une musicienne appelle la toile à s'insurger contre une industrie dangereusement sexiste

Victime de harcèlement sexuel, la chanteuse Amber Coffman des Dirty Projectors a dénoncé son bourreau sur Twitter et provoqué un tollé sur la toile.

par Wendy Syfret
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20 Janvier 2016, 2:20pm

Image via Wikipedia

Dire ''c'est pas facile d'être dans la musique quand on est une femme'' est plutôt révélateur d'une industrie. Surtout ces derniers jours. Si vous avez déjà joué dans un groupe, été à un concert ou trainé avec quelques gens du milieu, vous devez savoir qu'il est éminemment masculin - voire macho.

Amber Coffman du groupe Dirty Projectors, le sait mieux que quiconque. Hier, la musicienne a décidé de partager son expérience très personnelle sur son compte Twitter. Elle y parle du harcèlement sexuel quotidien au travail. Dans ses 140 caractères, elle évoque directement un producteur qui lui aurait glissé quelques mains aux fesses Il y a quelques années. 

A travers une avalanche de posts, Amber décrit la révulsion et le dégout qui ont suivi cette agression et se demande pourquoi elle n'a pas réussi, à l'époque, à lui en coller une. Amber, accompagnée par plusieurs de ses consoeurs, pousse un grand coup de gueule.

Sauf qu'elle ne s'est pas arrêté là : la musicienne a nommé l'homme qui l'avait tripoté sur son compte twitter : ''Il s'agit de Heathcliff Berru, fondateur de Life or Death et PR de MGMT.'' Life or Death représente des artistes comme D'Angelo, Earl Sweatshirt, DIIV, Kelela et Killer Mike, entre autres. 

Décidée à aller jusqu'au bout, Amber s'est évertuée à prouver que les actes de Heathcliff étaient connus de tous dans le milieu, ce qui n'empêchait pourtant personne de continuer à le faire bosser ou de l'embaucher. Elle a ponctué en soulignant qu'elle était ''fatiguée de voir ce genre de mecs libidineux et autres prédateurs sexuels obtenir des passe-droits de leurs potes. Faites suivre autour de vous.'' 

Ses révélations n'ont pas manqué de faire le tour de la toile. Bethany Cosentino des Best Coast, a répliqué sans plus attendre : elle aussi avait subi cette même expérience avec Berru et s'était tue de peur qu'on ne la prenne pas au sérieux. Très vite, la conversation sur Twitter a rassemblé des dizaines de femmes du milieu qui ont toutes fait part de leurs expériences personnelles : elles y ont raconté la violence, la misogynie et le harcèlement qu'elles subissent depuis leurs premiers pas dans la musique. 

Après qu'Amber ait partagé cet épisode avec Berru, son label à elle, Domino, a arrêté toute collaboration avec lui. Amber a réagi à cette décision : ''Ils m'ont dit vouloir stopper toute collaboration avec lui et j'apprécie leur geste. D'autres doivent suivre.''

D'autres figures publiques comme Deradoorian, Tearist et Shirley Braha de MTV ont rejoint la cause sur Twitter et ont fait part de ce même ressenti. Wavves, le premier client du label Life and Death a choisi de mettre un terme à leur relation musicale. Après ces révélations, Kelela est elle aussi partie. Sadie Dupuis du groupe Speedy Oritz (qui a travaillé avec Life or Death) a également tweeté que le groupe arrêtait de travailler avec eux.

Lundi après-midi un communiqué venant de Life or Death a annoncé que Heathcliff Berru s'était retiré de la candidature pour prendre la place de PDG. Après un long silence insoutenable qui faisait taire des dizaines de femmes, les réseaux sociaux leur ont enfin permis de se faire entendre et de se soutenir mutuellement. En vingt-quatre heures, c'est plus d'une décennie de harcèlements et de misogynie qui s'est révélée au grand jour. Tout ça, par le biais des réseaux sociaux, évidemment.

Les rumeurs sur les tendances de Bill Cosby au harcèlement sexuel prolifèrent depuis les années 1960 mais ne l'ont pas empêché de mener sa grande carrière à bien ni de se repentir sur ses fautes. En revanche, les femmes qui en ont été les victimes ont mis plus de 50 ans à se faire entendre. Grâce à qui ? Hannibal Burres, qui s'est saisi de Youtube pour balancer son expérience dans un clip. 

Internet semble être devenu une nouvelle tribune pour les femmes victimes de harcèlement. À l'inverse des années de silence provoqué par l'affaire Cosby, lorsque l'actrice porno Stoya a révélé avoir été abusée sexuellement sur Twitter par son ancien petit ami James Deen, la toile s'est immédiatement embrasée. Une large communauté d'internautes ont témoigné de leur soutien et un grand nombre de femmes ont suivi le pas et raconté, à leur tour, leurs propres expériences. De son côté, James Deen subi depuis quelques semaines un boycott général dans l'industrie du porno.

En une journée seulement, le post d'Amber a provoqué une vague de réactions et le soulèvement de dizaines de femmes - quelque chose qui aurait déjà dû arriver il y a plusieurs années. Et bien qu'il soit trop tard, il est très encourageant d'observer un tel rassemblement sur la toile pour la défense des victimes de harcèlement sexuel qui ont, trop longtemps, été réduites au silence. 

Credits


Texte Wendy Syfret
Image via Wikicommons

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