la mode hallucinée du new york des années 1990

Pendant quatre ans, Nick Waplington a photographié les mannequins, les drag queens et les Djs de la scène club et mode new-yorkaise.

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mars 7 2016, 10:00am

Richard Avedon a présenté Nick Waplington au créateur Isaac Mizrahi. Avedon avait rencontré le jeune photographe anglais, alors âgé de 22 ans, à son école, le Royal College of Arts. Nick, de son côté, s'en souvient. ''Il voulait que je travaille avec Isaac, parce qu'on avait à peu près le même âge à l'époque, et beaucoup d'idées en tête.'' L'idée, c'était que Nick photographie les ateliers du styliste américain, en préparation pour la fashion week de new York. 

20 ans plus tard, Nick rassemble ces images dans un nouvel ouvrage, The Isaac Mizrahi Pictures: New York City 1989-1993 (Damiani), alors qu'une rétrospective du travail de Mizrahi se tient, en ce moment, au Jewish Museum de New York. Si la marque d'Isaac s'est longtemps réincarnée, les images de Nick capturent l'esprit d'une génération et l'éclosion d'une nouvelle ère pour la mode. Une mode fière, glamour, osée et théâtrale. Ses photographies révèlent également les dessous de cet univers, les ateliers de Mizrahi, dans lesquels Michael Hutchence, Helena Christensen, Spike Lee et Veronica Webb, ou encore André Leon Talley et Sandra Bernhard s'exhibaient. 

"C'était la première fois que je me rendais à un fitting," me confie Nick au téléphone, en direct de Los Angeles. "Et quand j'ai commencé, tout le monde s'inquiétait de voir débarquer un mec hétéro au milieu de toutes ces mannequins à moitié nues. Mais bon, je suis passé outre la suspicion ambiante. Finalement, j'ai fait profil bas et j'ai détendu tout le monde.''

Entre les fittings, les montagnes de tissus et les paires de chaussures qui jonchaient le sol, l'ambiance était à la fête et l'euphorie, celle qui vient tard la nuit, avec le stress et l'excitation des dernières préparations. ''On mettait la musique à fond, on se marrait. Les jours étaient très longs. Je devais attendre, tout comme les mannequins, entre chaque fitting. Comme on n'avait pas de téléphone à l'époque, je passais mes journées à bouquiner dans un coin.''

Au-delà des ateliers, les images de Nick condensent à elles seules l'audace d'une génération marquée par les capes en PVC et les plateforme-shoes. Le photographe passait ses soirées dans les clubs les plus hallucinés de New-York. ''C'était une époque magique. J'avais vraiment envie de publier un bouquin retraçant l'esprit de New-York à ce moment-là. Entre les ateliers d'Isaac et l'intérieur des clubs, on ressent vraiment l'énergie qui s'y distillait. C'est un condensé d'excentricité et d'euphorie qui reflète pleinement le New-York de ces années-là.''

Le matin, Nick descendait la 5ème avenue et le Washington Square Park en direction des ateliers d'Isaac, à Soho (L'Apple Store était encore une poste à l'époque). Après les fittings tardifs, il se rendait dans les clubs du Sound Factory ou au Save The Robots, ''des endroits très cool, avec de la sciure de bois partout par terre."

"Le Sound Factory était un club gay qui n'ouvrait ses portes que le dimanche matin, très tôt. Le reste du temps, le bâtiment était fermé à clés. Et le Dj, Junior Vasquez, était le seul à mixer. C'était le meilleur. L'ambiance était frénétique, euphorisante, se remémore Nick. On pouvait encore fumer partout. L'odeur de cannabis y flottait, à toute heure.'' 

"Les plateformes shoes étaient tellement hautes qu'on devait porter des genouillères. Les dragqueens sortaient habillés de sequins et paillettes - les photographies de Waplington mettent en scène les tenues les plus excentriques du New York downtown. C'était mon truc'', enchaîne Nick. Les créations d'Isaac, comme un écho à cette excentricité, reflètent l'esprit des clubs new-yorkais, à commencer par le Jackie 60. 

Lorsque Chanel a racheté des parts de la marque d'Isaac en 1993, Nick a abandonné son projet. "Je pense qu'ils attendaient quelque chose de plus époustouflant", explique-t-il. Mais Nick n'a pas tourné le dos à l'univers de la mode pour autant. Ses clichés des backstages chez Alexander McQueen sont le testament des dernières saisons du designer. 

"Photographier les créateurs au travail, c'est comme courir un 500 mètres haie aux J.O : parfois, on se sent terrassé, à bout de souffle, et puis au final, le résultat est fantastique.''

The Isaac Mizrahi Pictures: New York City 1989-1993 à partir du 22 mars.

Credits


Texte : Alice Newell-Hanson
Photographie : Nick Waplington, courtesy D.A.P.