lilly wachowski dénonce la violence médiatique subie par les trans

Lilly Wachowski, la deuxième moitié du duo Wachowski, vient à son tour de faire son coming-out transgenre, forcée par des médias la menaçant de le faire à sa place.

par Hannah Ongley
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14 Mars 2016, 11:25am

En 2013, la mort d'une enseignante transgenre a fait la une. Du jamais vu pour une affaire de cette nature. Lucy Meadows s'est suicidée trois mois après l'étalage dans tous les médias de sa transition, le Daily Mail en tête. Le médecin légiste s'est adressé à la presse en ces termes : "honte à vous", accusant la couverture médiatique d'avoir causé la mort de Meadows, pointant du doigt le Daily Mail, leur reprochant une humiliation publique et un assassinat médiatique en règle.

Un an plus tard, un article publié dans Grantland recueillait l'attention des lecteurs. L'article, intitulé "Dr.V's Magical Putter", enquêtait sur un club de golf aux propriétés particulières. Le journaliste ne parvenant pas à trouver le diplôme du scientifique qui l'avait inventé creusa son enquête, pour réaliser que ses difficultés venaient du fait que le scientifique en question était transgenre. Il jugea bon d'en informer ses lecteurs. Le dernier chapitre de cette histoire est tristement familier : le scientifique s'est suicidé.

Aucune de ces femmes n'ont pu annoncer leur changement et leurs luttes personnelles sur la une d'un numéro de Vanity Fair ou dans un reality-show. Et même si certaines trans ont parfois accès à une telle vitrine médiatique, il arrive qu'elles ne soient tout simplement pas prêtes. C'était le cas de la réalisatrice Lilly Wachowski, qui a été forcée de faire son coming out la semaine dernière, le Daily Mail la menaçant de le faire à sa place.

"Ma soeur Lana et moi, on a largement évité la presse" a écrit Wachowski dans une lettre ouverte. "Je trouve ça déjà assez fastidieux de parler de mon art, alors parler de moi est une expérience complètement horrifiante. Je savais que j'allais devoir faire mon coming-out publiquement un jour ou l'autre. Vous savez, être transgenre c'est assez difficile à cacher. Je voulais simplement un peu de temps pour avoir les idées plus claires. J'en avais besoin."

Wachowski évoque ensuite le rôle du Daily Mail dans le coming-out de Meadows, avant de parler du vrai problème : forcer le coming-out des transgenres les fait passer pour des personnes fourbes et malhonnêtes, alors qu'elles sont en vérité les victimes. Les attaques psychologiques sur les transgenres peuvent avoir des conséquences dévastatrices. Les statistiques montrent que le nombre de sujets sur les transgenres à la télévision ne diminue en rien les attaques à leur encontre, dans la rue, dans le métro, dans les toilettes publiques. On a rapporté (et rapporté est un mot important, ici) plus de meurtres sur les transgenres en 2015 que sur aucune autre année.

Wachowski poursuit : "Même si on a parcouru du chemin depuis Le Silence des Agneaux, on est encore diabolisées, vilipendées dans les médias, où l'on nous fait passer pour de potentiels prédateurs, au point de nous empêcher d'utiliser des toilettes. Les soi-disant projets de loi sur les toilettes publiques, qui ne cessent d'apparaître un peu partout dans ce pays, dont le but est de soi-disant protéger les enfants ne font en réalité que forcer les transgenres à utiliser des toilettes dans lesquelles ils risquent d'être battus ou tués. Nous ne sommes pas des prédateurs, nous sommes des proies."

Wachowski est aidée par son argent et une famille qui la soutient. Et elle le reconnaît sans problème. Pour des gens comme l'enseignante de 32 ans, ne pas faire d'apparitions publiques n'est pas un choix de carrière viable.

En plus d'être terriblement commune, la violence faite aux transgenres n'induit que très peu de conséquences pour qui la commet. Il est facile d'éviter la prison. Dans tous les États d'Amérique, excepté la Californie, la "trans panic defense" est une excuse légitime, qui permet à n'importe qui de justifier le crime d'un transgenre, sans ne risquer aucune peine. Les précédents de cette ligne de défense admettent la "répulsion" comme raison suffisante pour expliquer un tel acte de violence, rendant au passage les transgenres responsables de leur sort. Responsables de leur mort. Même si la victime est en vie et raconte sa version des faits, un système judiciaire qui estime que les transgenres sont si différents au point d'en être terrifiants ne donnera pas beaucoup d'importance à un tel témoignage. Alliées à la diabolisation des transgenres dans les médias, ces lignes de défense sont incroyablement dangereuses.

Enfin, ce cycle d'information qui tend vers le spectaculaire est une bonne manière de passer à la trappe toutes les nuances de l'expérience trans. "Ces mots, "transgenre" et "transition", sont difficiles à entendre pour moi, puisqu'ils ont perdu toute leur complexité dans leur passage au mainstream," écrit Wachowski. "Il y a un manque de nuance dans le temps et l'espace. Être transgenre est perçu comme existant dans les seules limites de ce qui est masculin et féminin. Et faire une "transition" sous-entend une vision binaire des choses, une forme d'immédiateté, de l'un à l'autre. Un avant, un après." On peut juger que c'est un luxe de demander aux gens de saisir ses complexités, quand on doit déjà s'atteler à conserver son intégrité physique. Mais c'est un luxe indispensable.

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Texte Hannah Ongley
Image via Windy City Media Group

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