans, exactement. A l'adolescence, il lance un second zine Long Live the Queens. Malgré son attachement au papier, Matthew rêvait d'être acteur, puis coiffeur, instit, chercheur, artiste…"Mais j'ai toujours été un créatif, ça, ça n'a jamais changé." Après des études de design à Middlesex, il lance son premier magazine de mode, forcément cynique et satirique, Vague Paper, "jusqu'à ce que je me lasse de faire des blagues. C'est là que j'ai créé Baron [ aux côtés de Jonathan Baron et Ché Zara Blomfielden 2012." La raison d'être de Baron ? Explorer la sexualité et l'érotisme des années qui arrivent. "L'idée m'est venue en repensant à un numéro de Vague Paper que je n'avais jamais sorti. Je voulais l'appeler 'Marie Claire is a slut', s'esclaffe Matthew. Jonathan avait en tête un magazine pour gentleman dans la veine de Fantastic Man donc on a trouvé un terrain d'entente au sien duquel est né Baron. Quand on pense au sexe, on pense directement à la pornographie. Je voulais rendre sa spiritualité à la sexualité." Le succès de Baron, ainsi que la multiplicité des débats sur la sexualité féminine les ont conduit à créer Baroness, "il se concentrera sur de la photo de nu masculine pensée pour et par les femmes." Sortie prévue pour cette année. LN

Charlotte Roberts + Bertie Brandes, Mushpit
Réunissant l'esprit pré-internet des magazines adolescents et la vision satirique de Private Eye, Mushpit, pensé par les brillantes Bertie Brandes et Charlotte roberts, déconstruit tous les clichés du magazine pour femmes lambda. Si les deux filles se sont rencontrées à 21 ans, elles ont passé leur adolescence à faire et rêver les mêmes choses. "On est allées aux mêmes soirées dans le Nord de Londres, on a dragué les mêmes mecs à 15 ans sans le savoir !" se marre Bertie. Alors quand elles ont choisi de concevoir un magazine ensemble, tout s'est fait très naturellement. Charlotte a grandi en lisant les pages d'i-D, The Face, Dazed… "J'adorais les fanzines, surtout Cheapdate et Riotgrrrl, je découpais toutes les pages pour les afficher dans ma chambre." Bertie était plutôt branchée "Bandes dessinées, Sabrina, Mizz magazine, " Ces références nostalgiques parsèment les pages du magazine, leurs éditos mode, leurs articles. Les mannequins jouxtent les filles rencontrées au coin des rues, les papiers rédigés par des filles comme vous parlent de leurs problèmes quotidiens. "On veut maintenir une relation de proximité et de confiance avec nos lecteurs et lectrices. Chaque mot, chaque pixel a été curaté par nos soins. Avec beaucoup d'amour." LN

Max Barnett and Bex Day, PYLOT
PYLOT pourrait vous paraître complètement anachronique au premier abord. En fait, PYLOT a tout compris à son époque. Lancé par le rédacteur en chef Max Barnett alors qu'il trainait encore sur les bancs de la fac, et à travers sa vision très personnelle de la photographie, PYLOT, du haut de ses trois numéros, compte maintenant 13 membres dans son équipe et propose, depuis sa création, des photos certifiées sans retouche. Un parti pris visuel qui détonne dans le paysage de la presse actuel. "On veut redéfinir les limites de la photographie et trouver de nouveaux terrains à explorer, expliquent Max et Bex. "Nous voulons célébrer tous les corps et toutes les morphologies. C'est très important pour nous, de parvenir à inclure le plus de monde possible, c'est pour ça qu'on choisit essentiellement des modèles non signés, qu'on caste dans les rues. Célébrer une certaine humanité, donc une certaine normalité." Inspiré par l'esprit iconoclaste du The Face, PYLOT est une réponse acerbe et juste à ceux qui voudraient nous faire croire que la photographie argentique et le papier sont en train de mourir. FP

Jasmine Raznahan, Noon
Vous voulez savoir qui a contribué à Noon ? En fait, c'est plus simple de vous dire qui ne l'a pas fait. Ils ont fait bosser tout le monde à la rédaction, des plus grands aux icônes de la scène underground, aux talents de demain. La fondatrice de Noon, Jasmine Raznahan, aime bien plaisanter à ce sujet :"Ron Nagle. C'est un putain de céramiste. Je ne savais absolument pas ce qu'on pourrait faire ensemble et finalement, tout s'est fait très naturellement." Noon est né lorsque Jasmine a quitté son job de directrice artistique à POP."À l'époque, aucun magazine ne me parlait vraiment, explique-t-elle. Beaucoup de mes amis travaillaient au sein de l'industrie de la mode, d'autres faisaient de super trucs, mais aucun ne voulait vraiment les publier."Noon a saisi l'opportunité de célébrer la jeune création. Le magazine part à la découverte de la mode, de l'art, et là où ils se rejoignent. "Aujourd'hui, ces deux univers dialoguent et se rejoignent. Inviter un artiste à collaborer avec un styliste, mixer les influences et les genres, permet au lecteur de se retrouver plus facilement." Noon est donc un magazine qui célèbre le luxe du papier et de l'encre, plutôt que de curater son existence sur les réseaux sociaux. Jasmine décrit ce magazine comme une pause à l'heure de l'hégémonie d'Instagram et Facebook. Noon est peut-être une pause dans le temps, mais son esthétique touche incontestablement l'atemporalité. FP

Ione Gamble, Polyester
Punchy, politique et féministe, polyester est le magazine pour les filles qui se connaissent et en ont dans le crâne. Ça tombe, bien, Ione Gamble, à sa tête est une fille qui n'a peur de rien. Elle a lancé Polyester parce qu'elle était "de plus en plus frustrée par les magazines de mode et la vision rétrograde de la femme qu'ils présentaient. Tout le monde parle du beau et du fun, personne n'ose mettre des mots sur la politique.'' Donc, à 22 ans, Ione créé Polyester, un magazine qu'elle pense comme un espace pour défendre les filles à qui on ne donne pas la parole. Le slogan du magazine : "Ayez foi en votre mauvais gout", est une réponse aux à la binarité sociétale qui pense tout en noir ou blanc "je prône un brouillage des frontières et une inclusion du féminisme dans l'industrie de la mode.'' Ione ne tire presque aucun bénéfice de son magazine, mais les avantages l'emportent sur les inconvénients. "Quand on fait ce qu'on aime, on est sans limite. Vous pouvez laisser libre cours à votre imagination, ." Ayant récemment publié son 4ème numéro avec Tavi Gevinson en couverture, elle ne s'inquiète absolument pas de l'avenir de la presse papier. "Les magazines deviennent de plus en plus rares, de plus en plus beaux. Ils vont à contre-courant de l'immédiateté que propose Internet. Ils vont dépasser leurs limites et devenir de plus en plus qualitatifs. "LN

John Holt and Joe Prince, LAW
Le rédacteur en chef John Holt et le directeur artistique Joseph Prince ont lancé Lives And Works, ou LAW pour faire court, en 2011. Dans leur septième numéro, ils présentent à travers leur magazine une nouvelle vision de la vie quotidienne en Grande-Bretagne, nostalgique d'un côté, terriblement novatrice de l'autre. Ce magazine est né d'une obsession commune : celle de la rue, des histoires qui y naissent, des virées nocturnes dans les pubs. Le magazine documente "la beauté des contre-cultures anglaises … et met en lumière ceux qui le méritent réellement." Les contributeurs ? Des bouchers, des footballers, des touristes, des boxeurs : tous y parlent de masculinité, toutes générations confondues. LAW est pour tous ceux et celles qui aiment se souvenir de leur adolescence passée à trimballer ses cassettes audio ou son MP3. "C'est important de décrire et enregistrer chaque pulsation de notre vie quotidienne, expliquent-ils. Tout en sachant aller de l'avant.". FP

Credits


Photographie : Jack Davison 
Texte : Lynette Nylander and Felix Petty
Grooming Teiji Utsumi at D+V Management using Bumble and bumble
Assistante photographie : Adama Jalloh
Assistante grooming : Waka Asachi

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