10 choses que la jeunesse doit à larry clark

Il faut lui reconnaître un talent : saisir le versant caché de l'adolescence – autrement et comme personne.

par Colin Crummy
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20 Janvier 2016, 10:55am

1. Kids
Comme tous les personnages de Larry Clark, fasciné par l'adolescence et ses déboires, Telly, 16 ans, est un enfant terrible : "Quand t'es jeune, rien n'a d'importance, ou presque. (...) Baiser, c'est tout ce que j'ai. Si on me le retire, j'ai plus rien." Ce film réalisé en 1995 a été si controversé à sa sortie que certains l'ont taxé de ''pornographie juvénile''. Mais la longévité de Kids illustre le talent de Larry Clark à comprendre et pénétrer l'univers trouble d'une adolescence obsédée par le sexe, le skate et les drogues pas si douces. Le premier et sans doute le plus intense de tous les films du réalisateur.

2. Il a influencé des dizaines de réalisateurs
Bien avant le brouhaha qu'a provoqué Kids, Larry Clark passait son temps à photographier l'adolescence dans ses activités les plus dérangeantes. C'est en 1959 qu'il s'empare pour la première d'un appareil photo et shoote ses amis accros à l'héroïne et aux amphètes. Ses clichés sont regroupés dans un très beau livre devenu culte,Tulsa. Plus tard, Clark s'est passionné pour l'influence des médias sur le quotidien des adolescents. Ce n'est donc pas surprenant qu'un réalisateur comme Gus Van Sant se soit inspiré de l'esthétique de ses photos, qu'on retrouve dans son Elephant auréolé à Cannes en 2003.

3. Et un en particulier
Harmony Korine avait 19 ans et il passait le plus clair de son temps à skater dans New York. C'est comme ça que Larry Clark l'a repéré et qu'il s'est mis en tête de le photographier. Après une brève discussion et beaucoup d'alchimie, Clark demande à Korine de raconter son histoire à lui: Kids naissait d'un scénario, pondu en trois semaines par le jeune skateur. Depuis, le réalisateur s'est distingué par son sens de la dérision et grâce à son amour du politiquement incorrect qui ont fait le succès de Gummo, Trash Humpers et de Spring Breakers.

4. C'est lui qui a lancé Chloë Sevigny
Harmony Korine a rencontré Chloë Sevigny au Washington Park en 1993, ils étaient encore au lycée. Leur amitié les a conduit tous deux à Kids, dans lequel elle a joué pour la presque première fois de sa vie. Clark lui a donné sa chance et Sevigny n'a pas tardé à devenir la fille la plus cool du monde, jusqu'à la propulser dans Dogville, American Psycho et Boys Don't Cry.

5. Il nous a offert une leçon d'anti-style
Le Kids de Larry Clark reste l'ultime référence des amoureux des nineties, cette décennie portée par une recherche de l'anti-style et du triptyque converse, York et Ralph Lauren.

6. Une leçon qu'a appliqué American Apparel à la lettre
Regardez le film, courez chez American Apparel : une impression de déjà-vu ? Normal. L'esthétique de la marque a (beaucoup) emprunté à l'univers de Clark, jusque dans ses publicités trash.

7. Il a ramené les skateurs sur le devant de la scène
On a tendance à penser que les skateurs ont toujours été cool mais ce n'a pas toujours été le cas. Clark les a célébrés dans la plupart de ses films et de ses photographies. Ce n'est pas un hasard si Supreme s'est intéressé à eux à la même époque : la marque venait tout juste d'ouvrir son premier magasin quand sortait Kids. Le premier à rejoindre la marque n'était autre que Gio Estevez, qui avouait récemment au Guardian : "Le skate n'a jamais été aussi cool qu'aujourd'hui. Quand on se pointait aux soirées plus jeunes, les gens se retournaient et lançaient à notre égard 'Bah, qui a invité les skateurs? Putaaaaaaain. Planquez les bières."' Si la culture skate a émergé et touché un plus large public, on le doit un peu à Larry Clark. Même si, dans le même sillon, on doit avouer qu'on se serait bien passés de Sk8er Boi, le tube d'Avril Lavigne sorti en 2002. C'est ce qu'on appelle le revers de la médaille.

8. La série Skins lui en doit une
Que celui qui n'a pas été biberonné à Skins nous jette la première pierre. Le drame d'une adolescence anglaise issue des classes moyennes en échec scolaire qui enchaine les histoires d'amour et les prises de drogue a cartonné. Peu étonnant, quand on sait le succès qu'a eu Kids.

9. Il est l'auteur de Bully
On a trop parlé de Kids et Ken Park, tellement qu'on en oublierait que Clark a signé Bully, son film tiré d'un fait divers. Une bande de copains surfeurs décident de tuer un de leurs amis après qu'il ait porté atteinte sexuellement et physiquement à certains d'entre eux. Sur le thème du harcèlement adolescent, rien n'a jamais été réalisé si crument et avec autant de maitrise. Bully montre à quel point l'oeuvre de Larry Clark marque ses intentions de rendre le cinéma plus réel que jamais. Le critique légendaire Roger Ebert disait d'ailleurs à son propos ''certains films bluffent et prétendent s'emparer du meurtre alors qu'ils sont dans le divertissement... Clark n'est pas un voyeur ni un type dilettante, c'est un artiste qui a fait ressurgir et s'est inspiré de son paysage mental d'adolescent pour réaliser ses films.''

10. Peu ont montré avec autant de réalisme le quotidien d'une certaine jeunesse
Dans une interview pour le Guardian, Larry Clark a dit que le plus beau compliment qu'il n'ait jamais reçu venait d'un garçon qui a défini Kids en ces termes : ''Ce n'était pas comme un film. C'était comme dans la vraie vie.''

Credits


Texte : Colin Crummy

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